Critiques

ESCALE FATALE (Critique Mini-Série) Aussi perturbant qu’accablant …

SYNOPSIS: Une capitaine de la police irlandaise enquête sur le meurtre d’une jeune migrante. Portée par Aïssa Maïga (Les poupées russes, Il a déjà tes yeux), réalisée par David Caffrey (Peaky Blinders, saison 4) et co-écrite par Stuart Carolan et l’auteure de best-sellers Jo Spain (La confession), la série allie chronique sociale et suspense haletant pour dépeindre un Dublin contemmporain en pleine mutation et gangréné par les trafics.

Difficile de faire plus contemporain que le sujet traité dans Escale Fatale (Taken Down, le titre original, reflétant bien mieux la cruauté du propos) : le problème des migrants, avec lequel personne n’est à l’aise. Et la gêne ne se dissipera pas avec cette mini-série coup de poing, difficile à regarder. Elle commence presque banalement, avec l’une de ces tragédies que l’on ne voit que trop régulièrement au JT de 20h : l’arrivée de migrants en Irlande, parmi lesquels les autorités dénombrent plusieurs morts. Parmi eux, Abeni et ses deux fils, qui vont être hébergés dans un centre d’accueil en attendant l’instruction de leur demande d’asile. Mais huit ans plus tard, leur demande n’a toujours pas abouti, et leur chambre au centre, insalubre, se fait de plus en plus exigüe. Mettant un point d’honneur à ne pas faire de vagues, Abeni et sa famille vont bientôt focaliser l’attention des autorités après que l’une des pensionnaires du centre, Esme, a été retrouvée morte à l’arrêt de bus tout proche. Dès lors, couche après couche, épisode après épisode, l’insoutenable vérité se dévoile, sordide. D’autant qu’entre les migrants et la police, les choses ne se feront pas sans heurts…

Il faudra du courage pour aller au bout de cette série créée par l’auteure de best-sellers – peu traduite en France – Jo Spain (La Confession) et réalisée par David Caffrey, dérangeante à plus d’un titre. De l’embarras poli au début, relatif aux conditions de réclusion des migrants en attente de visas, semblables à des gamins privés de sortie, on bascule vers l’horreur absolue de la face cachée du système, dont la négligence bureaucratique créé un limon fertile aux commerces les plus odieux. Le scénario, impitoyable, n’épargne aucun détail, tant et si bien qu’en comparaison, Enquête Exclusive paraît un programme familial. La caméra se pose en témoin muet du quotidien d’Abeni (formidable Aïssa Maïga), laquelle incarne le vecteur moral de la série, la frontière humaine, quasi tangible, entre le bien et le mal. Dans un vertigineux jeu de pile ou face, la mise en scène nous plonge littéralement la tête dans l’atmosphère véritablement claustrophobique d’une maison de passe, à la rencontre des rouages impitoyables d’un réseau bien huilé ayant renoncé à leur humanité (l’inquiétant Gar, campé par Jimmy Smallhorne) et, de l’autre, nous donne à voir l’incompétence mâtinée de mauvaise volonté des services sociaux (l’obséquieux Wayne, interprété par Brian Gleeson). Le combat des forces de l’ordre s’apparente à celui de David contre Goliath, quasi insignifiantes par rapport à l’horreur, leur travail gargantuesque entravé par le sempiternel manque de moyens et l’omerta qui règne dans les milieux parallèles. La photographie, anxiogène, rehaussée de lampes rouges à l’éclat libidineux, renforce le sentiment d’écœurement permanent, savamment entretenu à coups de scènes chocs accueillies dans l’indifférence générale. Les rares moments d’apaisement nous serons offerts par un réfugié algérien, Samir (Slimane Bazi), dont les paroles passent un peu de baume sur l’infamie.

Particularité de cette série d’investigation, qui se concentre sur le quotidien clandestin inenvisageable des migrants, si les protagonistes chargés de l’enquête menée par une jeune capitaine, Jen (Lynn Rafferty), sont tous bien campés, ils n’inspirent aucune affinité particulière, malgré quelques efforts notables mais vains pour rendre leur existence plus consistante. Simples instruments au service de la découverte de la vérité, ils défilent à l’écran dans un anonymat de façade : on se désintéresse d’eux en tant qu’individus, à l’inverse de la plupart des séries policières actuelles. Un parti pris qui, s’il n’a aucune incidence quant au déroulement de l’intrigue, réaffirme notre envie pressante de se détourner de cet objet visuel aussi perturbant qu’accablant. S’il cherche à provoquer une nécessaire prise de conscience de ce qui se passe à l’abri de portes closes à notre insu, il nous jette par ce biais tout un pan de la misère humaine à la gueule, sans prendre de gants. Une expérience déplaisante qui, indéniablement, n’emportera pas tout le monde jusqu’à son dénouement cuisant.

Crédits: Arte

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