Critiques Cinéma

OVER THE TOP (Critique)

SYNOPSIS: Chauffeur routier solitaire, Lincoln Hawk est rongé par un divorce et par la culpabilité d’avoir abandonné un fils qu’il n’a jamais vu, Michael. Lorsque Lincoln – sur les conseils de son ex-femme – part chercher son fils à l’Académie Militaire, il se cogne à l’agressivité de ce dernier. Pour Lincoln, le seul moyen de prouver à son fils – et à lui-même – qui il est réellement, c’est de remporter le championnat du monde de Bras de fer de Las Vegas !

La perception de certains films découverts durant l’adolescence sera probablement éternellement filtrée par l’impression qu’ils nous ont alors laissés et, pour certains même, ce qu’ils ont changé en nous. Cela se révèle encore plus vrai quand ils sont portés par un acteur qui a multiplié les rôles iconiques et incarné, plus que tout autre, la figure du héros auquel on s’identifie à l’âge où l’on cherche des modèles ailleurs que dans son cercle familial. Cet avant-propos est nécessaire pour remettre en perspective des avis sur des films avec lesquels nous avons un lien très fort quand bien même nous devons admettre que d’aucuns pourront les balayer d’un revers de main et les condamner à rester enfermés dans l’armoire des nanars des années 80. Over the top n’est certainement pas un grand film, loin s’en faut, ni même l’un des meilleurs films de son acteur/scénariste/icône. Sorti un an après Cobra qui faisait lui-même suite à 2 gros succès au box office (Rambo 2, Rocky 4), il a cumulé les échecs: au box office, remboursant à peine le cachet record de sa star (12 millions de dollars), critique (même si Stallone n’a jamais eu leurs faveurs) mais aussi auprès d’une partie des fans de Stallone encore prisonnier de ses personnages iconiques. Pour autant, il nous faut concéder une immense affection pour ce film qui occupe par ailleurs à nos yeux une place importante dans le « Stallone-verse » tant il synthétise, certes sans beaucoup de finesse, avec tous ses défauts, ce qui a fait de lui le héros de toute une génération, la plus grande star de cette décennie.

Lincoln Hawk est un personnage typiquement stallonien, un héros en col bleu sur le chemin d’une rédemption qu’il va trouver bien sûr grâce à ses extraordinaires capacités physiques et mentales mais aussi par ses valeurs morales. Sur ce chemin se dressent à la fois des colosses champions de bras de fer et son très riche et puissant beau-père (Robert Loggia) qui compte bien l’empêcher d’obtenir la garde de son fils. Avec ce mélodrame sur fond d’exploit sportif de la plus grande star du moment, Menahem Golan, mythique et haut en couleurs producteur à la tête de Cannon Films, le parrain du cinéma d’action des années 80, pensait probablement avoir trouvé là une martingale. Il a ainsi fait une cour effrénée à Stallone jusqu’à lui faire une proposition qu’il ne pouvait pas refuser et que 33 ans plus tard nous acceptons encore avec enthousiasme. Il faut rappeler qu’à l’époque il cherchait toujours à s’affirmer en dehors de ses deux sagas cultes et  traversait une période particulièrement compliquée avec la fin très onéreuse et médiatique de son union aussi courte que tumultueuse avec Brigitte Nielsen. Dire qu’Over The Top se construit sur un scénario prévisible, use de grosses ficelles mélodramatiques et embarque des personnages assez caricaturaux est un doux euphémisme. Dire cela devrait normalement avoir valoir valeur de condamnation définitive. C’est la que l’on se rend compte de l’apport de Sylvester Stallone, de ce qu’il arrive à insuffler comme humanité et sincérité dans un projet qui entre d’autres mains aurait été insipide et risible. C’est la aussi qu’on se rend compte par extension de ce qui sépare le cinéma « popcorn » de cette décennie de celui de ces dernières années. On peut notamment directement comparer Over the Top avec son clone des années 2010, le pataud et insipide Real Steel (Shawn Levy, 2011) qui sur une histoire très similaire et les mêmes ressorts dramatiques échoue à la fois à divertir et à émouvoir.

Le cinéma commercial des années 2010 et celui des années 80 ont tous deux comme objectif principal de remplir les poches de leurs producteurs et acteurs, mais la notion de plaisir parait avoir entièrement disparue noyée sous une épaisse couche de cynisme où tout n’est plus que calcul, quand chacun vit le tournage comme un job à la fin duquel on ira chercher son chèque. Toujours extrêmement impliqué sur chaque projet, à défaut d’avoir été constamment inspiré, Stallone a retravaillé le scénario et y a mis à nouveau son cœur et ses tripes, notamment à travers ses célèbres monologues et ses aphorismes qui sont sa marque de fabrique. On pourra à nouveau les juger naïfs/simplets hors contexte, les compiler même pour se moquer de lui comme on le fait avec Van Damme, mais, comme c’est le cas dans celui du film, ils mettent toujours dans le mille et insufflent cette forme de candeur, de premier degré sans le moindre filtre, de sincérité désarmante qui sont si caractéristiques de leur auteur. Stallone a ce talent et cette sensibilité particulière qui fait que l’on achète immédiatement son personnage tout en voyant son interprète à travers lui, sans que l’un parasite l’autre. On se projette en lui dans son rôle de père en quête de rédemption, essayant maladroitement mais avec beaucoup de sincérité de rattraper les années perdues, de se faire accepter mais surtout d’apporter à son fils ce qu’il a de meilleur en lui. Le jeune David Mendenhall a peut être un jeu limité qui lui valut d’être récompensé par un razzie award (même s’il y aurait beaucoup à dire des choix très orientés de cette cérémonie), la relation naissante entre Lincoln et son fils ne parait pas factice et se révèle même vraiment touchante. Les histoires les plus simples ne sont pas nécessairement les plus simplistes pour peu qu’elles soient racontées et incarnées avec sincérité. Que l’évolution de leur relation soit prévisible n’empêche pas d’y croire et de s’y projeter, que l’on soit enfant et fantasme d’avoir un père aussi fort et charismatique ou adulte et se reconnaisse dans le parcours de ce père arrivé au carrefour de sa vie, sur le point peut être de tout perdre s’il ne prend pas les bonnes décisions et ne se surpasse pas.

Over The Top ne triche pas avec son sujet et ne le relègue pas comme on peut le déplorer pour tant d’autres films au rang de simple décor/prétexte entre deux « combats » de sa star. Le récit de l’exploit sportif de l’underdog qui va triompher de tous ses adversaires, y compris celui prétendument invincible vient donner la dose d’adrénaline attendue dans un Stallone movie mais n’est en effet pas aussi central qu’on pourrait s’y attendre. D’ailleurs, le premier combat improvisé suite au défi lancé par l’un des clients du restaurant routier dans lequel Lincoln se trouvait avec son fils est probablement le plus réussi, le mieux mis en scène et le plus « grisant ». Où l’on découvre, tout aussi incrédule et impressionné que son fils, le gimmick de Lincoln qui retourne sa casquette pour opérer sa bascule mentale dans le combat et sa fameuse technique « over the top » qui lui permet de prendre le dessus sur ses adversaires alors même qu’il semble en train de perdre. Le Apollo / Clubber Lang / Drago de ce récit est un colosse invaincu sur lequel on ne sait finalement que l’essentiel: il veut briser Lincoln et sera le dernier obstacle sur le chemin du happy end vers lequel se dirige un film qui ne se cache pas d’être un « crowd pleaser », une émulation de Rocky dans le milieu du bras de fer. A trop vouloir que le combat de Lincoln pour la garde de son fils soit le point névralgique, le pivot dramatique du récit, Over The Top passe sans doute un peu à côté de l’affrontement final tant attendu qui arrive d’une manière un peu précipitée et dans lequel s’affichent un peu plus les limites des talents de metteur en scène de Menahem Golan. Ce dernier acte a beau être brouillon et laisser un petit goût d’inachevé, on n’en reste pas moins totalement impliqué émotionnellement jusqu’à sa conclusion, pas loin de chercher les coordonnées d’un club de bras de fer pendant le générique en essuyant la petite larme que ce happy end ultra prévisible aura quand même fait couler. Ce n’est peut être pas du grand cinéma mais ce cinéma populaire là nous manque terriblement.

Titre original: OVER THE TOP

Réalisé par: Menahem Golan

Casting: Sylvester Stallone, David Mendenhall, Rovert Loggia…

Genre: Action, Drame

Sortie le: 08 avril 1987

Distribué par : –

TRÈS BIEN

4 réponses »

  1. (evilashymetrie) Film témoin d’une époque hélas révolue (mais si ça se trouve, les jeunes de vingt ans d’aujourd’hui parleront du cinéma des ’20s de la même façon que nous parlons des ’80s) mais qui pour moi constitue un joli nanar doudou, avec une bonne dose de guimauve, de grimaces rigolotes (notamment la gueule que tire Sly dans le bar quand il va affronter le 1er bad guy) et de musique FM. Mais j’avoue aussi que … ben des combats de bras de fer, franchement, y a rien de moins cinégénique que ça dans un film d’action. Passer de Rambo/Rocky/Cobra à ça… lol
    Mais bon, ça se regarde quand même avec sur le visage son sourire d’enfant, et pis ça passe.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s