Critiques Cinéma

CAMILLE (Critique)

CAMILLE AFFICHE CLIFF AND CO

SYNOPSIS: Jeune photojournaliste éprise d’idéal, Camille part en Centrafrique couvrir la guerre civile qui se prépare. Très vite, elle se passionne pour ce pays et sa jeunesse emportée par la tourmente. Désormais, son destin se jouera là-bas. 

Camille Lepage, Angevine altruiste et photographe de guerre est décédée le 12 mai 2014 en République centrafricaine à l’âge de 26 ans. Le film Camille, réalisé par Boris Lojkine, également co-scénariste avec Bojina Panayotova, rend hommage à cette jeune femme pétillante et empathique ainsi qu’à toutes les victimes de la guerre civile centrafricaine. Porté par une Nina Meurisse exemplaire et ultra-crédible qui démontre la maîtrise d’une large palette d’émotions, le film tend à dépeindre l’une des réalités du monde, d’ailleurs toujours tristement d’actualité comme en témoignent les émeutes xénophobes et meurtrières qui ont eu lieu en Afrique du sud au mois de septembre dernier. Si la scène d’ouverture immerge directement le spectateur dans l’atmosphère qui enveloppera les drames à venir, le parti pris du film étonne dans la mesure où sa construction en fait une oeuvre hybride où la limite entre fiction et réalité s’avère extrêmement ténue. L’ensemble, régulièrement entrecoupé d’écrans noirs ornés de textes décrivants succinctement l’évolution de la situation du pays, ainsi que l’insertion de véritables photographies de Camille Lepage, font que le long métrage lorgne en effet largement du côté du documentaire…sans en être un.  Le rendu final est sobre, sans artifice, sans pathos et paraît presque purement factuel et didactique ; il met en exergue un certain nombres d’idées qui vont pourtant rapidement nous laisser sur notre faim. Dès lors le film apporte-t-il quelque chose de plus que la lecture d’une simple page Wikipedia ou n’insuffle-t-il pas suffisamment de profondeur pour être véritablement percutant ?

camille 1 cliff and co

Évidemment les horreurs n’ont pas le même impact quand nous les découvrons couchées sur le papier ou lorsqu’elles s’imposent à nous sur un écran de cinéma. Dès lors le fait de faire un film semblait théoriquement avoir une plus-value pour nous les narrer. Camille reste pourtant très soft dans ce qu’il montre à l’écran : quelques scènes de violence suggèrent ce qui se passe davantage qu’elles ne montrent et les pires horreurs sont évoquées par les personnages mais rapidement évacuées. Néanmoins sans doute était-ce suffisant, et même si cela manque probablement d’une scène coup-de-poing, le visage de Nina Meurisse laisse largement transparaître le choc face aux abominations qui se déroulent dans le pays. Le film réussit même lors de quelques (trop) rares moments à instaurer une véritable tension qui va au-delà de la simple ambiance insécuritaire dans laquelle le spectateur est plongé depuis la scène d’ouverture. Certes la violence n’est pas beaucoup montrée mais nous savons qu’elle peut déferler à tout moment. Les forces du film résident d’ailleurs à la fois dans son ambiance et dans son casting. Tourné majoritairement à Bangui pour des raisons de sécurité et de logistique, Camille bénéficie d’un environnement plus vrai que nature. Cette impression est renforcée par le fait que la quasi-totalité des acteurs du film sont des centrafricains qui ne sont pas des comédiens professionnels. Ces éléments cumulés donnent une ambiance et des comportement authentiques, imprégnés d’une culture, d’un mode de vie et d’une sensibilité bruts. Malgré cela et cette sensation évoquée ci-dessus d’avoir affaire à quelque chose de très factuel à cheval entre le film et le documentaire c’est aussi paradoxalement là où le bât blesse : le film sème une multitude de graines qui ne germent jamais réellement en 90 minutes de temps. L’ensemble paraît ainsi survolé et superficiel. Bien sûr le concept même du film est de raconter une tranche de vie : celle d’un pays, des populations qui y cohabitent, et de Camille. Mais raconte-t-il vraiment quelque chose malgré sa bonne volonté initiale ? Des pistes de réflexions intéressantes sont certes brossées : Quelle distance un journaliste doit-il mettre entre le sujet de ses photos et lui-même ? Comment décider si l’on peut exploiter dans la presse une photographie représentant les pires horreurs pour essayer d’aller au-delà de ce qu’elle peut évoquer ? A partir de quand peut-on estimer qu’une photographie a un caractère suffisamment informatif pour être divulguée publiquement quitte à heurter la dignité des personnes représentées ? Où placer le curseur de sa propre morale par rapport à ces doutes ? Où s’arrête la complaisance et où commence l’information ? Tant de questions effleurées du bout des doigts qui reflètent la place bâtarde des reporters de guerre qui se mélangent aux populations d’un pays, tentent d’en capter les souffrances et les dérives sans réellement pouvoir partager ou s’intégrer avec elles. On ne demande bien entendu pas au long-métrage de trancher ces questions car c’est justement pour ça qu’elles sont si intéressantes : il n’est pas possible d’y répondre ; chacun aura son opinion, sa vérité. Mais nous aurions apprécié que le film s’attarde davantage sur ces aspects plutôt que de les introduire comme certains des nombreux éléments devant y figurer en les cochant sur une checklist. Malgré l’apparente authenticité des événements et des prestations des comédiens, la sensation qu’il manque une âme au film se fait ressentir…peut-être celle de Camille ? Car quid de Camille dans tout ça ? Après tout le film porte son prénom.

camille 2 cliff and co

D’emblée Camille est représentée en décalage avec les autres reporters de guerre qu’elle croisera sur son chemin : plus naïve et plus intrépide sur le terrain, elle n’est pas encore suffisamment esquintée par les horreurs de la guerre, et n’a donc pas encore eu le temps de se forger la carapace nécessaire pour éviter de flirter avec l’inconscience ; elle apparaît aussi de ce fait plus humaine et moins détachée que les autres protagonistes avec qui elle prend des photographies. L’occasion pour le spectateur de se demander ce qui peut animer au XXIème siècle une jeune femme occidentale de 25 ans pour aller risquer sa vie dans un pays en crise. L’un des personnages centrafricains lui demande d’ailleurs à un moment avec insistance si elle a peur et estime qu’elle est trop jeune pour arpenter le pays dans ces conditions. Ces raisons elles appartenaient à Camille Lepage et elle les a emportées avec elle même si le film nous donne des pistes de réflexion à ce sujet et nous laissent admiratifs devant sa dévotion. Malheureusement Camille apparaît vite davantage comme un archétype qu’une personne à part entière. Les rares scènes de sa « vie civile » en France ne nous détrompent pas à ce sujet, car si le but était de l’humaniser et de faire transparaître une personnalité c’est assez raté à ce niveau là. Nous apprenons à comprendre Camille sans apprendre à la connaître. Après tout le film s’appelle Camille et non pas Une reporter de guerre…il aurait été légitime d’avoir le sentiment de mieux cerner Camille à la fin du film…ce qui n’est au final pas le cas.

camille lepage cliff and co

Camille Lepage

Camille a été tuée dans une embuscade tandis qu’elle accompagnait un groupe de miliciens anti-balaka. Elle est morte sur le coup. Le temps a passé et n’a pas joué en faveur de l’enquête diligentée. A ce jour aucun procès n’a eu lieu. Ce film, malgré ses défauts, ne remet aucunement en question le magnifique parcours de Camille Lepage, ni l’hommage qu’il souhaite lui rendre. Il nous montre ainsi qu’elle était probablement une belle et courageuse personne et redonne de la visibilité à cette affaire toujours en cours. Ainsi Camille est tombée, mais continue toujours de briller.

 

CAMILLE AFFICHE CLIFF AND CO

Titre Original: CAMILLE

Réalisé par: Boris Lojkine

Casting : Nina Meurisse, Fiacre Bindala, Bruno Todeschini …

Genre:  Drame

Sortie le: 16 Octobre 2019

Distribué par: Pyramide Distribution

MOYEN

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