Critiques

DRACULA (Critique Saison 1) Un univers développé avec beaucoup de précision…

SYNOPSIS: Transylvanie, Roumanie. 1897. Le Comte Dracula boit du sang tout en dessinant ses futurs projets contre le Londres victorien. 

Si il y a une figure emblématique du monstre dans la culture populaire qui a su traverser les âges et les genres jusqu’à s’incruster sur nos petits et grands écrans, c’est bien le célèbre Comte Dracula de Transylvanie. Le vampire de Bram Stoker continue encore aujourd’hui de faire jouer les imaginaires de plusieurs générations. On citera notamment les plus récentes apparitions du monstre, que ce soit dans le Dracula de Coppola, dans Dracula Untold -connu pour être la première pierre d’un univers cinématographique mort-né- ou même dans la saga d’animation Hôtel Transylvanie. Et si il évoque toujours quelque chose dans l’inconscient collectif aujourd’hui, c’est que comme à l’instar du personnage, il a su devenir intemporel. Et c’est dans ce contexte qu’arrive le duo de scénaristes anglais clé : Mark Gatiss et Steven Moffat, papas des saisons 5 à 10 de Doctor Who et de la série Sherlock. Ainsi, ils décident de s’attaquer à la figure emblématique de Dracula en en faisant une relecture sous forme sérielle. Et on y retrouve alors la patte des créateurs de Sherlock, de par la forme que prend cette saison : trois épisodes d’1h30 chacun. C’est cette forme particulière et son écriture moderne qui avait permis à l’adaptation moderne du détective de Conan Doyle d’avoir le succès qu’on lui connaît maintenant. Moffat et Gatiss repartent sur les mêmes bases pour développer un univers particulièrement singulier… Mais avant d’en dire plus, revenons au postulat de base. Dracula dans son cru 2020 raconte l’histoire du Comte éponyme, habitant dans son grand manoir, en se nourrissant de sang humain pour s’octroyer la vie éternelle. Cependant, il a d’autres plans, et se met vite en route vers les terres d’Angleterre… Il se trouvera au fil de ses morbides aventures des éphémères compagnons ainsi que d’étonnants rivaux…

Gatiss et Moffat réussissent avec ce Dracula à construire une œuvre qui bénéficie d’une interprétation précise. Ils marquent le personnage et son univers de leur patte en dégainant une écriture retorse qui envoie valser toutes nos certitudes et nos prévisions. D’une part, on peut noter la richesse scénaristique des trois épisodes, qui débordent de twists toujours surprenants. Il y a une vraie justesse qui nous pousse à continuer de regarder au fil des événements. Ce qui marque surtout, c’est la proposition singulière que nous apportent les deux scénaristes anglais, donnant tout le loisir à notre imagination de tourner à plein régime. Car ils se retrouvent avec cette série bien loin de l’aspect « familial » de Doctor Who, ou de Sherlock. Dracula assume à chaque instant son allure horrifique, balançant du sang et des meurtres à tire-larigot. Dans le premier épisode, on nous conte le séjour particulièrement mouvementé d’un avocat dans le manoir du Comte. Et l’introduction de l’univers et des protagonistes de la série est complètement réussi, déployant un imaginaire morbide, terrifiant et souvent cynique (la marque de fabrique des créateurs de Sherlock). Dans une première occurrence vampirique remarquablement iconoclaste, Dracula marque les rétines et les esprits. Et c’est aussi dû à la surprenante performance du comédien danois Claes Bang, qui campe le Comte avec une aisance dérangeante. Sa présence est aussi fantomatique que visuelle, faisant de ses absences de vrais moments de peur. Il trouve une alchimie terriblement juste avec le sanguinaire vampire. Si le second épisode permet à la série d’affirmer son statut à la fois particulièrement novateur et étonnamment respectueux de la légende via une intrigue tout droit sortie d’un sombre roman d’Agatha Christie et rappelant les plus mémorables instants de suspense et de révélations de Sherlock, le troisième épisode, quant à lui, prend toute cette installation à revers. Son aspect kitsch et volontairement à contre-pied en fait un Objet Télévisuel Non Identifié sorti de nulle part. Si il divise lors de son visionnage, on ne peut quand même que souligner et saluer la volonté affirmée du duo Moffat/Gatiss de dépoussiérer le mythe de Dracula, de lui donner « du sang neuf » comme l’indique la stratégie marketing de la BBC et de Netflix déballée pour la promotion du show. Avec un rythme endiablé et un imaginaire riche en effets horrifiques qui fonctionnent, la série développe son univers avec beaucoup de précision, et même si la fin de saison boucle bien l’histoire, on en redemande plus.

Aux côtés de Claes Bang dans la peau du sanguinaire Comte Dracula, on retrouve Dolly Wells incarnant une nonne aux croyances nuancées et à la personnalité mystérieuse. Elle forme une dualité particulièrement intéressante avec le vampire, constituant une dyade, manichéenne à bien des égards. Et on rencontre au cours de la série une large palette de personnages secondaires. On pourra citer par exemple John Heffernan, Morfydd Clark, Lydia West, ou encore Mark Gatiss lui-même dans le dernier épisode. En bref, Dracula arrive en seulement 3 épisodes de 1h30 chacun à se construire une mythologie propre, régie par ses codes et ses choix visuels et scénaristiques. Mark Gatiss et Steven Moffat bâtissent un univers télévisuel étonnant et unique, en remettant au goût du jour la légende du célèbre vampire. L’aspect horrifique est remarquablement bien géré, soutenu par un cynisme et un humour noir délicieux. Dracula s’habille de ses plus beaux vêtements gothiques et chics pour sortir de l’ombre, et se dresser en pleine lumière. Si son final fera grincer des dents et en décevra certains, la série vaut tout de même le coup d’œil, rien que pour son mordant et son sang-chaud.

Crédits: Netflix

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