Critiques Cinéma

LA NUIT DES JUGES (Critique)

SYNOPSIS: Contraint de relaxer plusieurs dangereux criminels, le juge Steve Hardin (Michael Douglas) est poussé à bout par l’impuissance de la justice. Il découvre alors l’existence d’un tribunal secret regroupant des confrères influents, déterminés à prononcer et faire exécuter les peines capitales pour ces coupables qui ont échappé au système. Cet idéaliste se retrouve face à un véritable cas de conscience…

Peter Hyams est un cinéaste qu’on apprécie beaucoup ici et qui, après des débuts à la télévision comme journaliste, correspondant de guerre au Vietnam puis présentateur de journaux télévisés, entre dans le monde du cinéma comme scénariste (il écrira Un espion de trop / Telefon de Don Siegel avec Charles Bronson) puis passe à la réalisation de téléfilms et bientôt de films. En 1977 il connait le succès avec l’adaptation d’un de ses scripts Capricorn One qui décrit une conspiration pour étouffer une expédition sur Mars bidonnée en studio  par la NASA. Il œuvre alors dans de nombreux genres populaires, du buddy-movie (Deux Flics à Chicago) à la science fiction (Outland). En 1984 il eut l’audace de réaliser la suite de  2001 : L’odyssée de l’espace, 2010 : l’année du premier contact avec la bénédiction de Stanley Kubrick et en collaboration avec Arthur C. Clarke. La fin de la décennie 80 marque la fin de ses années fastes et après un bref rebond dû au succès du Timecop avec JCVD, l’échec artistique et financier ses deux derniers films (The Musketeer et A Sound of thunder) met fin à sa carrière. Pourtant, il est un peu oublié aujourd’hui à la fois comme scénariste mais aussi passionné de technique, (il est connu pour être directeur de la photographie de la plupart de ses films d’abord en opposition avec la guilde des chef-opérateurs avant de la rejoindre), il préfigure un James Cameron, qui compte comme par hasard parmi ses admirateurs. Ils avaient d’ailleurs collaborés sur un script (Bright Angel Falling) sur l’arrivée d’un astéroïde menaçant la Terre qui sera pillé par pans entiers par Armageddon). Son esthétique industrielle, son travail sur la lumière et le dynamisme et la fluidité de ses poursuites marquera les films des années 80.

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La Nuit des juges sorti en 1984 est peut-être le film qui résume le mieux l’œuvre de Peter Hyams réalisateur qui constitue un chaînon manquant dans l’histoire du cinéma US avec son cinéma emblématique des années 80 mais qui porte encore les vestiges de celui des années 70. Il poursuit les thématiques de la fiction paranoïaques post-Watergate du cinéma des années 70, le motif de la conspiration traverse sa filmographie de Capricorn One à Outland, en les adaptant aux impératifs du film d’action des années 80. Les deux approches cohabitent puisque on retrouve aussi bien l’esthétique des thrillers des années 70, avec ces ambiances sombres qui prévalent dans les séquences des réunions de la Star Chamber accompagnées par la partition anxiogène de Michael Small, LE  compositeur emblématique du genre  (Klute ,  À cause d’un assassinat, Marathon man) que celle des années 80 dont il a contribué à définir le style visuel. Ainsi ces séquences de poursuite à pied (une constante de son cinéma) haletantes où la steadicam fluide de Hyams suit un duo de flics (à la dynamique très buddy-movie, autre marqueur de la décennie) qui poursuit un suspect à travers les rues, maisons et arrière-cours ou cette autre scène traque d’un voleur de voitures dans un parking souterrain devenu labyrinthe (impossible de ne pas penser à la séquence de poursuite dans un parking du premier Terminator que tournera James Cameron un an plus tard). Le climax du film qui voit Hardin tenter d’échapper aux criminels qu’il tente d’avertir et au tueur engagé par les juges (cet exécuteur méthodique et froid grimé en policier préfigure le T-1000 de James Cameron) dans une friche industrielle inondée et désaffectée baigne dans une ambiance quasi-fantastique avec ces sources de lumières filtrées à travers les pales du système d’aération typique qui évoque aussi bien Blade Runner que Outland.

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Le film s’ouvre sur une série de ratés de la justice où des suspects de crimes atroces des assassinats crapuleux et des meurtres d’enfants enlevés par des réseaux pédophiles sont remis en liberté sur des vices de procédure. Steven Hardin (Michael Douglas) jeune juge idéaliste dont l’attachement à la lettre de la loi – il sait que les cours d’appel annuleront toute condamnation – remet en liberté les suspects de ces crime odieux est ébranlé après une confrontation avec le père d’une jeune victime torturée et assassinée. Lassé de voir la loi au service des criminels plutôt que de la justice Hardin s’en ouvre à son ancien professeur de droit et mentor le juge Benjamin Caulfield (Hal Holbrook) qui l’introduit à une cour de justice privée composée de magistrats à la retraite qui rejugent ces affaires classées. Quand ils décident de la culpabilité du suspect qui auraient échappé à la justice, un tueur à gages est engagé anonymement pour exécuter la sentence … et le criminel. Bientôt l’idéaliste Hardin est confronté à un dilemme moral quand il découvre qu’il n’y a pas d’appel dans ce système même quand le suspect s’avère innocent. La Nuit des juges aborde le thème de l’auto-justice qui émerge dans le cinéma américain dans un contexte d’explosion de l’insécurité dans les grandes métropoles dans les années 70 qui provoque une véritable défiance vis à vis de la Justice. Un sentiment d’impuissance accentué par la crise économique va déclencher un réflexe réactionnaire et une nostalgie d’une « justice de frontière » qu’on retrouve dans des films comme Death Wish ou même Taxi Driver. Peter Hyams semble d’abord épouser dans les thèses droitières avec ses policiers impuissants, ses juges idéalistes confrontés à des criminels détestables mais ce cinéaste issue d’une famille d’intellectuels new-yorkais proches du communisme, avant de retourner ce fantasme sécuritaire contre son protagoniste et par extension contre le spectateur qui serait tenté d’y voir une solution acceptable. Toute la finalité de La nuit des juges (en V.O The Star Chamber – La Chambre étoilée en référence aux étoiles d’or qui ornaient la salle où se réunissait une cour de justice qui sous Henri VIII rendait une justice expéditive sans jury) est de démontrer que cette forme de justice rendue sous les lambris et les lumières tamisées des demeures bourgeoises est tout aussi barbare que les crimes qu’elle entend punir. Hyams va punir son protagoniste pour avoir cédé à la corruption de son mentor, lui faisant traverser pour se racheter un véritable enfer , sa chute morale se matérialisant par sa chute littérale dans le final  dans un conduit d’évacuation circulaire, abyssal qui l’entraîne comme évacué dans une gigantesque cuvette.

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Le film marque définitivement l’émergence de Michael Douglas comme « leading man » il est ici non seulement ici pour la première fois seule tête d’affiche (après l’avoir partagé à la télévision avec Karl Malden dans les Rues de San Francisco et dans ses premières incursions au cinéma comme au côté de Jane Fonda ou Geneviève Bujold) mais le héros qu’il incarne porte déjà en lui les ambiguïtés morales qui caractériseront la plupart de ses grands rôles. Il est crédible aussi bien dans les moments de doute de son personnage que dans les séquences d’action de la seconde partie du film. Il est entouré de solides seconds-rôles du cinéma US au premier rang desquels Hal Holbrook un habitué des figures d’autorité, ayant débuté chez Sidney Lumet et qu’on retrouve dans des productions aussi diverses que Les Hommes du Président  ou Creepshow. C’est sa deuxième collaboration avec Hyams après Capricorn One qui lui fait fait tenir ici un rôle proche de celui qu’il endossait dans la suite de Dirty Harry, Magnum Force où il incarnait un lieutenant de Police à la tête d’un escadron de la mort qui punissait déjà les criminels échappant au système. Yaphet Kotto, autre figure indissociable du cinéma de ces années là (adversaire de James Bond dans Vivre et laisser mourir, infortuné passager du Nostromo dans Alien, gardien de prison dans Brubaker) prête sa grande silhouette au détective Harry Lowes. Porté par un Michael Douglas en voie de starification La nuit des juges  thriller intense, riche en action malheureusement un peu oublié aujourd’hui  est un de ces trésors enfoui des années 80 que cette très belle édition permet de redécouvrir.

DÉTAIL DES SUPPLÉMENTS:

La nuit des Juges : Neuf hommes en colère par Philippe Guedj Journaliste cinéma Le Point Pop

Bande-annonce

Titre Original: THE STAR CHAMBER

Réalisé par: Peter Hyams

Casting : Michael Douglas, Hal Holbrook, Yaphet Kotto

Genre: Thriller

Sortie le: 4 Janvier 1984

Sortie en DVD et Blu–ray Steelbook le: 1er Octobre 2019

Distribué par: L’Atelier D’images

EXCELLENT

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