Critiques Cinéma

SLALOM (Critique)

SYNOPSIS: Lyz, 15 ans, vient d’intégrer une prestigieuse section ski-études du lycée de Bourg-Saint-Maurice. Fred, ex-champion et désormais entraîneur, décide de tout miser sur sa nouvelle recrue. Galvanisée par son soutien, Lyz s’investit à corps perdu, physiquement et émotionnellement. Elle enchaîne les succès mais bascule rapidement sous l’emprise absolue de Fred… 

Premier long-métrage réalisé par Charlène Favier, Slalom est présent dans la liste des films labélisés « Sélection Officielle » de cette édition un peu particulière du Festival de Cannes 2020. Il met en scène Lyz, une adolescente de 15 ans qui rejoint une classe de ski-études menée par un ancien champion de la discipline, Fred. Alors que Lyz repousse ses limites pour gagner ses courses, elle se retrouve lentement sous l’emprise de son professeur… Slalom commence comme un film de sport classique. Une jeune athlète qui vise le haut niveau se retrouve dans un groupe de jeunes de son âge, puis tombe sur un ex-champion qui voit en elle un très grand potentiel. Il la prend alors sous son aile pour la pousser toujours plus loin et lui faire rafler toujours plus de prix. Le film prend le parti de commencer avec une structure narrative classique du genre. On sent le personnage principal douter de son niveau, perdre parfois espoir en se sentant moins forte que ses camarades, et être poussée dans ses retranchements par un professeur souvent agressif envers ses étudiants pour enfin l’emporter en bas de la piste. En se focalisant de cette façon sur l’état d’esprit de son protagoniste, Charlène Favier construit une identification efficace, qui permettra à la bascule de ton au milieu du film d’être encore plus glaciale. Car Slalom ne montre pas uniquement le froid mordant de la montagne, mais également celui d’une relation malsaine naissante et constamment moralement discutable entre un professeur adulte, et son élève, adolescente de 15 ans. Le film montre alors crûment des scènes clefs de cette relation, sans prendre de pincettes, poussant le spectateur dans des questionnements très frontaux pendant le visionnage. La réalisatrice cherche à poser de façon très directe – évitant alors au maximum de porter un jugement sur un personnage en particulier, et donc en évitant le manichéisme – les propos du film sur la puissance destructrice dont sont capables certains actes. En ne prenant jamais parti sur la culpabilité de Fred (est-il un manipulateur froid et cruel, ou est-il réellement tombé sous le charme de l’adolescente ?) mais en condamnant toujours fermement ses actes d’une violence glaciale, Slalom slalome justement entre les lignes, emmenant toujours plus le spectateur dans l’inconfort et donc le questionnement, jusqu’à ce que la fin détruise – du moins en partie – cette emprise.



La mise en scène se montre ainsi très sobre, jouant très souvent avec un mixage sonore très présent. Si les scènes de courses et en montagne sont habillées d’une ambiance de neige et de vent frappant avec hargne les athlètes dévalant les pistes, les scènes d’intérieur clefs sont soutenues par un silence pesant, voire glacial. En restant toujours au plus proche de ses personnages par son cadre, le film les enveloppe dans une bulle qui permet alors de développer correctement tous les aspects de leurs questionnements internes. A commencer par Liz, adolescente de 15 ans qui veut gagner des courses « juste parce qu’elle veut gagner », qui se retrouve à habiter seule chez elle depuis que sa mère a accepté un travail à Marseille. C’est cette solitude appuyée par l’absence de figure paternelle qui sera le point de départ de l’intrigue. Et cette relation de prof-élève entre elle et Fred deviendra de plus en plus intime – lui étant la seule figure parentale qu’elle pourra trouver dans ce petit monde enneigé.



La jolie réussite du long-métrage est en très grande partie due à son casting, remarquable de justesse, à commencer par Noée Abita. Précédemment aperçue dans le Ava de Léa Mysius en 2017, la comédienne de 21 ans interprète un rôle complexe, tout en nuances, et incarne à merveille cette adolescence trouble, où l’on ne sait discerner ses émotions et ses pulsions. Liz est un personnage fort car elle se trouve au début de son adolescence, dotée d’une volonté de fer la poussant à aller toujours plus loin pour devenir championne. Et c’est sa confrontation avec Jérémie Rénier en Fred qui construit le cœur du film. Si on retrouve chez lui par instants un peu du personnage tyrannique et froid de J.K. Simmons dans Whiplash (reflet d’une industrie sportive formatée qui laisse tomber ses jeunes sur blessure ou si leurs performances ne sont pas assez hautes), c’est une figure humaine que l’on trouve sous la surface. Même si le film nous laisse continuellement le doute sur lui, on parvient tout de même à lire dans le jeu de Rénier une humanité et une palette d’émotions très riches, oscillant entre tension écrasante et moments de complicité. En somme, ce premier long-métrage de Charlène Favier est un film suffocant, glaçant et marchant toujours sur le fil. Doté d’un casting très bon qui fournit à l’ensemble de quoi nourrir son propos, Slalom est une belle réussite qui ne laisse pas indemne et fait ressortir le spectateur avec un tas de questions. En jouant si près d’une pente gelée, on aurait pu avoir peur du pire, mais Slalom reste toujours bien droit sur ses skis, les yeux fixés sur l’objectif, fonçant à toute vitesse vers l’arrivée, le vent et la neige nous frappant continuellement sur le passage.

Titre original: SLALOM

Réalisé par: Charlène Favier

Casting: Noée Abita, Jérémie Renier, Catherine Marchal …

Genre: Drame

Sortie le: 04 novembre 2020

Distribué par : Jour2fête

TRÈS BIEN

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