Critiques Cinéma

1917 (Critique)

SYNOPSIS: Pris dans la tourmente de la Première Guerre Mondiale, Schofield et Blake, deux jeunes soldats britanniques, se voient assigner une mission à proprement parler impossible. Porteurs d’un message qui pourrait empêcher une attaque dévastatrice et la mort de centaines de soldats, dont le frère de Blake, ils se lancent dans une véritable course contre la montre, derrière les lignes ennemies.

Depuis son premier film, American Beauty, jusqu’aux deux James Bond sur lesquels il a posé une empreinte indélébile (surtout sur l’immense Skyfall, Spectre en étant plus un prolongement raté) Sam Mendes embrasse une carrière atypique que rien ne semble dévier d’une trajectoire personnelle quand bien même il pose ses pas dans des chemins qui semblent au départ balisés. En s’inspirant des souvenirs de son grand-père, Alfred Mendes, vétéran de la première Guerre Mondiale, le réalisateur des Sentiers de la Perdition s’est posé un gigantesque défi à la fois technique et artistique avec 1917. Raconter en quasi temps réel et dans un faux plan séquence (un peu comme le Birdman d’Alejandro González Iñárritu dans un autre genre) dont on ne verrait pas les coupes, la mission suicide de deux soldats anglais sommés de traverser les lignes ennemies afin de délivrer un message qui pourrait sauver des milliers d’hommes d’une mort certaine. Une telle entreprise nécessitait de s’entourer de techniciens émérites à même de faire de cette expérience un spectacle total, à la fois immersif et sidérant. Et non seulement 1917 réussit ce tour de force avec brio mais il dépasse même son postulat technique pour devenir un film brillant de bout en bout, capable de vous broyer d’émotions, de vous faire vivre une aventure extraordinaire et de vous faire passer par tous les états avant de vous laisser KO pour le compte. Si on ne doutait pas des immenses qualités de réalisateur de Sam Mendes, il est indéniable que l’on ne s’attendait pas à recevoir une claque d’une telle ampleur tant le film se place non seulement dans le sillage des plus grandes œuvres récentes du genre (Il faut sauver le soldat Ryan, Dunkerque…) mais réussit absolument tout ce qu’il entreprend, relevant gageure sur gageure avec maestria.

Ne sacrifiant jamais ses personnages sur l’autel de la prouesse technique, Mendes propose une histoire qui non seulement n’a de cesse d’être crédible mais s’attache à nous faire ressentir des émotions qui ne sont jamais factices. L’écriture du film donne autant d’importance à ce qui relève de l’anecdote qu’à la mission en elle-même dont les enjeux dramatiques se trouvent décuplés par l’attachement que l’on ressent envers ces deux jeunes hommes livrés à l’horreur et à l’aveuglement de la guerre. Visuellement, le film est si touffu qu’il impressionne autant qu’il subjugue, la beauté des plans répondant au gigantisme des autres, tandis que les éclats d’obus retombent à quelques centimètres des protagonistes et que les scènes de combats dantesques succèdent à des séquences plus feutrées mais où l’urgence et le danger restent palpables. De ces instants passés dans les tranchées (on pense à la séquence inaugurale d’Au Revoir Là-Haut d’Albert Dupontel) à cette zone de combat désertée mais recelant encore de potentiels dangers, de scènes de nuit sublimés par une exquise lumière en passant par une rencontre inopinée avec l’innocence personnifiée (une jeune femme et un bébé), on est à la fois secoués et ballottés dans cette aventure dont on ne ressort pas indemnes. Nous plongeant dans les affres de la guerre, la peur, la souffrance, la solitude, 1917 est une immersion totale qui vous prend aux tripes et vous fait ressentir l’expérience avec une authenticité et une malignité démoniaques. Haletant et vous laissant totalement exsangue, le film est réellement prodigieux mais ne nous donne jamais la sensation d’user d’un gadget narratif pour nous détourner de la puissance du récit bien au contraire. Si Sam Mendes signe une mise en scène phénoménale, la photo de Roger Deakins fait des miracles en tutoyant le sublime démontrant que le directeur de la photographie en a encore sous le pied et qu’aligner les performances de haut vol est devenu son apanage. La partition de Thomas Newman est quant à elle d’un niveau que le compositeur n’avait pas atteint depuis longtemps, participant à notre plongée en apnée dans ce film hors normes tandis que le montage de Lee Smith parachève cette œuvre grandiose.

On en oublierait presque les comédiens tant l’emballage et la technique sont saisissants et ce serait d’une injustice crasse tant George McKay et Dean-Charles Chapman campent deux jeunes hommes complémentaires qui passent le film à subir le pire avec courage et abnégation. Ni super-héros, ni chiens fous, ils sont justes des gamins perdus au milieu d’enjeux stratosphériques qui les dépassent. Leurs performances sont d’une justesse imparable et l’émotion brute qu’ils véhiculent est admirable. Si certains resteront insensibles à ce parcours du combattant qui a dû bénéficier d’une logistique phénoménale et qu’ils regarderont le spectacle en conservant une certaine distance, si tant est que vous vous laissiez embarqués dans ce véhicule tous terrains vous vivrez une expérience ultime comme seul le cinéma peut encore vous en proposer. Même en ayant parfois la sensation d’avoir déjà vu certains des rebondissements qui parsèment le film, vous serez totalement séduits par l’entreprise artistique que Sam Mendes emmène tout en haut, là où l’on trouve les plus grands films. Car oui 1917 est extraordinaire! Prenant, addictif, immersif, vous êtes propulsé dans un film de guerre dont vous êtes le héros et Sam Mendes réussit un fait d’armes historique magnifié par la photo de Roger Deakins et la musique de Thomas Newman pour nous offrir rien moins que la première bombe de la décennie 2020!

 

Titre Original: 1917

Réalisé par: Sam Mendes

Casting : George MacKay, Dean-Charles Chapman, Mark Strong…

Genre: Guerre, Drame

Date de sortie : 15 janvier 2020

Distribué par: Universal Pictures France.

CHEF-D’OEUVRE

2 réponses »

  1. Très bel article, parfaitement raccord avec le mien, sur ce voyage sur les sentiers de la perdition, entre la vie et la mort. A ce titre, pour illustration, la scène du pont est tout à fait représentative de cette survie en équilibre.

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