Critiques Cinéma

STRETCH (Critique)

STRETCH AFFICHE CLIFF AND CO

SYNOPSIS: Christophe est un jeune jockey parisien pétri d’ambition et d’illusions. Mis à pied après avoir été contrôlé positif à l’issue d’une course, il choisit de s’expatrier en Asie, à Macao. Rapidement, son statut change. Les victoires en course se succèdent, lui amenant argent facile et conquêtes féminines. Mais Macao a ses règles, auxquelles Christophe pense pouvoir déroger. Les événements vont se précipiter alors que l’étau se resserre autour du jeune jockey. Poussé par l’amour d’une jeune femme chinoise moderne, distante mais obsédante, Christophe va finalement remettre son destin en jeu, mais cette fois sur le tapis vert. 

Il y a d’abord quelque chose d’un peu malsain dans le troisième long-métrage de Charles De Meaux. Aussi méconnu soit-il, aussi expédiée fut sa distribution en salles, Stretch a pourtant su s’offrir un semblant de publicité à partir d’un imprévu de tournage devenu élément à part entière de l’intrigue. Cet imprévu, on ne le connait hélas que trop bien : le décès brutal de l’acteur américain David Carradine, retrouvé pendu dans sa chambre d’hôtel de Bangkok pour cause d’asphyxie érotique fatale, et ce après seulement quatre jours de tournage. On imagine bien la panique dans ce genre de cas : faut-il arrêter le tournage ou réécrire le scénario afin d’enlever le personnage ? Sans que l’on sache réellement si l’idée consistait à exclure le personnage du récit ou à en faire une sorte de deus ex machina fantomatique, la stratégie très « entre-deux » du réalisateur a de quoi laisser perplexe : dès le début du récit, un flash radio évoque la disparition de l’acteur au cours d’un trajet en taxi. Le fait de retrouver plus loin l’acteur culte de Kill Bill dans deux scènes sans aucun intérêt ajoute au trouble : où veut en venir le réalisateur ? Est-ce la simple envie d’injecter un peu de réalité dans la fiction en guise de vertige ? Est-ce un jeu de dupes en rapport avec une intrigue qui fait mine de ne jamais faire de choix narratif précis ? Ou alors, vu que nous sommes dans le pays d’Apichatpong Weerasethakul (immense cinéaste thaïlandais dont les films ont été produits par… Charles De Meaux !), s’agirait-il tout simplement d’un acteur réincarné dans le corps d’un personnage ? Chacun jugera… Reste qu’en l’état, c’est moins le vertige que le vide qui nous assaille à la vue de ce film.

On a beau savoir que Charles De Meaux a lui-même été jockey dans une vie antérieure, cela n’excuse en rien une intrigue aussi rachitique – laquelle n’arrive même pas à prendre le relief d’une confession autobiographique. On a beau retrouver son goût d’un cinéma nomade qui recueille des images issues de territoires pas ou peu explorés par le 7ème Art (Le pont du trieur et Shimkent Hotel avaient été tournés dans certains pays d’Asie Centrale), cela n’explique pas une immersion aussi plate et passive dans ce territoire quasi-baudrillardien qu’est Macao – il vaut mieux revoir Exilé de Johnnie To pour s’en faire une idée assez concrète. Le scénario que De Meaux élabore ici tient sur une moitié de feuille A4, du genre que d’aucuns auraient déjà froissée et griffonnée par le passé avec juste deux mini-détails et un nouveau lieu géographique en guise de différences. Soit le périple d’un jeune jockey (Nicolas Cazalé) qui, suite à une carrière française compromise par un contrôle anti-dopage, s’enfuit à Macao pour y relancer sa carrière, sans se rendre compte que cette capitale mondiale du jeu – presque un Las Vegas asiatique – brasse des enjeux sportifs souvent en contradiction avec ceux, plus existentiels, qui l’habitent. Les dés semblent donc jetés : la quête de rédemption d’un jeune talent qui court à l’aveugle vers le succès, le côté obscur du milieu sportif qui prend vite l’allure d’un univers interlope – la triade chinoise – tout sauf consciencieux vis-à-vis du concept de triche, les ennuis qui s’annoncent peu à peu, et patati et patata… Du déjà vu ? Plutôt du mille fois vu, sur lequel De Meaux n’a rien à dire ni à apporter. On sent d’ailleurs que l’intrigue ne l’intéresse pas, ce qui nous invite du coup à chercher ailleurs (mais où ?) et à rechercher autre chose (mais quoi ?).

stretch 2 cliff and co

On essaie de drainer ici et là des éléments de réponse, comme une possible relecture de Macao en tant qu’état géographique du chaos contemporain (dans ce cas-là, mieux vaut relire Baudrillard…) ou encore un personnage de femme fatale qui apparaît bien trop glissant pour n’être qu’un banal cliché de thriller (premier rôle international de l’actrice chinoise Fan Bingbing). Mais si l’on part du principe que Stretch se veut un thriller (détourné ou pas), il y a un ingrédient qui n’en rate jamais une pour signaler son absence, à savoir le trouble. Jamais assez chargé pour installer un début de tension, jamais assez magnétique pour réussir à nous immerger dans ses ambiances diurnes et nocturnes, jamais assez sensoriel pour aboutir à un statut de « film-expérience », Stretch tient plutôt de la pure esquisse qui fait davantage acte d’un travail de renseignement plutôt que de cinéaste. Les acteurs, en conséquence, n’ont rien à défendre sinon l’incarnation schématique de leur partition et la forte indigence de leurs dialogues – notons le jeu souvent épouvantable de Nicolas Cazalé. Même verdict sur les courses hippiques : rien ne se dégage de leur présence et de la façon dont elles sont montées, De Meaux ne faisant aucun effort pour les rendre un minimum cinégéniques. Quant à ces SMS qui s’affichent sur l’écran, leur utilité narrative – un dialogue entre le héros et son ami parisien incarné par Nicolas Duvauchelle – est incapable d’égaler ce qu’Olivier Assayas avait su mettre en place dans ses derniers films (dont le sublime Personal Shopper). De ce fait, on rend vite les armes, conscient d’avoir affaire à un film trop indécis qui a choisi d’avancer vers un point de chute sans avoir réfléchi au préalable sur le chemin à parcourir. Le sort de Stretch était de toute façon déjà réglé par la traduction cachée de son titre : « dans une course de chevaux, la ligne d’arrivée qui ne cesse de s’étendre de façon interminable quand bien même elle aboutit à un point final ». Tout est dit.

Titre Original: STRETCH

Réalisé par: Charles de Meaux

Casting : Nicolas Cazalé, Fan Bingbing, David Carradine

Genre: Drame

Sortie le: 12 janvier 2011

Distribué par: MK2 Diffusion

ASSEZ MAUVAIS

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