Critiques

ZEROZEROZERO (Critique Saison 1) Une série fascinante…

SYNOPSIS: Une immersion dans les arcanes du marché mondial de la cocaïne, depuis sa naissance, jusqu’à la livraison finale sur les lieux de consommation.

ATTENTION SPOILERS :

Cet article révèle certains rebondissements et nous vous conseillons sa lecture après le visionnage de la série

Lorsqu’on jette un œil à sa filmographie, le réalisateur italien Stefano Sollima ne laisse planer aucun doute quant à sa fascination pour le milieu mafieux italien et international. On pourra citer Suburra, son second film et les séries Romanzo Criminale et Gomorra. Ces œuvres lui ont permis de réaliser son premier film américain Sicario 2 qui traitait à notre plus grand étonnement de la guerre des cartels. Deux ans plus tard, Sollima retrouve son compère Roberto Saviano (l’écrivain de Gomorra qui vit désormais protéger 24h sur 24h depuis une quinzaine d’années) pour prolonger la réflexion de Sicario sur le trafic international de drogue. Du fait de son sujet, le tournage se déroule sur plusieurs continents avec un casting international avec en tête d’affiche Andrea Riseborough et Dane DeHaan. On se demande avant de découvrir cette nouvelle proposition si le genre ne commence pas à s’épuiser au regard des nombreuses séries ou films sortis ces dernières années (on pense évidemment à la série phare de Netflix : Narcos ou le diptyque Sicario).

On suit donc une dizaine de personnages à travers quatre continents pour comprendre le fonctionnement du marché de la drogue au 21ème siècle. Edward (Gabriel Byrne) a deux enfants (Andrea Riseborough et Dane Dehaan) et est en charge de cargos qui livrent la drogue aux quatre coins du monde. Stefano (Giuseppe de Domenico) est le petit-fils de Don Minu, célèbre parrain en fin de carrière qui voudrait être calife à la place du calife. Enfin Manuel (Harold Torres) est le chef d’une unité d’élite mexicaine qui lutte contre le trafic de drogue dans son pays et plus précisément contre les frères Leyra, hauts dignitaires d’un cartel à Monterrey. Tout ce beau monde va forcément être imbriqué les uns avec les autres pour notre plus grand malheur.

A l’image de ses précédentes fictions, le style Sollima très brut et ultra-violent (même s’il ne réalise que deux des huit épisodes) sera omniprésent dans cette série de 8 épisodes. Les showrunners ne chercheront en aucun cas à enjoliver le récit de quelque manière que ce soit. Il ne faudra pas rechercher une once d’humour de la part des personnages ou de situations. C’est bien dans la noirceur humaine la plus totale que le spectateur sera plongé. De manière basique, ce que l’on scrute dans un premier temps dans cette série chorale, c’est la crédibilité d’une telle entreprise et on ne peut que reconnaître que la production a eu les moyens de ses ambitions. Tant en terme de casting, de mise en scène, de décors, de musique, on est immédiatement frappé par sa qualité artistique. Nous nous attarderons principalement sur deux aspects : le plaisir de voir à l’écran énormément de scènes extérieures ce qui parait aujourd’hui une anomalie dans la production actuelle et qui crédibilisent immédiatement l’immersion dans cet univers. On voyage continuellement entre ces déserts africains, ces villages italiens ou encore ces rues mexicaines. L’autre réussite est de s’être appuyé sur un casting ultra solide avec notamment l’interprétation terrifiante d’Harold Torres qui glace notre sang à chacune de ses apparitions. Giuseppe de Domenico n’est lui-même pas en reste mais c’est bien Torres qui mange l’écran à chaque fois qu’il apparaît.

A travers ce récit, Sollima, à l’image de son Sicario, nous démontre que le trafic de cocaïne s’est depuis bien longtemps mondialisé et que chaque pays apporte sa pierre à l’édifice jusqu’à la livraison au consommateur final. On ne verra d’ailleurs jamais ce consommateur et donc les conséquences dramatiques de cette substance sur l’organisme. On se concentrera essentiellement sur les acteurs de ce marché et il sera compliqué d’avoir un peu d’empathie pour ces protagonistes. Pour pimenter cette chronique, le parcours sera évidemment juché de péripéties pour chacun d’entre eux. Il faut toujours se rappeler d’une des fameuses scènes du Parrain, Don Corleone déclinant la proposition de Sollozzo de partager le futur marché du trafic de drogue. Il sent que ce trafic va ternir sa réputation et a fortiori n’amènera rien de bon. Il ne croyait pas si bien dire. ZeroZeroZero perpétue l’idée que tremper dans ce marché finit généralement toujours mal. La cupidité intrinsèquement liée à ce milieu amène forcément à la trahison. La trahison finit toujours dans le sang et les larmes. Une fois qu’on touche à ce milieu, impossible de faire machine arrière et une spirale infernale s’enclenche. Pis, une sorte de malédiction semble s’abattre sur ces damnés. Les deux enfants d’Edward peuvent ainsi en témoigner. Alors que le cargo devait paisiblement rejoindre l’Italie, ils vont devoir mener un véritable chemin de croix à travers ses déserts africains en étant notamment confrontés à des djihadistes pour mener à bien leur mission.

Enfin, et c’est ce qui rend la série fascinante, Sollima a la volonté d’humaniser ces personnages malgré tous leurs torts. Manuel fera ainsi acte de rédemption dans le dernier épisode sur un acte capital qu’il a commis précédemment. De même, l’axe le plus intéressant développé par la série,est la relation entre DeHaan et Riseborough . Cette dernière doit reprendre le business tandis que lui a une maladie incurable et a été mis à l’écart du futur de l’entreprise. A l’image de Stefano, on se demande tout au long de la série si ces individus auront les épaules assez larges pour survivre dans ce monde extrême et brutal. On reprend une nouvelle fois le schéma de Sonny et Michael Corleone du Parrain. On reste également fasciné par ces êtres qui ne se posent jamais de questions sur la moralité de leurs actes mais qui suivent un code de conduite édicté par et pour eux-mêmes. Manuel se couvre toujours en se référant à la religion pour justifier ses atrocités. Les liens familiaux restent le socle pour Stefano et les enfants Lynwood tandis que Don Minu privilégiera toujours le business à la famille. On sort de ces huit épisodes avec une vraie satisfaction en tant que spectateur qui a vu un divertissement superbement fabriqué (pour preuve, on se rappellera longtemps de scènes d’actions mémorables) mais également qui veut voir sonder la noirceur de l’âme humaine. Après, on ne vous cachera pas qu’une petite comédie légère sera la bienvenue après la vision de ZeroZeroZero surtout au regard de la dernière scène qui nous a laissé méduser.

Crédits: Canal +

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