Critiques

DISPATCHES FROM ELSEWHERE (Critique Saison 1) Un très touchant coup d’éclat…

SYNOPSIS: Dans cette série d’anthologie, un groupe de gens ordinaires tombe sur un puzzle dissimulé sous le voile de la vie quotidienne. Tous vont être amenés à découvrir que le mystère remonte bien plus loin et plus en profondeur que tout ce qu’ils auraient pu imaginer… 

Un jeu grandeur nature ressemblant plusieurs milliers de personnes sur trois ans, voilà le ptich intrigant de The Institute, un documentaire datant de 2013, retraçant le fait réel incroyable crée par l’artiste Jeff Dull. A première vue, il semble compliqué d’adapter une telle histoire à la télévision. Mais Jason Segel, inoubliable Marshall de How I Met Your Mother, a malgré tout voulu donner vie à ce concept et s’est tourné vers AMC, en panne de succès (à moins de s’appeler The Walking Dead ou Better Call Saul), afin de leur proposer une saison de dix épisodes revenant sur cette performance artistique hallucinante. En 2020, c’est donc Dispatches from Elsewhere qui nous arrive, et que Prime Video met en ligne sur sa plateforme pour le public français.

N’y allons pas par quatre chemins : Dispatches from Elsewhere est un sacré OVNI, et quelque chose de quasiment jamais vu, même sur une chaîne du câble américain. Du genre à vous happer dès son pilote, avec la récompense d’être satisfaits sur le long terme. Mais il faut accepter ce mélange d’enquête mystérieuse entrecoupée de tranches de vie parfois désarçonnantes. La force de sa série, elle vient surtout de son casting, emmené par Jason Segel donc, mais aussi Sally Field, André Benjamin, Richard E. Grant et la très belle révélation Eve Lindley. Il faut bien admettre que quand la quête qui donne son nom à la série devient parfois trop obscure, ce sont eux qui nous raccrochent émotionnellement ; leurs personnages, à la fois abîmés mais très doux, sont de beaux portraits de la solitude urbaine telle qu’on peut la vivre à notre époque. Et pourtant, avec son esthétique rétro, ses vieilles télés et ses lampes venues d’un autre siècle, tout est fait pour rendre cette histoire intemporelle, d’autant plus que les décors et graphismes sont absolument magnifiques, l’art ayant une place fondamentale dans le cheminement de nos héros. Saluons d’ailleurs la superbe bande-originale signée entre autres par Atticus Ross de Nine Inch Nails, qui même loin de Trent Reznor, fait des choses toujours aussi formidables.

Par bien des aspects, on peut penser à la défunte The OA  de Netflix en regardant Dispatches from Elsewhere, notamment dans sa manière de connecter des personnes n’ayant pas grand-chose en commun si ce n’est des difficultés à communiquer avec les autres. La série questionne notre discernement et notre perception de la réalité (y’a-t-il vraiment un Yéti qui se balade dans les musées sans que personne ne réagisse?), mais sans jamais se moquer de la foi de ses protagonistes. Un parti-pris qui fait du bien dans une époque cynique qui remet constamment tout en question, à commencer par les croyances et la bienveillance des gens. Nul point de vue mordant ici, simplement des gens qui veulent re-croire, et se reconnecter de nouveau, ou pour la première fois, à l’humanité. Outre The OA, on pense aussi, un peu, à Mr Robot, avec sa grande firme impitoyable et son « unreliable narrator » (un narrateur que l’on ne doit pas forcément croire). La série commence d’ailleurs avec la voix du créateur du « Jeu » qui explique à nous, spectateurs, qu’il ne faut pas forcément croire ce qu’il dit ; on se consolera avec le jeu de Richard E. Grant délicieux en mastermind à première vue charismatique mais mystérieux.

On peut cependant reprocher à la série une petite perte d’élan une fois sa mi-saison passée et tous ses personnages introduits. Les voir interagir ensemble est un plaisir, mais on sent Segel plus à l’aise sur les épisodes « centric » (qui se concentrent sur un personnage en particulier), qui durent jusqu’à l’épisode 5, que sur le reste. Il se rattrape heureusement sur un finish étonnant mais touchant, qui serait une parfaite conclusion à la série. Segel a admis qu’une saison 2 avec le même casting ne serait pas envisageable, mais même si le Jeu a réuni des milliers de personnes, on ne voit aucun autre groupe que celui de la saison 1 revenir pour une nouvelle partie. C’est donc un très touchant coup d’éclat que nous propose Jason Segel avec Dispatches from Elsewhere. Si la série n’est pas parfaite et risque de diviser en deux clans bien précis, c’est malgré tout un OVNI trop rare à la télévision que nous offre AMC, dans une prise de risques créative qui est salutaire. Sans cynisme ni jugement, Segel nous offre cinq portraits d’âmes perdues qui ne veulent que de l’amour. Oui, on a connu quête plus palpitante, mais l’humanité qui est présente finit par tout dévaster sur son passage.

Crédits: Amazon Prime Video France / AMC

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