Critiques Cinéma

DU SILENCE ET DES OMBRES (Critique)

DU SILENCE ET DES OMBRES AFFICHE CLIFF AND CO

SYNOPSIS: Dans une petite ville d’Alabama, au moment de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Avocat intègre et rigoureux, il est commis d’office pour défendre un homme noir injustement accusé de viol… 

Écrit en 1960 par Harper Lee, To kill a mockingbird est une des œuvres américaines les plus populaires qui continue à se vendre par milliers à travers le monde. Ce roman intemporel nous parle de l’époque de la Grande Dépression qui sévissait aux États-Unis dans les années 30 où pauvreté et racisme se mêlaient dangereusement. Cette période donna lieu à un autre chef-d’oeuvre de la littérature lui aussi adapté au cinéma : Les Raisins de la Colère de John Steinbeck. L’originalité du récit de Lee est d’avoir pris comme narratrice la petite Scout, 6 ans, la fille de la famille Finch. Seulement deux ans après sa sortie, Robert Mulligan réalisa l’adaptation sur grand écran avec l’immense Gregory Peck. Il est toujours difficile d’adapter un roman d’une telle ampleur symbolique et il est encore plus difficile de juger un film où une histoire si puissante prend le pas sur tout le reste. En effet, on ne pourra pas trop s’aventurer sur la mise en scène de Mulligan qui bien qu’ultra classique, sied parfaitement au propos. De même, la voix off de Scout est un palliatif nécessaire mais qui manque de puissance comparé au roman narré par la petite fille même si nous suivrons la majorité du film du point de vue des enfants de la famille Finch affublée de leur nouveau camarade. Le réalisateur fait tout de même des choix en plantant immédiatement le décor dès la première scène : la crise économique a durement touché les États-Unis, la pauvreté est partout. De là sort un homme, Atticus Finch, avocat de son état, veuf et père de deux enfants. Charismatique à souhait avec sa grande carcasse et sa très grande sagesse, interprété à merveille par Peck, on comprend rapidement qu’on est face à un héros du quotidien, la bonté faite homme, le père courage qui prend soin de sa famille, l’avocat intègre prêt à défendre qui que ce soit. A l’image du roman, le réalisateur parvient à nous immiscer dans cette famille ordinaire qui transpire l’amour et la bienveillance avec en toile de fond le décès de leur mère et épouse.

du silence et des ombres 1 cliff and co

Cependant, la dure réalité de l’époque va venir briser ce monde un peu fantasmé. Atticus (ses enfants l’appellent par son prénom) doit défendre un citoyen noir accusé de viol sur une jeune blanche. Il n’est évidemment pas nécessaire de rappeler qu’être noir à cette époque dans un état sudiste n’était pas une situation de tout repos et que dans un tel cas de figure ce dernier apparaissait comme le coupable idéal. Le roman fut écrit à une époque où de grandes manifestations avaient lieu pour la reconnaissance des droits civiques pour les personnes de couleur et il n’est donc pas étonnant de montrer une période sombre – la grande dépression – afin de faire évoluer les mentalités.

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De là, le film se découpe en deux parties qui s’entremêlent : l’apprentissage de la vie pour ces enfants ruraux et le film de procès. Tandis que ce garçon manqué de Scout découvre l’école, son frère et elle sont des victimes collatérales du travail de leur père qui s’est mis toute la ville à dos. C’est dans ces moments où Atticus leur explique le comportement à avoir, pourquoi il faut se battre pour ses idées, que le film trouve toute la sensibilité du livre. Évidemment plus conventionnel dans sa seconde partie, le film n’en est pas moins plus bouleversant devant toute cette injustice. Comme rappelé avec cette formidable plaidoirie d’Atticus devant le jury, c’est la pauvreté et l’ignorance qui ont mené ces braves citoyens à cette haine crasse. Ce puissant monologue démontre toute la virtuosité de Peck au niveau de la diction et du regard qui se consume à chaque nouvel argument. Ces sept minutes sont un moment d’humanisme extrêmement rare à voir au cinéma. On en revient une nouvelle fois à la profondeur du propos qui rejoint tous ces films traitant ce sujet comme The Intruder de Roger Corman tourné la même année ou When They see us, mini-série d’Ana Duvernay sortie sur Netflix cette année.

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Revoir Du Silence et des Ombres en 2019 permet aussi de prendre du plaisir à voir un film qui interroge la figure du héros. Qu’est ce qu’un héros à l’heure où il faut aujourd’hui se parer d’une cape et d’un masque et avoir des pouvoirs. En 2003 était paru un sondage sur les plus grands héros de tous les temps au cinéma et Atticus Finch prenait la première place de ce classement derrière Indiana Jones et James Bond. Les valeurs véhiculées par ce personnage sont finalement les plus élémentaires qui soient. A l’heure d’une civilisation de plus en plus individualiste et amorale, remettre un tel personnage dont les seuls forces sont la bonté, le besoin de justice et l’humilité sur le devant de la scène fait énormément de bien. On ne saurait trop vous conseiller le livre de Lee qui sera son seul et unique ouvrage jusqu’à la trouvaille en 2015 d’une suite à son premier roman qui reprend les personnages d’Atticus, Scout et Jem : Va et Poste une Sentinelle.

DU SILENCE ET DES OMBRES AFFICHE CLIFF AND CO

Titre Original: TO KILL A MOCKINGBIRD

Réalisé par: Robert Mulligan

Casting: Gregory Peck, Mary Badham, Phillip Alford …

Genre: Drame, Policier

Sortie le: 25 décembre 1962

Ressortie le :  8 février 2017

Distribué par: Lost Films

EXCELLENT

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