Summer Fever 2020

SUMMER FEVER 2020 : Une sélection cinéma préparée par la rédaction – Épisode 7

Durant tout l’été la rédaction va vous accompagner avec des sélections de films à voir et à revoir, des découvertes à faire, des curiosités à explorer, des films doudous à savourer, des blockbusters, des séries B voire même des nanars pour s’éclater… Un été cinéma même chez soi, pour que cette année particulière reste aussi celle de la célébration de cet art qu’on dit 7ème mais qui reste le premier dans nos cœurs.

A LA FOLIE… PAS DU TOUT (2002)

SYNOPSIS: Angélique, une jeune fille insouciante, partage sa vie entre ses études aux Beaux-Arts et son travail de serveuse dans un bar. Un jour, elle tombe amoureuse de Loïc, un cardiologue dont l’épouse attend un enfant, et tente l’impossible pour séparer le couple. 

Sorti peu après Amélie Poulain, le premier film de Laetitia Colombani présente a priori tous les canons de la romance nunuche telle que le tube cathodique ne cesse d’en pondre, mais avec la douce Audrey Tautou en guise d’héroïne. D’entrée, celle-ci est présentée en jeune fleuriste folle amoureuse d’un cardiologue marié (joué par Samuel Le Bihan). Les bons sentiments pleuvent, les sourires et les œillades se multiplient, et nous, on serre déjà les dents par agacement. Sauf que… Sauf qu’il y a un truc qui ne tourne pas rond là-dedans. Extrêmement rusée, la réalisatrice s’amuse dès la fin des vingt premières minutes à verser des gouttes de poison de plus en plus grosses dans sa potion d’amour. Tout l’intérêt de ce scénario brillant consiste à inverser tout à coup le point de vue principal, passant de la romance aveugle à un thriller psychologique sur fond d’érotomanie et de fausses pistes. Un parti pris d’autant plus payant que Colombani ne laisse rien au hasard dans l’enchaînement et le recoupement des événements. Ceux qui imaginaient Audrey Tautou figée pour longtemps dans le registre de la girl next door mignonne et souriante feront moins les malins ici. Le meilleur rôle de l’actrice ? Peut-être bien.


BUBBA HO-TEP (2004)

SYNOPSIS: Une petite ville de l’Amérique profonde est menacée par une terrible momie, Bubba Ho-tep, qui veut absorber l’énergie vitale des habitants. Afin de la combattre, deux pensionnaires de l’asile local unissent leurs forces. Parmi eux, l’authentique Elvis Presley et un homme qui se prend pour Jack Kennedy. 

Attention, méga-film culte ! Meilleur film du très doué et hélas trop rare Don Coscarelli (créateur de la géniale saga Phantasm), Bubba Ho-Tep est une triple réponse positive à trois de nos plus fortes angoisses de cinéphile : 1) est-il encore possible de chercher de précieuses alternatives du côté de la série B ? 2) un film doté d’un synopsis aussi débile qu’improbable peut-il vraiment interpeller la fin des mythes américains avec tendresse et intelligence ? 3) Bruce Campbell est-il capable de jouer autre chose que le punching-ball pour démons masochistes ? La joie s’impose donc devant ce magnifique ovni, mettant en scène la star d’Evil Dead dans la peau d’un Elvis Presley moribond, croupissant en compagnie d’un JFK black (joué par Ossie Davis) dans un hospice pour vieux, alors même qu’une momie égyptienne se met à massacrer tous les vioques du bâtiment. Et si vous vous dites « Bordel, c’est n’importe quoi ! », vous avez tort ! Ce pitch en apparence gonzo dissimule surtout une bouleversante évocation des vieilles utopies de l’Amérique, toujours plus proches du tombeau à mesure que leurs rêves et leurs légendes se voient toujours plus piétinés par les carcans consensuels. A la fois drôle, surréaliste et mélancolique, Bubba Ho-Tep fait figure de chef-d’œuvre kamikaze par excellence. Seul regret : son culte toujours plus fort au fil des années n’aura jamais permis de donner vie à Bubba Nosferatu, suite longtemps rêvée par Coscarelli et Campbell.



CITY OF GHOSTS (2002)

SYNOPSIS: Jimmy, un malfrat américain, est en exil forcé à Bangkok suite à une escroquerie à l’assurance. Apprenant que Marvin, son partenaire et mentor, a refait surface au Cambodge, il se lance à ses trousses pour récupérer sa part. Mais l’homme qu’il cherche est introuvable et Jimmy ne va pas tarder à voir la situation lui échapper.

On connaissait Matt Dillon en tant qu’acteur (de Rusty James à The House that Jack built), mais la casquette de réalisateur ne lui est pas inconnue, loin s’en faut. Longtemps attendue avant de passer sous les radars via une sortie DTV vite expédiée, sa première réalisation, City of Ghosts, se love à loisir dans l’atmosphère moite et inquiétante du Cambodge pour y bâtir un thriller violent et imprévisible, sur fond d’arnaque et de rédemption. On pense beaucoup au cinéma de Werner Herzog pour cette densité documentaire et aventurière, par laquelle un individu se laisse peu à peu atteindre et piéger par l’atmosphère d’un territoire inconnu et dangereux, mais aussi à celui d’Abel Ferrara de par cette lecture très rédemptrice d’un trajet existentiel où la spiritualité fait jeu égal avec la violence. Riche d’un casting très cosmopolite (dont Gérard Depardieu dans un rôle très « bouddha bar » !), ce premier film est une proposition de cinéma très singulière, à découvrir sans hésiter.



EH MEC ! ELLE EST OU MA CAISSE ? (2001)


SYNOPSIS: Jesse et Chester, deux fêtards d’une vingtaine d’années, ont passé une nuit incroyable. Malheureusement, à leur réveil, ils ne se rappellent plus de rien, y compris de l’endroit où ils ont garé leur voiture. Or, celle-ci contenait les précieux cadeaux d’anniversaire qu’ils avaient achetés pour leurs petites amies jumelles, Wanda et Wilma. Jesse et Chester ont beau leur expliquer que le véhicule, où se trouvaient les cadeaux, a disparu, elles ne veulent rien entendre. Une seule solution s’offre à eux : retourner sur leurs pas afin d’enquêter sur les événements de la veille et la disparition de leur voiture. Il s’est forcément passé quelque chose de spécial pour qu’ils n’aient plus souvenir de quoi que ce soit. Et comment se fait-il qu’ils soient devenus les coqueluches de toutes les filles ?

Ce film-là, on pourrait dire que son titre se passe de commentaires, mais non. Ce film-là, on pourrait le juger comme un gros film d’adolescents boutonneux sans même faire l’effort de le regarder en entier, mais non. Ce film-là, on imaginerait bien la presse écrite le conchier sans ménagement à la simple lecture de son synopsis débile, mais non. Parce que c’est un ovni. Et un bon, érigé depuis sa sortie au rang de culte par un large panel de cinéphages déviants et désireux de quitter leur zone de confort. Qu’importe sa trame de départ (deux crétins mous du zguègue se réveillent un matin avec la gueule de bois et leur bagnole aux abonnés absents), c’est ce qui la fait ensuite évoluer vers le WTF total qui vaut le détour. La comédie boutonneuse a tôt fait de virer au maelström d’éléments invraisemblables, allant des sectes timbrées aux extraterrestres à gros nichons en passant par la SF sous LSD, qui plus est avec un taux de vulgarité qui reste relativement faible en comparaison d’un American Pie. Très drôle parce que dépourvu de prétention, très inventif parce que sans limite pour faire grossir son pitch confetti, très bon parce que très con (ou l’inverse), ce délire gonzo en vient même à tutoyer l’esprit de Jerry Lewis (si si !) dans ses moments les plus loufoques (avouez-le, vous avez failli rendre l’âme devant la cultissime scène du McDrive ?). On s’interroge donc : « Eh mec, il est où mon navet ? ». On nous répond alors :  » Il n’est pas là, mais il y a un joli pétard filmique à la place ! »

GRÉGOIRE MOULIN CONTRE L’HUMANITÉ

SYNOPSIS: Né un vendredi 13 à la clinique Franz Kafka, orphelin quelques heures après sa naissance suite à une regrettable dispute avec ses parents, boxé à l’âge de dix ans par une fillette dont il était éperdument amoureux, élevé par une grand-mère acariâtre et un oncle alcoolique, Grégoire Moulin a pris un mauvais départ. A plus de 35 ans, il mène une sinistre existence en province : il vit toujours chez sa grand-mère, est célibataire de longue date et remplit les modestes fonctions d’employé dans une compagnie d’assurances. Par un dimanche de mai, il décide de monter à Paris. Et le cauchemar commence. 

Il y a de quoi se poser sérieusement la question : Grégoire Moulin contre l’humanité serait-il la plus tarée des comédies françaises ? On est constamment tenté de répondre oui, tant cet After Hours cartoonesque, perfusé à la même sensibilité esthétique qu’un Dupontel ou un Jeunet, a de quoi mettre le souffle à sec, les neurones en vrac et les zygomatiques en surchauffe. Imaginez l’individu le plus malchanceux de la création qui se retrouve à vivre la pire soirée de tous les temps alors qu’il tentait de se rendre à un rendez-vous galant avec la femme de sa vie. Entre un bistrotier pas cool, des policiers suspicieux, un chauffeur de taxi psychorigide, un avocat déguisé en Hitler, un couple de libertins pervers et (surtout) des supporters de foot avec plus de bêtise dans la tête que de sang dans les veines (on est le soir d’une improbable finale de Coupe de France entre Paris et Perros-Guirec, alors imaginez l’enfer !), c’est à un authentique festival anarcho-burlesque que nous convie son homme-orchestre – le regretté Artus de Penguern. Au-delà de quelques apartés décalés bien zinzins (l’âme sœur nunuche du héros se rêve en Madame Bovary !) et d’un humour dévastateur qui mitraille non-stop, le bonhomme en profite surtout pour prendre en levrette cette hystérie médiatico-beauf suscitée par le culte du ballon rond. Tout est réuni pour faire but à chaque scène, et surtout, cerise sur le gâteau, vous y trouverez largement de quoi relativiser si vous venez de vivre une très sale journée – impossible de faire pire que celle du pauvre Grégoire Moulin ! De quoi introniser ce délire maxi-culte en médicament absolu contre les journées de merde.

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