Critiques

CHERNOBYL (Critique Mini-Série Épisode 1×01) Un premier épisode aussi éprouvant qu’impressionnant…

5 STARS CHEF D'OEUVRE

CHERNOBYL AFFICHE CLIFF AND CO

SYNOPSIS: Tchernobyl. Une petite ville d’Union Soviétique quasi-inconnue du grand public et qui devient du jour au lendemain synonyme de terreur. Nous sommes le 26 avril 1986. Le réacteur numéro 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl surchauffe et explose. Que s’est-il exactement passé ? Qui sont les responsables et quelles seront les conséquences ?

Le cinéma et la télévision se sont emparés, depuis de nombreuses années, des sujets liés à la peur d’une catastrophe/apocalypse nucléaire, alimentée par la crainte d’une guerre entre deux puissances détentrices de la bombe atomique ou d’un incident grave dans une centrale nucléaire (Le Syndrome Chinois, 1979). La très grande majorité de ces films mettent heureusement en scène une fiction, un scénario cauchemardesque que l’on espère ne jamais voir se réaliser et qui a aussi vocation à éveiller la conscience du spectateur sur le danger du nucléaire. Parmi les quelques rares films tirés d’événements réels et traitant des conséquences d’une irradiation nucléaire massive d’une population, on trouve évidemment, principalement, des films japonais, le Japon ayant payé un très lourd tribut à la course à l’armement / équipement nucléaire avec deux bombes atomiques (Hiroshima, Nagasaki) et l’explosion d’une centrale nucléaire (Fukushima). On peut ainsi citer les plus connus que sont Pluie Noire (Shohei Imamura, 1989) , Les Enfants d’Hiroshima (Kaneto Shindô, 1952) ou encore, plus récemment et sur Fukushima , The Land of Hope (Sono Sion, 2012). L’explosion de l’un des réacteurs de la Centrale nucléaire de Tchernobyl le 26 avril 1986 est un autre de ces scénarios catastrophes devenu réalité mais, une réalité d’abord niée par une bureaucratie dont la cécité n’avait d’égale que l’incompétence puis dissimulée, maquillée de façon criminelle et dont on n’a, aujourd’hui encore, pas la réelle conscience des conséquences, pour peu que l’on ait la chance de ne pas habiter dans les régions dans lesquelles cette catastrophe a eu l’effet d’un véritable apocalypse nucléaire.

Chernobyl-HBO-Control-Room.jpg

Le fait est que, jusqu’à ce que la chaîne HBO décide de se lancer dans ce projet extrêmement ambitieux, la catastrophe de Tchernobyl, en dehors de documentaires, n’avait pas encore laissée de trace majeure au cinéma ou à la télévision (on peut citer à la rigueur un film du début des années 90: Chernobyl: The Final Warning avec Jason Robards et Jon Voight). Voir cette chaîne, dont le nom apposé sur une mini-série vaut label de qualité, tant ses réussites sont nombreuses et éclatantes, produire une mini série d’environ cinq heures est à la fois un événement dans le petit monde de la télévision et un signe peut-être d’une évolution des mentalités sur ces questions. Si l’annonce de ce projet nous avait clairement enthousiasmés, le seul petit point d’interrogation portait sur le CV de son créateur, Craig Mazin que rien ne prédestinait à porter un tel sujet, lui qui a écrit notamment le scénario des Very Bad Trip 2 et 3, Scary Movie 3 et 4. Le doute est levé, balayé à l’issue d’un premier épisode aussi éprouvant qu’impressionnant en terme d’écriture et de mise en scène. Un premier épisode que l’on vit en apnée au cœur de cette catastrophe, témoins impuissants et en colère du comportement des scientifiques et autorités, témoins bouleversés des conséquences de leurs mensonges sur cette population prise au piège qui n’a pas encore conscience qu’elle est condamnée à mort. Entre Threads et Le Syndrome Chinois, Chernobyl revient moins sur les causes de la catastrophe que sur les conséquences dramatiques des mensonges qui ont suivi, ces vies sacrifiées pour faire vivre l’illusion que la bureaucratie soviétique n’a pas failli et peut rester droite dans ses bottes.

chernobyl image 2 cliff and co

Un parfum de mort flotte sur le premier épisode qui établit clairement les intentions de Craig Mazin lequel entend (heureusement) prendre le contrepied de ce que l’on aurait pu craindre. De ce point de vue, la mise en scène de l’explosion du réacteur numéro 4 est une formidable note d’intention. Cette explosion est le point de départ du récit qui évite ainsi de créer une tension et un faux suspense autour des minutes qui ont précédé ce dramatique incident. Le propos de la série porte sur la gestion de la catastrophe et l’impact sur la population et fait l’économie du spectaculaire et de la surenchère. L’explosion n’est ainsi pas montrée depuis le site de Tchernobyl mais depuis la fenêtre de la salle à manger d’un jeune couple habitant la petite ville voisine de Prypiat. Silencieuse, anti spectaculaire, réduite à un éclair déchirant au loin la nuit puis à l’onde de choc ressentie dans l’appartement, elle témoigne parfaitement de ce qui s’est passé pour la population, inconsciente des risques que représentait cette centrale et de la catastrophe qui allait suivre l’explosion. Cette scène est d’autant plus forte et pleine de sens que le mari, pompier, fera partie de ces hommes sacrifiés envoyés, sans aucune protection, combattre l’incendie de la centrale comme s’il ne s’agissait que d’un bâtiment officiel lambda.

chernobyl image cliff and co

L’épisode épouse à la fois le point de vue des victimes et des responsables, au premier rang desquels le contremaître Aleksandr Akimov (Sam Troughton), enfermé dans un comportement de déni de la réalité qui ne serait pas crédible s’il s’agissait là d’une fiction et non de la sinistre et surréaliste réalité. On comprend rapidement que le système mis en place, le poids écrasant de la bureaucratie et de la doxa soviétique a aveuglé Akimov comme nombreux d’autres responsables, restant figés devant l’évidence, sourds aux premiers témoignages des employés de la centrale rapportant que le scénario impossible s’était bien matérialisé: l’explosion du cœur protégeant l’un des réacteurs nucléaire. De l’incompétence, puis de l’incapacité d’hommes, qui sont des pions du système, à voir le réel bouleverser l’ordre établi , on glisse progressivement vers le cynisme absolu à mesure que l’épisode remonte vers les sommets de la hiérarchie, la conséquence tragique étant la même: le prix à payer pour la population et pour les employés sommés d’exécuter des ordres absurdes en sachant qu’ils les envoient à une mort certaine. Ainsi construit, mettant en parallèle l’inéluctable catastrophe en cours et le drame invisible qui se prépare pour la population, la série commence très fort avec une puissance dramaturgique qui balaie tout sur son passage et nous laisse sonné, en colère puis bouleversé.

chernobyl image 5 cliff and co.jpg

C’est un cauchemar éveillé auquel on assiste, qui à l’instar de Threads ne se cache pas au moment de montrer les horribles conséquences d’une irradiation nucléaire, un récit qui ne serait pas crédible s’il n’était qu’une fiction ou qu’il ne reposait pas sur un incroyable travail de documentation et de reconstitution méticuleuse du déroulé des événements (heure par heure, minute par minute) et du cadre dans lequel ils se sont déroulés. Dès son premier épisode la série, au delà de la force et de la pertinence de son propos, fabrique des images qu’il est impossible d’oublier et des moments de pur mise en scène qui vous prennent aux tripes, comme cette scène d’une poésie morbide dans laquelle les habitants de Prypiat sortent de chez eux pour contempler au loin le spectacle d’un incendie qui a quelque chose de fascinant alors que les flammes transpercent la nuit et que les premières poussières radioactives commencent à retomber comme des flocons de neige empoisonnés. Juger une mini-série sur la base de son premier épisode a bien sûr ses limites, ayant visionné 20% d’un récit qui va s’élargir et faire entrer de nouveaux personnages dont les deux têtes d’affiche (Stellan Skarsgård et Emily Watson). Il est toutefois probable qu’avec de telles intentions narratives et de tels parti pris de mise en scène, nous puissions conclure après le cinquième épisode, comme après ce premier, que Chernobyl est le grand choc de l’année, cinéma et télévision confondus.

Crédits: OCS / HBO

Publicités

1 réponse »

  1. Cette série est un choc télévisuel incroyable. Le jeu des acteurs est d’une efficacité et d’une sobriété parfaites. Tout est glauque, sombre, désespéré, la reconstitution du kitch des décors, des costumes, du mobilier parfaitement maîtrisée. L’agonie des premières victimes du troisième épisode est insoutenable. Quelle claque…

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s