Critiques Cinéma

FIGHT CLUB (Critique)

fight club affiche cliff and co

SYNOPSIS: Le narrateur, sans identité précise, vit seul, travaille seul, dort seul, mange seul ses plateaux-repas pour une personne comme beaucoup d’autres personnes seules qui connaissent la misère humaine, morale et sexuelle. C’est pourquoi il va devenir membre du Fight club, un lieu clandestin ou il va pouvoir retrouver sa virilité, l’échange et la communication. Ce club est dirigé par Tyler Durden, une sorte d’anarchiste entre gourou et philosophe qui prêche l’amour de son prochain. 

Ce texte analyse le livre de Chuck Palahniuk et le film de David Fincher.

Les années 80 ont clairement rebattu les cartes politiques du monde occidental avec l’arrivée de Ronald Reagan et Margaret Thatcher au pouvoir et des figures aussi sulfureuses que Bernard Tapie en France. Appelées « Les années fric » par certains spécialistes, le monde occidental découvre l’époque de l’hyperconsommation où on ne cache plus sa richesse matérielle. Pour vivre heureux, consommons et enrichissons-nous. Les différentes crises pétrolières et la sinistrose ambiante de la fin des années 70 poussent la droite politique à changer de cap et affirmer hauts et forts ses valeurs. On montre ses gros muscles dans les films (Stallone, Schwarzenegger en tête d’affiche) pour revendiquer le retour de l’Amérique. L’élection de Trump serait d’ailleurs la dernière étape de ce long processus. Malgré ce changement idéologique énorme où la jeunesse a pour seul horizon la consommation et l’enrichissement, certaines voix montent au créneau pour critiquer au vitriol ce système à l’image d’un Hubert Selby jr dans Retour à Brooklyn, Tom Wolfe dans Le Bucher des Vanités ou Breat Easton Ellis dans American Psycho. Chuck Palahniuk a déjà 34 ans quand il écrit son premier roman Fight Club qui sera son plus gros coup de maître.

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Il faudra seulement 3 ans à David Fincher pour mettre en scène ce roman. Alors âgé de 37 ans, le réalisateur américain sort de deux thrillers à succès Seven et The Game. Le succès critique et public totalement mérité de Seven a permis à Fincher de rentrer dans la cour des grands avec un style visuel très fort alors que son premier film Alien 3 n’avait pas été un long fleuve tranquille notamment à cause des mésententes avec la production et avait grandement terni sa réputation. Avec ses deux longs métrages suivants, Fincher devient le roi du cliffhanger. Celui-ci ne dérogera pas à la règle. Dans Fight Club, on suit donc un personnage (Edward Norton dans le film) dont on ignore le nom qui serait un peu l’américain moyen parfait avec son travail dans une grosse société américaine, ses beaux meubles suédois, bref, on pourrait croire à un homme sans histoires. Toutefois et très rapidement, on doute de la normalité du personnage. Il ne dort quasiment plus, et cherche par tous les moyens à s’extraire de ce morne quotidien en se rendant dans des rencontres associatives pour personne ayant des maladies graves. Ce sera le seul moment du livre où l’auteur nous déridera un peu du fait de l’absurdité de ces scènes où le personnage principal se retrouve à parler comme un malade. Le comble du grotesque restant sa rencontre avec le personnage féminin de l’histoire (Helena Bonham Carter) dans ses différentes thérapies. Car oui, les deux héros partagent la même passion : trainer dans ces lieux de rencontres sinistres. Il faut donc se partager l’agenda !

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Un autre détail du roman/film très accentué dans le livre est sa relation avec son patron. La représentation de ce patron n’est pas celle du patron tyran mais celle de ce que doivent probablement vivre la plupart des salariés dans ces mornes bureaux : un patron qui cherche à l’infantiliser, à lui laisser le moins d’initiatives possibles ce qui est encore plus effrayant mais qui accentue encore plus ce monde totalement déshumanisé. Interprété parfaitement par un éternel second rôle hollywoodien Zach Grenier, ses confrontations avec Edward Norton sont régulièrement lunaires (-c’est votre sang ? – En partie ou encore la célèbre mutilation dans son bureau). Une fois le décor planté, le rythme va considérablement s’accélérer. La rencontre entre le personnage principal et Tyler Durden (Brad Pitt) va créer cette étincelle qui changera définitivement le cours du récit. On ne sait rien de lui, de son passé, il travaille pour une société de cinéma, dans des hôtels restaurants, il fabrique du savon. Dans le film, il est simplement vendeur de savon et leur lieu de rencontre a lui aussi changé (d’une plage de nudistes, on passe à une rencontre dans un avion). Tyler est perçu directement comme électrique, séduisant et charismatique. Par ces discours, il force son interlocuteur à ouvrir les yeux sur le monde qui l’entoure. Et pour lui, ce monde est en perdition et a besoin d’un électrochoc. Palahniuk écrit avec un style très brut et, avec une très grande violence ce qui ne ressortira pas assez dans le film de Fincher malgré son interdiction aux moins de 16 ans lors de sa sortie. Comme son nom l’indique, le roman/film parle de la création d’un club de combat où on vient s’affronter à mains nues. Le sang gicle, les corps sont couverts d’hématomes et si on ressent la violence de ce genre de scène dans un film comme Irreversible (par exemple dans le club gay où Vincent Cassel vient chercher vengeance) ce n’est pas le cas dans le film de Fincher. Il est toujours difficile pour le cinéma américain de traiter de manière frontale ce genre d’histoire de par le budget alloué à une telle production et on ne peut pas se couper définitivement du public en faisant un film interdit au moins de 18 ans. Lire le roman pourra ajouter cette petite dose de malaise à la qualité visuelle remarquable de Fincher, le propos n’est cependant pas édulcoré et n’est pas passé dans la lessiveuse des producteurs.

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Le club créé par Tyler est donc un grand défouloir pour tous les paumés qui en ont plus qu’assez de vivre cette vie monotone de cadres moyens. Comme le dit si bien Tyler : « La pub nous fait courir après des voitures et des fringues, on fait des boulots qu’on déteste pour se payer des merdes qui nous servent à rien » ou encore : « La télévision nous a appris à croire qu’un jour on serait tous des millionnaires, des dieux du cinéma ou des rock stars, mais c’est FAUX ». Dans un premier temps, le club serait ce moyen d’exister et reprendre en main sa vie, une sorte de quête rédemptrice. Puis dans un second temps, il faudrait passer à l’étape suivante et créer le chaos. Le personnage principal ne prend d’ailleurs pas l’ampleur de l’idéologie qu’il a lui-même créée au fur et à mesure du récit. Est-ce pour dire qu’un changement n’est pas si impossible que ça dans la bouche de l’auteur ?

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Un détail très intéressant qui est ressorti après la vision du film à l’époque est l’énorme cliffhanger de fin de film qui est par ailleurs parfaitement amené par le metteur en scène et qui nous laissera aussi stupéfait que la vision de Sixième Sens sortie la même année. Le roman est beaucoup plus explicite et on se doute à de nombreuses reprises au regard de la personnalité du personnage principal que Tyler n’est pas celui qu’il prétend être. ATTENTION SPOILER: Ce dédoublement de personnalité peut être deviné lors des nombreuses conversations avec Maria et du fait que ce triangle amoureux ne se retrouve jamais ensemble. Cela amène une nouvelle dimension à ce récit déjà très ample sur l’aliénation de cette société de consommation dont le seul moyen de s’émanciper serait de devenir multiple. Pitt ne fut pas effrayé de retravailler avec Fincher après le très éprouvant Seven. Le rôle de Durden était tout trouvé pour cet acteur qui était à l’époque le sex symbol absolu. Norton est aussi parfaitement casté pour jouer ce type lambda qui cherche à s’échapper de son existence. Fincher pourra apposer à nouveau sa patte en créant cette tension tout au long du film avec des vraies fulgurances visuelles (ces plans de baston ou ces plans resserrés sur le visage de Pitt) jusqu’à son dénouement là aussi différent du roman. On est toujours stupéfiait de lire ou de voir des films si puissants une à deux fois par an qui nous interrogent fortement sur notre place dans la société et notre rapport à l’autre. A l’image d’un cinéma devenu peureux et servant la soupe à ces fameux consommateurs que dénoncent l’auteur, il serait temps de retrouver un 7ème art plus couillu, qui remette en question certains dogmes. Il n’est jamais trop tard.

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Titre Original: FIGHT CLUB

Réalisé par: David Fincher

Casting : Brad Pitt, Edward Norton, Helena Bonham-Carter …

Genre: Thriller, Drame

Sortie : le 10 novembre 1999

Reprise : le 15 mai 2019

Distribué par : Splendor Films

 

 

 

 

 

CHEF-D’ŒUVRE          EXCELLENT

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