Summer Fever 2020

SUMMER FEVER 2020 : Une sélection cinéma préparée par la rédaction – Épisode 17

Durant tout l’été la rédaction va vous accompagner avec des sélections de films à voir et à revoir, des découvertes à faire, des curiosités à explorer, des films doudous à savourer, des blockbusters, des séries B voire même des nanars pour s’éclater… Un été cinéma même chez soi, pour que cette année particulière reste aussi celle de la célébration de cet art qu’on dit 7ème mais qui reste le premier dans nos cœurs.

PAPERHOUSE (1988)


SYNOPSIS: Petite fille solitaire et rêveuse, Anna découvre qu’elle peut entrer dans un monde parallèle, plus précisément dans une maison qu’elle a dessinée sur une feuille de papier. Les liens entre le monde réel et le monde imaginaire vont se resserrer, et le rêve va petit à petit virer au cauchemar … 

Troisième film du touche-à-tout Bernard Rose (à qui l’on doit aussi bien l’horrifique Candyman qu’un biopic sur Beethoven avec Gary Oldman !), Paperhouse est de loin son meilleur. Soit le voyage onirique et cauchemardesque dans l’inconscient d’une jeune fille solitaire, dont les dessins griffonnés sur une feuille de papier finissent par donner vie à un inquiétant univers parallèle. Comme tout voyage de ce genre, l’ambition de la chose se devine vite : creuser et disséquer les traumatismes de l’enfance à travers une narration riche en contrastes, soit un exercice qui aura donné naissance à de grandes œuvres signées par bon nombre de cinéastes ibériques, de Carlos Saura (Cria Cuervos) à Guillermo Del Toro (Le Labyrinthe de Pan). Il n’en reste pas moins que l’expérience s’écarte ici de toute référence existante, ne serait-ce que par la faculté du cinéaste à filmer une réalité instable qui dérive vers le songe avant de virer au cauchemar. Les images du film, couplées à la magnifique partition de Hans Zimmer, suffisent à insuffler au film la douceur nécessaire pour contraster avec un fond tout sauf rassurant (on y parle autant de l’absence du père que des utopies brisées de l’enfance). Quant au motif du double, à savoir l’ami imaginaire qui aide l’héroïne à combattre ses propres démons, il devient ici le ciment d’une ambiguïté croissante sur le rapport à l’Autre et sur les gouffres métaphysiques qui nous menacent. D’une stupéfiante beauté, cet ovni psy – par ailleurs adapté d’un roman de Catherine Storr – ne se regarde pas. Il se vit. Et il vous hantera longtemps.

SERIAL KILLERS (1996)


SYNOPSIS: Deux serial killers prennent une famille en otage. Mais ils ne sont pas au bout de leurs surprises… 

Vous aimez La Dernière maison sur la gauche et Le sous-sol de la peur ? Vous pouvez les oublier fissa, car Mike Mendez les prend, les défonce et les enterre six pieds sous terre avec son Serial Killers, parangon de satire sociale subversive, monstrueusement violente et shootée de façon ouvertement chaotique. Sur la base d’un pitch a priori cousu de fil blanc (deux tueurs en cavale investissent la maison d’une famille lambda dont ils prennent tous les membres en otage), le futur réalisateur du Couvent s’acharne à souiller les conventions les plus ancrées de la société américaine (surtout la famille WASP bien sous tous rapports) et à bloquer tout facteur d’identification, allant ainsi jusqu’à faire opérer un saisissant virage à 180° à mi-parcours. Presque du Rob Zombie avant l’heure, en somme, même si le chaos filmé par le génial créateur de The Devil’s Rejects reste himalayen en comparaison de celui de Mendez – ce dernier peine parfois à rendre ses fusillades lisibles. Monstrueusement violent dès que le réalisateur se lâche, très bien équilibré entre parodie et provocation, le résultat force l’Amérique à sortir ses cadavres du placard. Film teigneux, donc. Soyez prévenus.


SUPER (2010)


SYNOPSIS : Un homme décide de devenir un super-héros après avoir vu sa femme succomber aux charmes d’un dealer. Mais il n’a pas de super-pouvoirs…

Il est absurde de considérer que Super ne serait qu’un banal ersatz de Kick-Ass, d’abord parce que la sortie quasi simultanée des deux films n’était qu’un pur hasard, ensuite parce que le film de James Gunn réussit précisément là où celui de Matthew Vaughn manquait de pertinence. A savoir l’ancrage du geek dysfonctionnel dans une société malade, via une mise en scène subtilement décalée qui vise le réalisme le plus total au lieu de bâtir un univers trop orienté comic-book. De ce fait, tout au long de ce combat joyeusement punk contre le système, le contrepoint et le décalage naissant d’un individu lambda désireux de singer le superhéros face au crime prend constamment place à l’écran. Mais ce n’est pas tout : entre deux fabuleuses séquences de violence disproportionnée (où brille par ailleurs une Ellen Page complètement tarée), Gunn réussit surtout un sans-faute en matière d’émotion, via le portrait de son geek romantique et solitaire incarné par Rainn Wilson. Bilan génial pour un cinéaste issu de l’écurie Troma qui s’est depuis recyclé en faiseur (brillant) des usines Marvel, et qui signait là son meilleur film. Un film qui porte d’ailleurs extrêmement bien son titre.


THE GREAT ECSTASY OF ROBERT CARMICHAEL (2006)


SYNOPSIS: Trois jeunes Anglais sont entraînés dans une spirale de violence et de tentation. Ils ne vont pas tarder à faire se révéler les jalousies secrètes de leur petite ville. 

Lorsque ce premier film de Thomas Clay fut présenté au Festival de Cannes en mai 2005, la quasi-totalité du public finissait alors la projection en état de choc, totalement dévastée par l’incroyable violence de sa scène finale – que nous ne dévoilerons pas mais qui fait passer l’intégralité de Funny Games pour un épisode de Maya l’Abeille. Une monstrueuse scène-choc qui, avouons-le, a fait autant pour la renommée scandaleuse du film que pour l’évacuation de son véritable contenu. Car The Great Ecstasy of Robert Carmichael n’a rien de l’œuvre d’un énième petit malin désireux de choquer le bourgeois via un récit passant de la banalité du quotidien à l’ignominie la plus totale. Les violons stridents de sa bande-son et le caractère lancinant de sa mise en scène ont surtout beaucoup à voir avec le cinéma de Michael Haneke, interrogeant en profondeur la violence et la frustration sociétale par la seule force du rythme et de l’étirement de la durée. Son portrait d’une jeunesse sans sens moral interpelle au-delà du raisonnable, et la maîtrise visuelle et sonore de Clay, presque aussi estomaquante que celle du Hunger de Steve McQueen, en remontre à bon nombre de cinéastes contemporains. A voir impérativement, mais soyez prévenus, quand même…


UV (2006)


SYNOPSIS: Une villa sur une île, au plus fort de l’été.
Un jour, Boris surgit. Il vient rendre visite à Philip, son vieil ami de lycée. Seulement Philip n’est pas là. Il n’arrivera que demain, après-demain au pire, on ne sait pas.
Courtois, homme avisé et sûr de lui, Boris s’installe. Très rapidement, il se fond dans le décor et s’avère être le convive parfait, l’élément distrayant. Ravis, charmés et même manipulés à leur insu, tous se laissent happer par son terrible pouvoir de séduction.
Seul André-Pierre a décidé de se méfier. Il n’aime pas ce genre de type balnéaire et bronzé. Et puis, pourquoi Philip n’arrive-t-il pas ? Pour lui tout alimente l’inquiétude, jusqu’à cette canicule qui entête, qui échauffe les corps avant les esprits. Jamais il n’a fait aussi chaud, jamais la mer n’est apparue aussi désirable et haute, juste là, en bas des marches, par où Philip arrivera. 

En surface, le film du réalisateur des Jolies choses et de Gomez & Tavarès semble réchauffer les restes de Théorème et de Plein Soleil, avec une pincée de La Piscine pour enrichir le décor. En profondeur, l’eau translucide se fait tout de suite bien plus trouble, laissant le cinéaste dérégler une à une toutes nos attentes sur la finalité réelle de cette intrigue-mystère (pourquoi cet inconnu s’incruste-t-il dans cette villa de riches, et qui est-il réellement ?). A force d’user du non-dit et du sous-entendu pour entretenir un vrai trouble, UV abandonne ses habits de thriller érotique en plein cagnard pour se muer en jeu de miroirs à multiple niveau de lecture, habité par des acteurs qui jouent moins des rôles figés que des surfaces flottantes (mention spéciale aux excellents Nicolas Cazalé et Jacques Dutronc). Cerise sur le gâteau, Gilles Paquet-Brenner va même jusqu’à laisser le mystère perdurer, un peu à la manière des fictions à suspense de Claude Chabrol qui laissaient toujours traîner un petit courant d’air mystérieux lorsque la dernière fenêtre du récit se refermait (une fin qui referme tout mais qui ne clôt rien). Ambigu à souhait, étourdissant comme le soleil.

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