Critiques

MRS. FLETCHER (Critique Saison 1) Un vent de sensualité et de sexualité pour une série déroutante et séduisante…

SYNOPSIS: Eve Fletcher, une femme divorcée qui vit mal le départ de son fils à l’université, doit réapprendre à vivre par elle-même. Cette forme de liberté va ainsi lui permettre d’expérimenter de nouvelles choses, mais également de faire des rencontres amoureuses. 

La belle histoire continue entre Tom Perrotta et HBO. Après avoir adapté avec Damon Lindelof son roman Les Disparus de Mapleton, qui a donné la superbe série The Leftovers en 2014, Perrotta adapte un autre de ses romans avec Mrs Fletcher ou les tribulations d’une MILF qui nous arrive en cette fin octobre sur HBO, et sur OCS en France. Pudiquement raccourci de la moitié de son titre, Mrs. Fletcher débarque donc sur les petits écrans, incarnée par Kathryn Hahn, pour apporter un vent de sensualité et de sexualité sur une chaîne qui n’en est pas à son premier coup d’essai !

Mrs Fletcher est la responsable d’un centre pour personnes âgées. En plein dans la quarantaine, divorcée et voyant son fils partir à la fac, Mrs., alias Eve, se sent bien seule, isolée, et en manque de libido. Alors un jour, Eve Fletcher regarde un film porno, et son existence change : du sexe elle veut, du sexe elle aura. Et le tout, qu’il s’agisse de sexe toute seule (on aura rarement autant vu de scènes de plaisir solitaire dans une œuvre mainstream depuis longtemps) ou partagé à deux, ou à plusieurs. Car ce que recherche Eve dans toutes ces images et ces sensations, c’est l’envie de se redécouvrir et de se réapproprier un corps modifié par sa grossesse et par son précédent mariage.

Certains diront qu’il s’agissait du sujet de la précédente série de Kathryn Hahn, à savoir I Love Dick, diffusée sur Amazon, crée par Jill Transparent Solloway. … Dick parlait déjà de désir féminin la trentaine passée ; la série offrait un regard intéressant sur le male gaze et la manière dont les femmes désiraient les hommes était passée sous silence dans la culture depuis plusieurs décennies, malgré un final à la fois frustrant et satisfaisant. Ici, l’intrigue de Mrs Fletcher est écrite par un homme (Perrotta, au scénario de l’adaptation), mais elle parvient à filmer avec son équipe de réalisatrices la manière dont le female gaze s’exprime envers tous les genres, sans distinction notable. Qu’il s’agisse d’une vendeuse de fromage dans un supermarché (sublime scène, dans l’épisode 2, où Eve fantasme une idylle entre elles) ou d’un jeune adolescent de l’âge de son fils, son désir peut paraître hors de contrôle. C’est sur cet aspect précisément que Mrs. Fletcher fera lever quelques sourcils. La série, sur le point de constamment franchir une ligne rouge morale, s’en éloigne pour mieux s’en rapprocher. On ne dira évidemment pas si Eve franchit ce pas des plus discutables, mais aucun doute que la série fera parler sur ce point bien précis.

Et si Mrs Fletcher excelle avec le portrait de son héroïne, ses personnages secondaires ne sont pas en reste. On a une préférence notable pour Margot, la professeur des cours du soir de Mrs Fletcher, et qui est la preuve qu’avec une écriture bien renseignée, on peut tout à fait inclure des personnes transgenres qui vivent des vies normales, et paisibles, dont la seule inquiétude serait de savoir comme tout le monde si notre béguin craque de son côté pour nous. La plus grosse surprise, et le personnage le plus polarisant, est sans doute le fils de Mrs Fletcher, parfaite incarnation de la sexualité à son pire niveau. On comprend d’un seul coup mieux pourquoi Perrotta est à l’écriture, car finalement, c’est lors de ses scènes qu’il se montre le plus effroyablement juste. Une sorte de revers de la médaille de l’émancipation sexuelle de sa mère, qui convoque les comportements les plus toxiques, dangereux et nauséabonds que peuvent incarner les hommes aux yeux des femmes. Il représente des statistiques déprimantes sur le manque d’éducation au consentement et au respect des limites de ses partenaires, en plus d’un propos (certes un peu réducteur) sur ce que la surconsommation de pornographie peut apprendre au plus jeune âge.

Ses personnages finement écrits et sa mise en scène évitant toute objectification féminine font de Mrs. Fletcher une série déroutante, séduisante dans sa manière de parler de désir pas qu’hétérosexuel, mais par moments effrayante dans sa voracité sexuelle. Kathryn Hahn est au sommet de son art et livre une performance physique, dans tous les sens du terme, qui prouve qu’elle est l’une des meilleures actrices sous-employées de sa génération. Encore une belle pioche pour HBO, qui prouve que l’on peut encore parler de sexe intelligemment sans verser dans le sensationnel propre à notre époque…

Crédits : HBO / OCS

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