Critiques

MESSIAH (Critique Saison 1) Difficile d’avoir la foi…

SYNOPSIS: Lorsque l’agent de la CIA Eva Geller (Michelle Monaghan) découvre des informations sur un homme (Mehdi Dehbi) qui attire l’attention internationale suite à des actes troublant l’ordre public, elle ouvre une enquête sur ses origines. Alors que de nouveaux adeptes témoignant de ses miracles continuent de rejoindre ses rangs, les médias du monde entier commencent à se laisser séduire par cette figure charismatique. Eva Geller doit vite dénouer le mystère : est-il vraiment un être divin ou un simple escroc capable d’ébranler l’ordre mondiale ?

Fraîchement débarquée sur Netflix, Messiah a attisé notre curiosité dès son annonce. Il faut bien l’avouer le pitch de la série est on ne peut plus passionnant : comment le monde réagirait-il si de nos jours un messie débarquait sur Terre ? Mais d’ailleurs s’agit-il réellement d’un messie ou d’un usurpateur qui fédérera une partie du monde sous un prétexte totalement fallacieux ? Captivant sur le principe oui, mais avec Netflix nous avons appris à nous méfier. Il faut bien avouer que la plateforme à l’allure d’ogre est réputée pour l’incroyable quantité de programmes qu’elle nous propose en continu, souvent au détriment de la qualité : sa ligne éditoriale de plus en plus affirmée semble, contrairement à la façon dont nous la percevions au départ, mettre de côté l’ambition et l’audace dont elle pouvait se targuer autrefois, et ce ne sont pas les annulations prématurées de certains de ses shows les plus qualitatifs (nous pleurons toujours The OA) qui risquent de nous détromper à ce sujet. Nous avions néanmoins envie d’y croire. Alors la série est-elle le providentiel messie qui va réussir à nous réconcilier avec les plus belles heures de la plateforme ? Malheureusement non.

Ce qui étonne avec Messiah c’est le parti-pris d’étaler son intrigue sur dix épisodes de façon assez artificielle en vue d’en faire (au moins) une deuxième saison. Les dernières minutes ne nous détrompent d’ailleurs pas à ce sujet : elles appellent une suite. Nous ne spoilerons bien évidemment pas les détails de cette première saison mais afin d’avoir une critique assez détaillée nous devrons a minima évoquer quelques éléments pour la décortiquer. Une chose est claire pour éviter toute déception : entre le premier et le dixième épisode, le show n’a pas vraiment avancé d’un chouïa. Nous sommes convaincus que sous forme de mini-série, Messiah aurait pu déployer ses ailes bien plus efficacement et il est curieux de voir l’équipe créative découper et agencer ses idées d’une telle façon. Bien évidemment suivant si le personnage principal est bel et bien ou non ce qu’il prétend être, le potentiel d’exploitation derrière le pitch de départ n’est pas le même. Or si l’identité de ce nouveau faiseur de miracles est clairement l’enjeu de la première saison, nous sommes étonnés de constater qu’elle sera vraisemblablement également l’enjeu de la deuxième saison, comme si la série n’avait finalement rien d’autre à raconter au-delà de son mystère de départ, tout en prenant le risque de confronter les deux thèses (messie ou usurpateur) inlassablement jusqu’à l’overdose. Oui, c’est l’opposition de deux visions qui va nous être proposée jusqu’à plus soif lors de cette slave d’épisodes, le but étant de nous balader plus que de raison. Tout est amené de façon à nous faire douter tout en nous laissant naïvement croire que c’est à nous de nous forger notre propre opinion au gré des retournements de situation et des nouvelles informations farfelues portées à notre attention par les scénaristes zélés. Mais au fond tout ça est une fois de plus très artificiel, le téléspectateur ne pouvant baser son choix que sur son envie… Peut-être est-ce un messie, finalement peut-être pas, et ainsi de suite.
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Commençons par les points forts de la série. Le premier, même si nous sommes persuadés que le concept est à bien des égards très mal exploité, est que si nous faisons fi de la profondeur que peuvent amener les problématiques effleurées du bout des doigts par le show, d’un point de vue foncièrement didactique Messiah s’en sort bien : la réaction du monde face à l’émergence d’un éventuel nouveau messie (passons sous silence les scènes assez ridicules en présence de, ou en lien avec un Président), la prolifération de la nouvelle via les médias et les réseaux sociaux, le scepticisme d’une partie des individus plus réfractaires par leur nature à croire à l’existence d’une telle icône, tandis que d’autres plus facilement ouverts à l’idée car pris en étau entre leurs problèmes personnels sont presque demandeurs d’un miracle pour chambouler leur quotidien, ainsi que la multitude de langues parlées par les personnages, donnent un contexte sociopolitique relativement crédible. Oui à ce niveau là Messiah tire indéniablement son épingle du jeu (mais pas tout le temps). Ensuite la série a eu selon toute vraisemblance un budget confortable : nous voyageons à travers les pays et les lieux, les figurants sont nombreux, la série ne manque clairement pas de vie à l’écran (malgré paradoxalement la platitude de l’ensemble mais nous y reviendrons). Enfin Messiah bénéficie de têtes d’affiche convaincantes. Mehdi Dehbi incarne ce prophète des temps modernes et si la bande annonce nous avait laissé songeur au sujet de son charisme pour assumer un tel rôle et porter un tel show, la série nous a rassuré à ce niveau là. Les personnages campés par Michelle Monaghan et Tomer Sisley sont quant à eux les principaux contre-pouvoirs de ce Christ nouvelle génération (en gros des sortes de Scully), des électrons aux tempéraments borderline et aux vies personnelles chaotiques, qui vont tenter de démasquer, s’il y a lieu, l’imposteur. Au milieu de tout ça nous suivons également les pérégrinations d’un pasteur incarné par John Ortiz qui va confronter sa foi à la miraculeuse nouvelle. La série est d’ailleurs également axée sur la famille dudit pasteur, en particulier sur sa fille.
 Malheureusement au-delà des acteurs et actrices qui incarnent les personnages, le développement de ces derniers est un problème à part entière.

Il faut bien le dire, là où Messiah rate le coche presque à tous les niveaux c’est bien dans le fond. Traiter l’enjeu de départ comme un banal mystère à résoudre sans exploiter efficacement toutes les possibilités ouvertes est une cruelle déception. Les personnages sont de véritables archétypes superficiels qui ne s’affirment jamais réellement au-delà du rôle fonction qu’ils occupent. Ceux joués par Michelle Monaghan et Tomer Sisley ne dépassent ainsi jamais la place d’agents paumés qui plongent têtes baissées dans leur travail pour oublier leurs problèmes personnels ou les traumatismes du passé. Et nous ne détaillerons pas la façon dont certaines cartes sont dévoilées pour enfoncer le clou des clichés : le coming out d’un personnage au spectateur lors d’une conversation téléphonique totalement risible est sans doute l’une des idées les plus mal exécutées au vu de la teneur des échanges. C’est ce qui est tristement paradoxal dans la série, tous les ingrédients sont présents : des malades qui caressent l’espoir d’être guéris par ce nouveau messie, des fidèles qui le suivent mais finissent par être confrontés à l’inévitable question de son identité, et d’autres qui veulent le démasquer à tout prix, avec en toile de fond l’influence grandissante de ce prophète sur le monde. Le pasteur et son encombrante famille sont sans doute le plus gros gâchis de la série : si leur traitement démarre de façon engageante il échoue finalement dans les limbes de l’insignifiance. Gageons qu’il y avait une multitude de façons de confronter le pasteur à sa foi et Messiah s’engage au fil de ses épisodes dans une voie bien peu passionnante. Comment pouvons-nous y trouver un quelconque intérêt alors que des séries comme The Leftovers ont proposé des développements aux petits oignons sur le sujet ? (les épisodes centrés sur le révérend Matt Jamison étaient parmi les plus extraordinaires de la série). Spirituellement parlant Messiah loupe ainsi totalement le coche. Tandis qu’un monstre comme The Leftovers nous avait subjugué avec d’imposantes ramifications sur le sens de la vie, notre place dans l’univers, la confrontation de la foi face aux drames, et même plus largement face au deuil, confrontant ses personnages à eux-mêmes ainsi qu’à l’univers, Messiah n’a à ce niveau là pas grand-chose à raconter. Le rendu final est extrêmement cliché, l’intrigue est étirée inutilement, les personnages demeurent désespérément lisses et des intrigues sans intérêt polluent la série (l’environnement familial du pasteur en tête). Nous assistons à du brassage de vent en règles. 
La structure des intrigues est d’ailleurs parfois douteuse, comme ce climax où le fameux prophète est mis en joug par l’un des personnages tandis qu’un autre péquin armé d’une carabine se dirige vers un chien souffrant et qu’un troisième s’apprête à agir imaginant le pire, pour le résultat que nous connaissons : une façon de faire artificiellement monter la tension pour…rien. La série est dépeuplée de moments forts…de moments de grâce. Sa propension à bricoler des relations superficielles entre des personnages déjà bien peu consistants n’arrange pas les choses. Au-delà de son sujet, avec lequel elle ne se démarque finalement pas tant que ça vu le classicisme du traitement, elle n’a aucune identité visuelle ou sonore particulière. Messiah est donc un produit extrêmement formaté : un comble pour un sujet qui, bien qu’universel, n’a pas réellement vocation à être autant vidé de sa substance (à quoi bon le traiter sinon ?).

Si cette première saison s’est retrouvée au centre d’une polémique avant même sa diffusion, force est de constater que la monotonie et le formatage de l’ensemble ne le justifiaient pas. Le show se laisse néanmoins suivre sans déplaisir (le binge-watching aidant probablement la série à camoufler ses défauts). A force de justifier des miracles ou en tout cas de nous faire comprendre que ces derniers pourraient ne pas en être afin de mieux maintenir la confrontation messie/usurpateur qui tient tant à cœur aux scénaristes, nous craignons que la série perde rapidement toute crédibilité. Au bout d’un moment si le but est de faire de ce messie 2.0 un usurpateur, comment vont-ils justifier de façon crédible (donc sans nous prendre pour des idiots) les éléments potentiellement fantastiques qui se produisent ponctuellement ? Messiah semble d’ailleurs reposer uniquement sur cet affrontement d’idées au risque de vite tourner en rond (la saison 2 s’annonçant d’emblée comme une saison 1 bis). Il serait salvateur que la série se décide à prendre rapidement parti et en fonction de sa réponse soit à s’arrêter au bon moment, soit si cela s’avère opportun à traiter les conséquences de son verdict (l’idée d’assumer l’arrivée sur Terre d’un nouveau messie étant selon nous la solution la plus intéressante à exploiter car les possibilités sont presque infinies). Messiah ne pourra définitivement pas tenir sur le long terme en jonglant sur les deux tableaux sous peine d’apparaître comme une coquille vide. Chernobyl l’a à nouveau démontré l’année dernière : parfois les meilleures idées sont celles qui vont droit au but. Ici la série semble gagner du temps pour jouer les prolongations. Dans le fond sans doute aurions-nous apprécié que Messiah ressemble davantage à une série de niche plutôt qu’à une série aussi grand public. La montagne semble avoir accouché d’une souris, une fois de plus. A l’heure actuelle une saison 2 n’a pas encore été confirmée par Netflix, néanmoins les dernières déclarations de Tomer Sisley indiquent qu’elle serait en cours d’écriture. Si la suite est commandée nous répondrons présents afin de vérifier si oui ou non Messiah sait où elle va et surtout si elle valait la peine que nous ayons foi en elle. En attendant, Messiah ne joue malheureusement pas dans la cour des grands.

Crédits : Netflix

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