Critiques Cinéma

BEOWULF (Critique)

SYNOPSIS: La Terre a traverse de nombreuses crises et cataclysmes. Les hommes vivent dans la peur et dans l’obscurite car les tenebres voilent desormais la lumiere du soleil. Dans cet univers hostile, erre un homme maudit et solitaire, Beowulf, fruit des amours interdites d’une mortelle avec le diable. Pour vaincre le monstre qui est en lui, Beowulf doit combattre le mal. Son plus redoutable adversaire est une creature tapie dans les combles d’une forteresse. Invincible, d’une sauvagerie sans nom, elle tue quotidiennement puis disparait des l’aube. 

Chef-d’œuvre de la littérature médiévale anglo-saxonne, le Beowulf est un poème épique et légendaire, composé à partir de la première moitié du VIIème siècle, qui narre les exploits du héros du même nom, puissant guerrier goth qui voyage jusqu’au Danemark pour débarrasser la cour du roi Hrothgar d’un terrible monstre mangeur d’hommes nommé Grendel. Après quoi ce grand guerrier aura dû livrer bataille contre la mère de Grendel, et ce avant de retourner dans le pays des Goths pour finir par succomber au terme d’un périlleux combat contre un dragon cracheur de feu. Précisons que cette œuvre magnifique fut traduite à une époque par J.R.R. Tolkien, lequel s’empressa d’en vanter la beauté et l’universalité tout en l’utilisant comme source d’inspiration première pour sa propre œuvre (les connexions avec Le Seigneur des Anneaux sont légion). Bref, nous avons ici affaire à un monument littéraire, à une œuvre dont la valeur linguistique et historique aura traversé les siècles, à une quête universelle mettant en avant de passionnantes thématiques, à quelque chose de tout à fait… euh… pffffff, oh là là, mais à qui je vais faire croire tout ça, on s’en fout ! Allez zou, débranchez votre cerveau, astiquez-vous le service trois pièces, commandez la pizza, sortez les packs de binouze, et balancez la musique techno !!!

C’est sûr que là, on est tombé vraiment bien bas. Voir un monument de la littérature anglo-saxonne subir pareil lifting en mode « techno-féodal-futuriste » (le film a été vendu comme ça !), ça donne surtout envie de se crever les tympans et de s’arracher les orbites avec une cuillère à pamplemousse. Sauf qu’à bien y regarder, ce Beowulf sorti en 1999 a quelque chose de grandiose. Pas seulement pour assister au viol d’un chef-d’œuvre par des producteurs cupides et incompétents qui n’avaient que le mot « pognon » à la bouche (le budget du film chuta soudain de 25 à 3.5 millions de dollars une fois le tournage entamé !), mais surtout pour se répéter à chaque fois « Qu’est-ce qu’ils prenaient tous comme drogue durant ce tournage ? ». Nous voici donc non pas face à un banal navet, mais bel et bien devant un immense nanar, qui enquille les erreurs et les maladresses tordantes tout au long d’un script tourné n’importe comment par une équipe ni inspirée ni motivée. Et pour frapper très fort dès le début, ce grand tâcheron de Graham Baker (à qui l’on devait déjà Futur immédiat Los Angeles dix ans plus tôt) s’est contenté de prendre un pitch pseudo-shakespearien (Beowulf, film maudit d’une mortelle et du diable, doit « tuer le Mal qui est en lui » !) et de le situer dans un univers absurde à la Sergio Martino, sorte de fusion contre-nature entre les imageries respectives du Moyen-Âge et de la fable post-apocalyptique. C’est là que notre héros vaillant apparaît sans crier gare, sauvant une jeune femme sur le point d’être guillotinée par une lame de rasoir géante (regardez le film si vous ne me croyez pas !) et lâchant un arsenal de gadgets zarbis pour occire des figurants roumains dans une ambiance de Teknival cheap.

Beowulf, c’est donc notre Christophe Lambert adoré, lequel ressemble quand même ici moins à un guerrier viking badass qu’à un Samuel Etienne exécutant une performance médiévale ratée dans Fort Boyard. Sa présence conditionne déjà ce que sera le film : on commence par un générique totalement hideux et calqué sur celui de Mortal Kombat (au moins, ça annonce la couleur…), on continue par des bagarres qui recrachent Blade et Mad Max sans prendre le temps de les mâcher correctement, on élargit un peu les dimensions du portnawak par des dialogues d’une débilité maximale (« La seule chose qui puisse m’empêcher de devenir le Mal, c’est de combattre le Mal »), et on finalise le tout par un emballage de jeu vidéo bâclé dont on aurait chopé tous les cheat codes, inondé d’une abominable musique techno en décalage total avec l’univers visité, où la doublure de notre Cricri national enchaîne les saltos nonsensiques face à un machin violet barbouillé en image de synthèse, à situer quelque part entre une créature en caoutchouc approximatif et une masse gélatineuse dégueulasse sortie d’un mauvais sentaï. Le tout shooté avec une rigueur créative digne d’un épisode télévisé de San Ku Kai, où des décors carton-pâte à faire gerber Tibor Takacs se retrouvent envahis par des effets spéciaux pour cinématique de jeu vidéo Sega Saturn (mention spéciale à la « magnifique » explosion finale !).

Cela dit, comme les responsables de cette fosse à purin cinématographique ne sont pas en reste en matière de beaufitude crasse, ils ont judicieusement fait en sorte que le foutoir techno-zarbi à financer prenne en compte une forte propension au racolage sexy. Certes, l’affolante Layla Roberts met déjà les formes en nous exhibant plus d’une fois les siennes, incarnant ici une vilaine souvent très dénudée dont les poses lascives d’actrice X et les répliques parfois très équivoques auraient pu lui prédire une destinée toute tracée dans le porno-soft – ce ne fut hélas pas le cas. Mais c’est surtout Rhona Mitra qui emporte le morceau : l’actrice fortement poitrinée et autrefois envisagée pour incarner Lara Croft au cinéma nous colle ici systématiquement son décolleté plongeant en pleine face et, histoire de nous prouver qu’elle mérite qu’on regarde un peu plus vers le haut, va même jusqu’à sortir des répliques à filer une crise de tétanie à votre prof de philo du lycée (« Donc, ton ego se satisfait de ton unicité ? »). Quand on vous disait que c’était avec de la bière et des pizzas qu’on pouvait savourer tout le premier degré totalement hors-sujet de ce ratage d’anthologie, auréolé dès sa sortie en salles d’une place de choix au banquet des nanars les plus hilarants… Oubliez donc le Vercingétorix de Jacques Dorfmann, celui-ci l’enterre.

Titre Original: BEOWULF

Réalisé par: Graham Baker

Casting: Christophe Lambert, Rhona Mitra, Roger Sloman…

Genre: Fantastique, Action, Epouvante-Horreur

Sortie le: 28 avril 1999

Distribué par: CTV International

TRÈS MAUVAIS

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