Critiques Cinéma

KILLER KONDOM (Critique)

killer kondom affiche cliff and co

SYNOPSIS: La panique s’installe à New-York ; en effet, de nombreux hommes se font émasculer dans les tripots par une créature à l’allure de préservatif. Luigi Mackeroni, inspecteur de police homosexuel, va mener son enquête dans les bas-fonds de la ville afin de se venger, s’étant lui-même fait arracher le testicule droit par la créature.

Avec un synopsis si farfelu, le ton est donné d’emblée et promet un voyage alambiqué et burlesque, à l’allure de curiosité coupable dans un monde qui semble à la fois côtoyer l’improbable et le grand n’importe quoi. Mais cette aventure va-t-elle nous mener directement dans les abysses de l’atterrement, de la rigolade ou au contraire dans ceux du génie (l’un n’empêchant pas l’autre) ? Long métrage germano-suisse adapté d’un comic book de Ralf König (pour les curieux vous le trouverez en France chez Glénat sous le titre La capote qui tue ; l’ouvrage a même eu une suite sobrement intitulée Le retour de la capote qui tue), le film est distribué par la Trauma Entertainment, déjà largement habituée des films de ce genre (c’est-à-dire des petites productions improbables, voire souvent de véritables nanars en bonne et due forme). Killer Kondom met donc en scène une traque peu commune : celle d’un policier à l’encontre de préservatifs tueurs qui émasculent les malheureux individus qui ont le malheur de se trouver en travers de leur chemin. Luigi Mackeroni (no comment), inspecteur patibulaire nostalgique de sa Sicile natale, plus sensible qu’il n’y paraît de prime abord, et homosexuel bourreau des cœurs, connaît bien les tripots où la (les ?) créature sévit, étant lui-même l’un des clients réguliers de ces bas-fonds où sexe et glauque s’entremêlent de façon totalement décomplexée. Les diverses frasques et attaques des préservatifs tueurs vont prendre une tournure personnelle lorsque Luigi va subir lui-même et de plein fouet cette boucherie insolite. Malheureusement pour les préservatifs tueurs ils s’en sont pris à la mauvaise personne : Luigi ne va pas les lâcher et compte bien les éradiquer coûte que coûte, motivé par la soudaine et terrible perte de l’un de ses testicules.

A ce titre comme nous l’avons rapidement susmentionné, Luigi est un personnage à multiple facettes. Malgré son physique en totale opposition avec celui d’un éphèbe, physique d’ailleurs assorti d’un comportement colérique, nous retrouvons le personnage à des endroits où nous ne l’attendons pas, au sens propre comme au sens figuré. Adepte des lieux de débauche, Luigi n’en demeure pas moins un homme à fleur de peau avec les mêmes aspirations que beaucoup d’êtres humains : rentrer chez lui et avoir quelqu’un qu’il aime auprès de qui se blottir afin d’obtenir un peu de chaleur et de tendresse, comme il le dira lui-même d’un ton las et désabusé au cours d’une de ses nombreuses envolées lyriques. Car tout au long du film Luigi nous fait partager ses états d’âmes en voix off, arpentant les rues de la ville, clope dans le porte-pipe, en laissant largement transparaître que derrière cette carapace à l’aspect impitoyable, il y a un cœur qui bat et probablement qui pleure. Dans sa quête d’idéal, Luigi ne manquera d’ailleurs pas de prétendants et sa rencontre avec Billy, homme sexy bien plus jeune que lui va le faire douter quant à un futur qu’il espérait moins tourmenté que son présent. Mais Billy survivra-t-il seulement aux attaques, à la précision chirurgicale, des glaçantes capotes ? Et d’ailleurs d’où viennent lesdites capotes assassines et anthropophages ? Autour de Luigi c’est une multitude de personnages hauts en couleurs qui peuplent les bas-fonds de New-York et qui vont intervenir afin de l’aider dans sa quête, ou au contraire lui mettre des bâtons dans les roues. A commencer par sa hiérarchie qui ne croit nullement à la version des capotes tueuses et pense que Luigi affabule. Ses collègues penchent en effet bien volontiers pour l’explication d’un prostitué borderline ou d’un amoureux transit comme coupable plutôt qu’à un bout de latex avec des dents acérées. Raillé, Luigi n’a pas d’autre choix que de leur faire comprendre que ce sont tous des grosses buses, et part résoudre son enquête dans son coin, sans leur soutien. Commence alors pour Luigi un chemin de croix où chaque bout de latex peut vous faire sombrer dans la paranoïa la plus totale, l’occasion de voir si le film en a autant sous le capot que semble le promettre son synopsis délirant.

Et c’est là toute la question à adresser aux âmes curieuses ou en totale perdition qui feront l’effort de découvrir cette curiosité : qu’êtes-vous venues y voir à la base ? Car Killer Kondom n’est non seulement pas un nanar (il est bien trop réussi pour ça), mais il s’avère qui plus est être un excellent divertissement qui exploite intelligemment et jusqu’au bout son style drôle, foutraque et insolite qui aurait pourtant largement pu tourner au vinaigre ou au pugilat artistique, comme tant de films distribués par la Trauma Entertainment. Étonnamment nous avons ici affaire au haut du panier et cette enquête parodique regorge de qualités qui nous rassurent et nous confirment que le synopsis ahurissant n’était pas juste une idée malhonnête dont la drôlerie ne dépasserait pas le stade du papier. Le film joue avec les clichés, et en plus il le fait bien.


Accompagné par un scénario très malin qui tient la route jusqu’au bout (et dont nous ne spoilerons pas le dénouement), d’une réalisation soignée, d’une galerie de personnages amusants et décalés (avec en tête Bob, alias Babette, ancien flic travesti devenu chanteur dans le milieu de la nuit et fou amoureux de Luigi qui à son grand dam n’arrive pas à s’en débarrasser), d’une véritable ambiance (la saleté et la noirceur des bas-fonds), de clins d’œil en tous genres à d’autres films et d’un beau message de tolérance (certes loin d’être subtil mais qui s’imbrique très logiquement dans le récit), Killer Kondom est un divertissement savamment dosé qu’il ne faudra pas hésiter à regarder avec votre partenaire lors d’un long soir d’hiver avec un bon chocolat chaud et une boite de préservatifs. Peut-être l’occasion de vérifier si la fiction est capable de rejoindre ou non la réalité ?

Titre Original: KONDOM DES GRAUENS

Réalisé par: Martin Walz

Casting : Udo Samel, Peter Lohmeyer, Leonard Lansink …

Genre: Horreur, Comédie, Policier

Sortie le: 1996

Distribué par: Trauma Entertainment

BIEN

 

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