Critiques Cinéma

LES ANGES GARDIENS (Critique)

SYNOPSIS: Un homme d’affaires sans scrupule et un pretre orgueilleux sont aux prises avec les triades de Hong Kong et surtout avec leurs anges gardiens qui tentent de les remettre dans le droit chemin… 

Question : quand on est devenu « le roi du cacao » après avoir réalisé un film ayant conquis la critique et le public jusqu’à devenir un vrai phénomène de société, qu’est-ce qu’on a tendance à faire en règle générale ? Après Les Visiteurs, Jean-Marie Poiré n’aura fait que valider au centuple ce principe voué à l’échec qu’est la surenchère : plus d’action, plus d’effets spéciaux, plus de personnages, quitte à ce que la rétine du spectateur ne sache plus où donner de la tête. Cela dit, mettre la suite des Visiteurs en stand-by le temps d’un film n’était pas idiot, histoire de viser quelque chose de différent et peut-être de plus large, avec une totale liberté de ton et un budget à rendre jaloux la concurrence. Sans oublier le choix d’une destination devenue soudain plus accessible dans ses moyens : Hong Kong. C’est là que démarre Les Anges gardiens, et dès les premiers plans, on se demande vraiment si on ne s’est pas trompé de film. C’est du Poiré ou c’est du Kirk Wong ? En fait, un peu des deux. Quelque chose qui aurait l’apparence d’un produit HK, mais cuisiné par un grand maboul qui aurait fait tourner le filmage local en bouillie WTF. Des triades chinoises qui font hurler leurs flingues en Dolby 5.1, des plans qui s’enchaînent trop vite (à peine une ou deux secondes !) avec des raccords de plan qui font s’effondrer les frontières de la logique, du bruit et de l’agitation dans tous les coins d’un décor qui finit toujours en gruyère… Voici en quoi consistera la première heure du film, dans laquelle Poiré catapulte sans crier gare un nouveau tandem qualifié à l’époque d’affrontement au sommet.



Réunir l’ami Clavier et le glouton Depardieu était une chouette idée. Caler la sobriété naturelle du second sur le régime survolté du premier, ça l’était moins. Ainsi soit-il, pourtant : Depardieu passe trop vite d’une émotion à l’autre jusqu’à faire passer son personnage de patron malhonnête pour un bipolaire, tandis que Clavier, fringué en cureton éducateur, prouve à quel point Jacquouille est déjà en train de reconfigurer – plutôt en mal – un talent d’acteur pourtant bien réel. Dirigés par un Poiré qui ne cesse d’appuyer fort sur le bouton du pétage de fusibles, les deux compères deviennent les pions d’un film tonitruant et gavé jusqu’à l’explosion, où seules les scènes les plus calmes et les plus posées passent pour les plus efficaces. Et lorsque la justification du titre tombe en plein milieu du récit (oui, au bout d’une heure !) et relance soudain l’enjeu central de l’intrigue (fuir les triades avec un gamin et un gros magot entre les mains), la mécanique foutraque repart de plein fouet. De Hong Kong à Paris, ainsi vont Les Anges gardiens : de la destruction non-stop (l’ex-colonie britannique en prend cher pour son grade !), de l’humour vulgo-quiproquo-testostéroné qui compile tout ce que notre beau pays a pu commettre en la matière (diarrhée, sexisme, xénophobie), des effets spéciaux encore pires que ceux de Fantôme avec chauffeur, sans oublier un découpage stroboscopique, résultant de la compression d’un premier montage jugé trop long (on frisait les trois heures !), qui aboutit à un sacré portnawak d’angles aberrants et de prises de vue multipliées pour rien. A ce stade, toute idée de « mise en scène » semble avoir rendu les armes. Et nous, on devrait en principe avoir envie de stopper la torture.


Sauf que… Sauf que la chose révèle peu à peu sa nature cachée si l’on choisit de mettre en parallèle son idée principale (les fameux « anges gardiens ») avec ce qui devait titiller le tandem Poiré/Clavier au moment de l’écriture. S’il y a bien un reproche que l’on ne pourra pas faire à ce film, c’est d’avoir été mis en chantier par un duo de feignants qui se gobergeraient de leurs succès passés en ne branlant rien. Ce n’est en effet jamais le cas. Comme pour se venger du succès des Visiteurs, et en sachant bien que notre pays se crispe toujours dès qu’il y a des gagnants (Luc Besson n’avait pas tort en parlant d’un « système Poulidor »), Poiré et Clavier ont l’air d’utiliser ces deux anges gardiens – enclins à titiller la conscience et la culpabilité des deux héros – comme d’un alibi pour se défouler et se venger de la culpabilité qu’on voudrait leur coller mordicus sur le front. C’est à croire que cette comédie d’action surchargée en taurine aurait des allures de grosse farce punk, pour ne pas dire d’un splendide doigt d’honneur adressé aux aigris. Ce côté « ado qui fout sa chambre en l’air », Poiré a en outre la jugeote de l’assumer jusqu’au bout, y compris lorsque le happy end de rigueur ramène sa fraise. Et si l’on se met en condition après avoir enduré une grosse journée de merde, il est assez facile de prendre son pied à savourer ce saccage colossal de décors et d’objets divers, orchestré par des chiens fous qui ont eu envie de « détruire » après avoir « visité ». Un geste de cinéma qui en vaut bien d’autres.

Titre Original: LES ANGES GARDIEN

Réalisé par: Jean-Marie Poiré

Casting : Christian Clavier, Gérard Depardieu, Yves Rénier …

Genre: Comédie

Sortie le: 11 octobre 1995

Distribué par: Gaumont

2,5 STARS MOYENMOYEN

1 réponse »

  1. (evilashymetrie) Voilà un film que je n’ai jamais voulu voir, à cause de cette bande annonce qui me foutait la nausée en 2 minutes. Paraitrait qu’aujourd’hui le film serait devenu culte et que Gaumont vient de le sortir en BR. Alors ça m’intrigue, ce culte et…je vais peut être passer à la caisse, pour enfin le voir… 🙂

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