J'ai quelque chose à vous dire...

J’ai quelque chose à vous dire… Jean-Pierre Marielle (Hommage)

Cher Jean-Pierre Marielle,

C’est d’abord votre voix qui retentit ce soir dans le silence assourdissant de votre au-revoir. Cette voix que tout le monde a et va porter aux nues maintenant que vous tirez votre révérence. La tristesse m’envahit à l’instant d’écrire ces lignes, vous qui faites partie intégrante de ma cinéphilie et par ricochets de ma vie. Tant de vos rôles et de vos personnages se sont glissés dans les plis de mon existence et s’y sont installés pour toujours alors vous voir prendre la poudre d’escampette dans le sillage de vos copains Noiret et Rochefort me laisse le cœur gros. Oh bien sûr vous allez sûrement fêter vos retrouvailles autour d’une table bien garnie dont vous exhalerez tous les trois avec gourmandise toutes les saveurs par la grâce de vos voix. Vous étiez une présence rassurante Jean-Pierre Marielle, vous savoir dans un film était un vrai gage de qualité, et l’assurance de passer au moins un petit moment de folie en votre compagnie. Comment pouvait-il en être autrement, vous qui célébriez les culs comme personne avant vous, ni personne après, dans Les Galettes de Pont-Aven. Car vous aviez ce petit truc en plus, ce petit trait de génie qui faisait que l’on ne vous oubliait pas, que vous marquiez au fer rouge tous ceux qui vous admiraient. Il y avait cette voix certes, je l’ai déjà dit, mais il y avait ce corps, ce visage souvent barré d’une moustache, cette manière décalée de faire passer les émotions, ce regard pétillant qui en disait long… Je vous ai chéri et suivi dans vos aventures cinématographiques car là où vous étiez je me sentais en bonne compagnie, vous étiez digne de confiance. Aussi loin que je puisse remonter dans ma mémoire, je ne me souviens pas de « mon » cinéma français sans vous y retrouver dans les coins et les recoins, pour un second rôle ou un personnage de premier plan, je me souviens surtout de cette stature, de cette étincelle qui jaillissait dès que vous prononciez un mot. Je vous ai aimé, je vous le dis sans fausse pudeur, comme un oncle que l’on sait présent et dont la chaleur sera réconfortante dès lors qu’on le verra s’ébrouer et dont la voix retentira. Je vous ai d’abord aimé dans Faites sauter la Banque de Jean Girault où vous donniez notamment la réplique à Louis de Funès, dans Week-end à Zuydcoote d’Henri Verneuil face à votre copain Belmondo comme dans Tendre Voyou de Jean Becker, puis je vous ai A-DO-RE littéralement en vous entendant en voix-off dans Les Mariés de l’An Deux de Jean-Paul Rappeneau, l’un de ces films qui m’a fait prendre conscience qu’un voix pouvait supplanter un acteur présent physiquement par son timbre enlevé, reconnaissable entre tous.

Dans Sex-Shop de Claude Berri (découvert sur le tard, je le reconnais) vous étiez exceptionnel dans le rôle de ce dentiste libertin, vous marchiez tout simplement sur l’eau quand il vous fallait emmener des personnages aux confins d’une folie douce qui vous restituiez magistralement. Vos années 70 et 80 coïncident avec ces années où je vous croisais dans les films du dimanche soir puis sur les étagères des vidéo-clubs où déjà le cinéma français était la grande affaire de ma vie. Petit aparté d’ailleurs, si le cinéma français compte tant pour moi c’est parce qu’il a fallu des acteurs de votre trempe pour me le faire aimer et apprécier à sa juste valeur, fin de la parenthèse. La valise de Georges Lautner, Que la fête commence de Bertrand Tavernier, Dupont Lajoie d‘Yves Boisset, Les Galettes de Pont-Aven de Joël Séria, On aura tout vu à nouveau de Lautner, Calmos de Bertrand Blier, Un moment d’égarement de Claude Berri, vos seventies regorgeaient de pépite et de culte. Vos eighties et vos nineties n’ont pas grand chose à leur envier d’ailleurs: Coup de Torchon (Bertrand Tavernier), L’amour en douce (Edouard Molinaro), Hold-Up (Alexandre Arcady) où vous retrouviez Belmondo sous ce déguisement de clown qui vous faisait enrager, Tenue de Soirée (Bertrand Blier), Les Mois d’avril sont meurtriers (Laurent Heynemann), Quelques jours avec moi (Claude Sautet), Uranus (Claude Berri), Tous les matins du monde (Alain Corneau), Max et Jérémie (Claire Devers), Les Milles (Sébastien Grall), Les Grands ducs (Patrice Leconte), Les Acteurs (Bertrand Blier)… Ce texte commence à prendre des allures de bottin, ça vous ferait sans doute marrer et je vous imagine bien tempérer mon enthousiasme, en objectant que vous avez fait avec ce qu’on vous donnait à jouer. Et encore je m’en suis tenu au cinéma, je n’ai pas égrené vos dizaines de pièces de théâtre (souvent avec votre complice Bernard Murat), ni vos apparitions à la télévision (rien que Bouvard et Pécuchet et La controverse de Valladolid pour ne citer qu’eux, c’était du lourd). Je garde en mémoire toutes ces émotions que vous m’avez transmises, tous ces frissons et ces fous rires, toutes ces envolées poétiques qui ont fait par moments que j’aurais voulu être vous et pouvoir séduire par l’entremise de votre timbre si caractéristique. Comme dans Cause toujours… tu m’intéresses d’Edouard Molinaro, découvert récemment et où vous séduisiez Annie Girardot au téléphone sans que vous vous soyez rencontrés. Un joli rôle, un joli film. Il y en a tant qui ont émaillés votre parcours, cher Jean-Pierre Marielle, ma gorge se serre au moment de mettre un point final à ce texte et cet instant où il faudra renoncer définitivement à vous revoir. Je fréquenterais encore les coulisses de ma mémoire pour y revoir votre engueulade sur une passante dans Calmos, pour vous voir asticoter Noiret dans Max et Jérémie, vous entendre dire à Blanc et Depardieu que vous voulez les « voir baiser votre femme » dans Tenue de Soirée, pour assister à vos instants d’exaltation devant les fesses d’une femme dans Les Galettes de Pont-Aven ou encore demander un pot d’eau chaude sans qu’on vous l’apporte dans Les Acteurs … Vous êtes de ces acteurs dont on aime tout, parce que capable de toutes les folies, de toutes les exubérances, de toutes les excentricités mais sans jamais perdre de vue que c’est votre métier, que vous êtes en représentation et que vous devez respecter constamment le public. Un respect qui était réciproque cher Jean-Pierre Marielle… Aujourd’hui vous reculez dans l’ombre et l’émotion nous étreint, mais vous êtes encore là, bien présent dans nos cœurs et nous vibrons à l’unisson des sons qu’ils font lorsque nos sanglots s’entrechoquent. Le titre de votre livre résumait bien notre état d’esprit au moment d’apprendre votre disparition. Ce soir c’est vraiment…

Votre dévoué Fred Teper.

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