Critiques Cinéma

PATTON (Critique)

SYNOPSIS: Pendant la seconde guerre mondiale, la vie d’un général, rebelle dans l’armée américaine mais reconnu comme un génie de la stratégie. En 1943, le général Patton est envoyé à Tunis afin de reprendre une situation difficile, l’armée US ayant du mal à prendre le pas sur l’Africa Korps nazi. Il enchaîne les succès mais refuse de laisser les lauriers de sa victoire au maréchal Montgomery, des forces armées britanniques. Il est alors relevé de son commandement et va attendre plusieurs mois avant de se retrouver à la tête d’une division.

Lorsqu’arrive sur les écrans Patton en 1970, le réalisateur américain Franklin J. Schaffner sort tout juste de l’énorme succès commercial et critique du film La Planète des Singes réalisé en 1968 avec Charlton Heston. Patton suit les traces du célèbre général durant la seconde guerre mondiale. Interprété par George C. Scott, ce film remporta 7 oscars dont le meilleur film, le meilleur réalisateur, le meilleur acteur et le meilleur scénario. Ce dernier prix fut remis à un petit nouveau, Francis Ford Coppola, qui prit définitivement son envol durant cette décennie. 50 ans après sa sortie, Patton mérite-t-il toujours sa réputation ? Les très grands films sont généralement rapidement reconnaissables par leur ton et leur mise en scène. La première scène est de ce point de vue épatante. On y découvre le général Patton devant un énorme drapeau américain proclamer un discours guerrier devant une audience qu’on ne verra pas. Sa vision du monde est strictement binaire : les gagnants et les perdants. Il n’y aura pas de place pour les sentiments durant cette guerre, prévient ce général multi décoré, il faudra lutter jusqu’à la mort. En se baladant dans les kiosques à journaux ces jours-ci, on peut apercevoir la couverture du journal mensuel America : L’Amérique aime-t-elle la guerre ? C’est la question qu’on peut effectivement se poser au regard du discours de ce général. On a cette vive impression qu’il n’attend que ça, qu’il est sur terre pour mener cette guerre. Ce discours marquant est édicté par un George C. Scott déjà totalement habité. Pas d’applaudissements, le film peut débuter.

Considéré comme un pur film de guerre, il n’y aura que très peu de scènes de conflits malgré sa durée d’un peu moins de trois heures. Schaffner fait le choix délibéré de centrer son récit essentiellement sur ce personnage de général à la personnalité finalement plus complexe qu’il n’y parait. Dans un premier temps, on le sent comme un poisson dans l’eau dans ce rôle de meneur d’hommes qui remet les pendules à l’heure dans ses équipes. Il veut y faire régner l’ordre et la discipline toujours sans aucun espèce de sentimentalisme. Il y parvient grâce à sa volonté et son charisme. Il est frappant de voir que, pour lui, les militaires qui font une dépression nerveuse sont avant tout des planqués qui veulent rester au chaud. Quand on connait l’énorme littérature des traumatisés de guerre, on est stupéfait par ce manque d’humanisme. D’autant que le personnage est présenté comme très lettré : il connait comme sa poche l’histoire greco-romaine ou encore les guerres napoléoniennes. Il joue d’ailleurs de ses connaissances en infusant l’idée qu’il a participé aux grands confits historiques grâce à de multiples réincarnations.

La réputation de Patton commence à le poursuivre et les généraux allemands commencent à se méfier de cet homme qui vogue de succès en succès en Afrique du Nord. On se renseigne sur cette figure qui commence à faire peur. La peur, une notion que Patton a rayé de son vocabulaire. On découvre un général jusqu’au boutiste prêt à sacrifier ses hommes pour poursuivre son combat. Car c’est bien ce que le metteur en scène nous montre, cet homme n’a pas de convictions, n’a aucun sens politique, il est juste là pour mener sa guerre. Ainsi, il accumule les impairs tout au long de sa folle campagne militaire. Tout d’abord, il ne fait preuve d’aucune empathie pour ce militaire au bout du rouleau psychologique en le traitant de trouillard devant un parterre de médecins en le frappant au visage puis il outrepasse sa hiérarchie en méprisant son alter-ego anglais pour enfin carrément écarter la Russie d’un revers de main dans la future donne politique mondiale.

Ces errements vont lui être très préjudiciables car il n’a pas été formé pour la politique contrairement à son plus proche collaborateur, Omar Bradley, (formidable Karl Malden) qui lui, sait manier la chèvre et le chou, sait mesurer ses paroles avec les alliés et avec sa hiérarchie. Cette parfaite opposition de style constitue des moments forts du film. Il faut voir Bradley remettre à sa place le général multi étoilé à de très nombreuses reprises : « George, vous l’ouvrez trop, vous êtes un vrai cauchemar« . Patton, exaspéré par toutes ses petites combines politiciennes, n’a qu’un mantra : la fin justifie les moyens. Et objectivement, il est difficile de lui donner tort puisqu’il reconquiert petit à petit tous les terrains occupés par l’ennemi. Il faut également noter que plusieurs de ces hommes seraient prêts à tout pour lui. C’est toute cette complexité qu’il faut prendre en compte en ces périodes troubles pour appréhender un tel personnage.

Ne vivant que pour la guerre, Patton se retrouve évidemment désemparé à la fin du conflit. On le voit errer seul avec pour seul ami son chien. Ne lui connaissant ni femmes ni enfants, on peut supposer qu’une petite mort l’attend. Il faut le voir suggérant la poursuite du conflit contre les Russes, alors alliés d’un jour. On pense immédiatement à un film plus contemporain réalisé par Kathryn Bigelow : Démineurs, également oscar du meilleur film. Le héros n’arrive plus à vivre comme un simple citoyen lorsqu’il rentre du conflit irakien. Il n’a qu’une envie de revivre ce shoot d’adrénaline permanent. On peut y voir une vraie ressemblance avec le général Patton dont le but est de guider ces soldats. Car pour certains, la guerre est avant tout un art. Patton reste donc un monument du cinéma cinquante ans après sa sortie.

Titre Original: PATTON

Réalisé par: Franklin J. Schaffner

Casting: George C. Scott, Karl Malden, Michael Bates …

Genre: Guerre, Drame, Biopic

Sortie le:  24 avril 1970

Distribué par: –

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