Critiques Cinéma

VIVARIUM (Critique)

4,5 STARS TOP NIVEAU

vivarium affiche cliff and co

SYNOPSIS: A la recherche de leur première maison, un jeune couple effectue une visite en compagnie d’un mystérieux agent immobilier et se retrouve pris au piège dans un étrange lotissement. 

Quand un film ou une série est devenue une référence dans le genre dans lequel elle s’inscrit, elle devient un label de qualité que l’on va apposer trop souvent abusivement sur des films qui n’en ont ni les qualités formelles, ni la profondeur thématique. Cela est particulièrement vrai dans le genre de la science-fiction, quand x fois par an on vient comparer tel ou tel film à twist avec la Quatrième Dimension, référence indépassable dont la seule force ne reposait pas sur ses scénarios à twist mais sur la pertinence de son commentaire social. C’est précisément ce qui est le plus remarquable dans Vivarium et justifie pour une fois que l’on puisse invoquer l’esprit de la série de Rod Serling, comme il avait été légitime de le faire pour Get Out (Jordan Peele, 2017). Sur un postulat simple, un jeune couple projetant d’acheter une maison dans laquelle ils pourront fonder une famille, Finnegan fait basculer le film dans le fantastique pour construire une fable cruelle et néanmoins très pertinente qui ne se limite pas à pointer du doigt la vacuité de nos aspirations matérielles et nous met aussi et surtout face à la futilité de nos existences, y compris même dans ce qui, pour beaucoup d’entre nous, est censé lui donner le plus de sens: la parentalité.

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Vivarium offre un voyage singulier et fascinant dans un monde défiant toute rationalité, dans lequel les lois de la physique et même de la biologie sont différentes du monde dans lequel évoluaient jusque là Tom (Jesse Eisenberg) et Gemma (Imogen Poots), dont la vie va basculer au moment où ils projettent, à travers l’achat d’une maison, d’en construire les fondations pour les prochaines années. Quand le récit bascule dès l’entrée dans cette banlieue pavillonnaire aseptisée, on pense évidemment à The Truman Show (Peter Weir, 1997) avec cette « vie sous cloche » sous l’oeil d’une mystérieuse entité ou organisation. Le pavillon n°9 , dans lequel ils sont contraints de s’installer devient un vivarium où ils sont les sujets d’une expérience de vie accélérée mettant en lumière toute la vacuité de leur existence. Finnegan qui a une formation de graphiste, puis a travaillé dans l’animation avant de devenir un très prolifique réalisateur de publicités traite ce récit avec une esthétique, un sens de l’absurde et du surréalisme, qui rappellent les films d’un autre réalisateur ayant fait ses premières armes dans la publicité Roy Andersson mais aussi de Michel Gondry dans son dernier acte. Le décor de ce récit ressemble quant à lui à une peinture de Magritte (les couleurs, la forme des nuages et même l’aspect de ces maisons), cette banlieue pavillonnaire et ses allées semblant appartenir à un tableau surréaliste plutôt qu’à notre monde. Quand peu de films ont des partis pris formels aussi forts, même si cela ne suffit pas en soi à faire un grand film, il faudrait déjà saluer le travail et la vision de Lorcan Finnegan. Vivarium n’aurait pu être qu’un film concept, un court métrage étiré, que nous y aurions déjà pris beaucoup de plaisir mais il se révèle en plus aussi intéressant thématiquement que formellement.

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Vivarium  peut s’analyser comme le prolongement de la thématique entrevue dans le court métrage Foxes (2012) dans lequel Finnegan posait déjà sa camera dans un de ces immenses et impersonnels lotissements de banlieue. Symbole de réussite pour ces couples qui viennent y trouver calme et confort, il avait su rendre compte, par sa mise en scène et l’intervention du fantastique (la femme s’extrait de sa condition et de cette prison sociale en retournant à l’état animal), de ce que ces pavillons uniformisés, alignés les uns à côté des autres dans des allées sans fin, peuvent avoir d’anxiogène, d’oppressant, représentant l’enfermement volontaire auquel nous finissons par nous soumettre. Tom (Jesse Eisenberg) et Gemma (Imogen Poots) forment un couple auquel on peut parfaitement s’identifier, lui est jardinier, elle est institutrice, leur parcours est celui de millions de couples et leur expérience sera ainsi en quelque sorte la notre, dépassant ainsi le petit carcan du brillant petit film de genre dans lequel il aurait pu se laisser enfermer. Le casting de ces deux acteurs est particulièrement judicieux quand l’un comme l’autre ont la même versatilité:  une apparence de boy/girl next door derrière laquelle transparaît une fêlure,  un feu intérieur qui leur permet de jouer sur une palette très large et, dans ce récit, de nous attacher totalement au sort de leur personnage et à leurs réactions dans cette version cauchemardesque de la vie de famille à laquelle ils aspiraient.

Si Gretta paraît se résigner et se laisser rattraper par ce rôle de mère putative de ce drôle de garçon qui teste constamment sa patience, Tom s’en échappe en s’enfermant dans un plan dont il est le seul à comprendre le sens, l’essentiel semblant finalement être pour lui de ne pas être un acteur passif de cette vie dont il ne veut pas. On peut y voir là une métaphore sur la vie de couple, en particulier la façon dont chacun réagit face à un morne quotidien et l’éducation d’un enfant pour lequel on a le sentiment de tout donner sans aucun retour, jusqu’à enfin retrouver sa liberté lorsqu’il partira du foyer. Finnegan joue parfaitement de l’humour et de l’absurdité de cette expérience de vie en accéléré, de ce cauchemar domestique dont l’identité de l’instigateur importe peu. Le récit de Vivarium évolue dans une dimension parallèle à la notre, à l’instar de ces épisodes de La Quatrième Dimension mettant ses personnages face à eux-mêmes en les confrontant à une situation, certes relevant du fantastique ou de la science-fiction, mais qui résonne fondamentalement avec leur vie et leurs aspirations. Au delà du plaisir pris devant Vivarium, on se réjouit de voir ainsi révélé un metteur en scène avec une identité très forte, un grand talent (développé dans ses films publicitaires) pour « croquer » nos travers et la futilité de nos existences, un excellent directeur d’acteurs mais aussi un auteur qui utilise brillamment le genre pour développer ses thématiques.

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Titre Original: VIVARIUM

Réalisé par: Lorcan Finnegan

Casting :  Imogen Poots, Jesse Eisenberg, Jonathan Aris …

Genre:  Thriller, Science-Fiction

Sortie le: Prochainement

Distribué par: The Jokers

4,5 STARS TOP NIVEAU

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