Critiques

ALEX HUGO (Critique Episode Mémoire Morte) La quintessence de la série…

Le soir tombe dans la montagne. Alex Hugo dévale un sentier, les mains en sang. Il regagne sa voiture et a un accident de la route. Les tonneaux, le réveil à l’hôpital, et l’amnésie : Alex ne se souvient plus des six derniers mois de sa vie. Un pistolet avec deux balles en moins dans le chargeur est retrouvé dans son véhicule en miettes. Les bouteilles d’alcool vides s’accumulent dans la cuisine de son chalet. Et cet étrange message d’une femme, sur son répondeur, quelques heures avant l’accident : « C’est moi Alex. Rappelle-moi, c’est urgent ». C’est à devenir fou, d’autant plus qu’Alex a l’impression qu’Angelo et même les villageois lui cachent des choses. Notre flic, d’ordinaire solide comme un roc, est complètement perdu. L’affaire se complique lorsque la femme d’un riche promoteur immobilier est retrouvée morte, rouée de coups. Le mari est introuvable. Très vite, Alex va se rendre compte qu’il avait une liaison cachée avec la victime. Et s’il avait quelque chose à voir avec sa mort ?

Qu’on se le dise : cet épisode, le second de la saison 5, est un moment phare dans la mythologie Alex Hugo. Sur un scénario de Franck Thilliez et Nicolas Tackian et réalisé par Thierry Petit, Mémoire morte se révèle être la quintessence de la série, sa synthèse absolue, la plus profonde et la plus riche dans ce qu’elle révèle de son personnage désormais iconique. Pièce maîtresse dans le puzzle Alex Hugo, on a la sensation, au fil de l’intrigue formidablement troussée, que tout ce qui l’a précédé a conduit à cet instant clé, point de jonction des différents fils tendus autour de l’énigmatique shérif de Lusagne, dont on a presque enfin parachevé le portrait compliqué. A moins que… Plus que jamais auparavant, la série revêt les atouts majeurs du polar, tortueux à souhait, et nous plonge dans une double enquête parfaitement écrite (à une incohérence près). Et quand l’oubli s’en mêle, difficile de démêler le vrai du faux dans les bribes de souvenirs d’Alex (Samuel Le Bihan), en forme d’éclats de verre brisé. A l’instar de ses comparses de toujours, au premier rang desquels Angelo (Lionnel Astier) n’a jamais été aussi fondamentalement important, l’on est tour à tour sceptiques, inquiets comme Marilyne Canto, ou franchement désarçonnés comme Mikaël Fitoussi, sans jamais parvenir totalement à dissiper nos doutes, jusqu’à l’ultime dénouement.

La force de Mémoire morte, c’est qu’il prend aux tripes. D’abord par l’énorme charge émotionnelle de celui-ci, qui brasse des thèmes longtemps ressassés par et autour du personnage d’Alex, en même temps qu’il célèbre une certaine idée de l’amitié, censée se révéler forte dans les moments les plus difficiles. Ensuite et surtout par la qualité de son interprétation. Samuel Le Bihan est parvenu au summum de ce qu’il pouvait apporter à son alter ego. Si l’on avait déjà la sensation qu’il se coulait sans peine dans les fringues d’Hugo, ici il paraît s’en être imprégné au point de s’effacer presque complètement derrière lui. Et l’on assiste alors à un véritable déchirement, entre incrédulité et douleur, le déchirement d’un homme dont la vie lui échappe, qui ne se reconnaît plus et dont on partage sans peine la confusion, et le sentiment de trahison. Sentiment rehaussé par le jeu impeccable de Lionnel Astier, qui oscille entre pudeur et ferveur, incarnant l’indéfectible allié d’Alex, son garde-fou le plus précieux, au rôle pourtant si souvent ingrat. L’occasion pour Hugo de se concentrer sur lui-même quand il cherche tant, d’habitude, à comprendre les autres, et d’aller à la rencontre de lui-même, pour s’appartenir à nouveau. L’occasion aussi d’évoquer une figure du passé, qui donne à cet épisode cette allure de bilan à mi-parcours, ce besoin de faire le point. C’est formidablement mis en scène, introspectif comme toujours, ce qui nous place au cœur des turpitudes de cette affaire en zone blanche, révélatrice de nombreux maux. Un formidable crève-cœur, dont on se gardera bien de vous dévoiler davantage : il est des blessures qui ne se révèlent qu’au plus secret de la montagne.

Crédits: France 2

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2 réponses »

  1. Merci pour cette magnifique analyse, cependant vous ne citez pas le réalisateur, bien qu’ en fassiez l éloge de son travail c est dommage ! Notre travail est la mise en image d un texte, et elle implique une subjectivité,une réflexion , un travail et un engagement auprès des acteurs , du texte et de l équipe technique pour emmener tout ce monde vers ce magnifique voyage! Je pense que cela mérite une citation.
    Bien à vous thierry petit, le réalisateur

    • Mille pardons. Emportés par la fougue, nous avons omis de vous citer ! Comment Diable ? Voilà, c’est chose faite. J’en profite pour distinguer au passage le fabuleux travail de l’équipe technique pour laquelle chaque tournage doit se révéler un véritable défi, et renouveler toute mon admiration pour l’ensemble de l’équipe, qui nous apporte de si belles émotions. Cordialement.

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