Critiques

A L’INTÉRIEUR (Critique Mini-Série) Une atmosphère angoissante à laisser infuser…

SYNOPSIS : Une jeune fille – Ana – est retrouvée morte dans une clinique psychiatrique, la veille du jour de sa sortie. Le cœur arraché. Angèle, 29 ans, est chargée de l’enquête. C’est sa première mission, elle sera seule à la mener. On ne rentre pas à plusieurs dans ce genre d’endroit quand on est flic, car il n’est pas simple d’interroger des “fous”. La folie fait peur et rebute. Mais pas Angèle. Elle se sent bien « à l’intérieur », et ces « fous » sont pour elle attachants, vivants, drôles. Presque plus que les gens « normaux » qu’elle côtoie tous les jours dehors. 

Sortir des sentiers battus et rebattus par le polar français à la télévision est devenu une vraie gageure que peu de scénaristes arrivent à relever brillamment. Depuis quelques temps France 2 s’y attèle en faisant appel à des auteurs comme Jean-Yves Arnaud et Yoann Legave (Kepler(s)), Marine Gacem et Clara Bourreau (Philharmonia) ou Jeanne Le Guillou et Bruno Dega (Les Petits Meurtres d’Agatha Christie). C’est ce dernier tandem qui préside aux destinées de A L’intérieur, une mini-série qui aura mis près d’un an à trouver le chemin de la programmation après sa présentation au dernier Festival de la Fiction de la Rochelle et avoir remporté lors du Festival de Luchon 2019 le Pyrénées d’or de la meilleure mini-série ainsi que le Prix du Public de la mini-série. L’écriture du duo de scénaristes est d’ailleurs la première réussite de cette mini-série, qui d’emblée, avec deux épisodes malins et extrêmement bien construits nous plonge dans une intrigue anxiogène où le mystère s’épaissit au fur et à mesure. Jeanne Le Guillou et Bruno Dega possèdent une vraie personnalité et un indéniable talent pour réussir de la fiction à la fois exigeante et singulière, tout en n’omettant jamais d’être populaire et addictive. Par ailleurs ils n’ont pas leur pareil pour créer des enjeux dramatiques forts qui invitent le téléspectateur à ne pas être seulement passif  mais à avoir une vraie réflexion. Ceci dit, ne vendons pas non plus A l’intérieur pour ce qu’elle n’est pas, c’est avant tout une mini-série policière, dont le cadre de l’enquête -une clinique psychiatrique- permet de présenter tout un tas de suspects barrés dans un dispositif relativement classique et dans une atmosphère angoissante propice aux codes du thriller. Et si la qualité générale de l’écriture ne se dément pas, on avouera quelques réserves dues notamment à une progression de l’histoire quelque peu sinusoïdale, pas vraiment aidée par un rythme bancal.

La mise en scène assurée par le réalisateur belge Vincent Lanoo (Trepalium) illustre le propos mais avance également une véritable intention formelle sans pour autant être dans la démonstration. C’est au contraire parée d’une sobriété bienvenue que la série laisse son suspense psychologique infuser et exhaler ses saveurs les plus envoûtantes. L’enquête policière, si elle reste au centre du récit, permet de dépeindre une galerie de portraits particulièrement soignée tout en élargissant le champ des possibles dès lors que l’on croit avoir deviné qui était le coupable. Le scénario ménage ses effets mais pourtant le dénouement n’est pas suffisamment inattendu en regard de ce qui a précédé pour nous laisser bouche bée. Comme si l’intrigue policière avait peu à peu été délaissée pour construire des profils de coupables potentiels extrêmement chiadés.

Paradoxalement les six épisodes se tiennent et on reste fermement accrochés notamment grâce à un casting assez dingue, Noémie Schmidt (La Trêve, Radin!…) en tête. La jeune comédienne démontre un vrai tempérament et une capacité à user d’une palette vraiment riche. Face à elle, la distribution est prestigieuse, solide et éclectique d’un Hippolyte Girardot charismatique à une Béatrice Dalle inattendue (les deux se retrouvant 27 ans après La Fille de l’air de Maroun Bagdadi, même si ici ils ont peu de scènes ensemble) en passant par Antoine Gouy (impeccable), Judith El Zein (intrigante), Gil Alma(qui confirme être à l’aise dans plein de registres), Samuel Theis (toujours aussi juste), Grégoire Leprince-Ringuet (réjouissant),Émilie Dequenne (surprenante), Florence Thomassin (formidable en érotomane) ou encore la touchante Mylène Demongeot. A l’intérieur est une mini-série qui ne se donne pas facilement, elle se mérite, elle exige de rester aux aguets et de se laisser prendre dans sa toile pour l’apprécier au mieux. Elle n’en reste pas moins, malgré nos réserves, une proposition tranchée comme l’étaient Philharmonia, Kepler(s) ou Les rivieres pourpres. Au milieu de fictions plus formatées on ne peut que se réjouir que la noirceur assumée trouve encore les cases des premières parties de soirée lorsque l’on voit que c’est souvent la télé de papa qui reste encore la plupart du temps plébiscitée par le grand public.

Crédits : France 2 / Elvézir Films

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