Critiques Cinéma

COMPAÑEROS (Critique)

3 STARS BIEN

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SYNOPSIS: 1973, l’Uruguay bascule en pleine dictature. Trois opposants politiques sont secrètement emprisonnés par le nouveau pouvoir militaire. Jetés dans de petites cellules, on leur interdit de parler, de voir, de manger ou de dormir. Au fur et à mesure que leurs corps et leurs esprits sont poussés aux limites du supportable, les trois otages mènent une lutte existentielle pour échapper à une terrible réalité qui les condamne à la folie. Le film raconte les 12 années d’emprisonnement vécues par trois des figures les plus célèbres de l’Uruguay contemporaine – dont son ancien président José « Pepe » Mujica.

Ces dernières années, le cinéma sud américain a montré une vitalité, une capacité à se pencher sur son histoire, en particulier sur les périodes les plus sombres des dictatures au pouvoir, qui a produit quelques excellents films, en particulier du côté de l’Argentine et du Chili (à un degré moindre du Brésil, on pense à des films comme Hoje ou L’année où mes parents sont partis en vacances) avec l’émergence de réalisateurs comme Pablo Larrain et Pablo Trapero. Le cinéma uruguayen n’a assurément pas la même vitalité et conscience politique alors que, comme ses voisins, l’Uruguay, connut une impitoyable dictature militaire de 1973 à 1984, durant laquelle les opposants au régime furent traqués, emprisonnés et pour beaucoup d’entre eux, n’ont jamais été retrouvés. Parmi eux, il y avait les Tupamaros, membres du mouvement d’extrême gauche qui se fit connaître par de nombreuses actions spectaculaires, notamment au début des années 70.  Si l’une de leurs opérations les plus célèbres avait inspiré Costa Gavras (État de Siège, 1972), il restait à faire un film sur le sort des Tupamaros emprisonnés et torturés par le régime militaire de 1973 à 1985.

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Compañeros se focalise sur le sort de 3 des 9 hommes qui, 12 années durant, furent les otages d’un pouvoir décidé à les briser, les affamant, leur interdisant de parler, les déplaçant de geôle en geôle, dans des conditions toujours plus sordides: José Mujica, Eleuterio Fernández Huidobro et Mauricio Rosencof. C’est le livre de ce dernier, Mémoires du Cachot, qui a servi de base au scénario écrit par Alvaro Brechner qui s’est totalement impliqué dans ce film dont on peut mesurer l’importance pour un jeune réalisateur, deux fois nommé à l’oscar du meilleur film étranger pour ses deux premiers films (Sale Temps pour les Pêcheurs, M. Kaplan). Entre ses deux premiers films évoluant dans le registre de la comédie sociale et décalée et un film politique sur l’une des périodes les plus sombres de son pays, il y avait un gouffre face auquel d’autres metteurs en scène auraient eu un vertige qui les auraient empêchés de traiter réellement leur sujet. Brechner a heureusement pris toute la mesure de la portée de son récit, de ce qu’il dit bien sûr de cette époque mais aussi de ce qui a permis à ces hommes de ne pas se laisser briser, de la force de l’esprit sur le corps supplicié. Dans son approche évitant le piège du film dossier, ne se laissant pas écraser par son sujet pour se connecter intimement à ce qu’ont vécu ses personnages et ne pas en faire que des symboles éloquents, Compañeros rappelle ainsi  Hunger de Steve McQueen.    

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Aussi louables que soient ses intentions et judicieux la plupart de ses partis pris, Compañeros bute toutefois contre un plafond de verre sans lequel il aurait pu être le très grand film que l’on aurait souhaité. Cela tient peut être à la structure du récit, à ces 3 suppliciés dont Brechner essaye parfois, un peu laborieusement, d’épouser le combat, de comprendre la façon dont ils ont survécu à ces douze années. On est trop souvent spectateur de leur sort alors que l’on aurait souhaité le ressentir plus viscéralement, ce qui est toutefois plus le cas avec le personnage de José Mujica, interprété le fantastique Antonio de la Torre, (Balada Triste, La Isla Minima, Que Dios Nos Perdone ..) à nos yeux le Dustin Hoffmann espagnol, avec lequel il ne partage pas qu’une vague ressemblance physique mais une grande versatilité, une façon de disparaître derrière les personnages qu’il incarne, plus qu’il n’interprète. Le film prend véritablement corps et vie à travers lui, la mise en scène de Brechner étant alors plus inspirée, plus sensorielle, pour rendre compte de la folie qui le gagne.

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On ne sait rien de ces hommes si ce n’est à travers de courts flashbacks venant matérialiser les moments où ils parviennent à s’évader mentalement des cellules successives où ils sont déplacés et enfermés. De fait, tout repose sur la mise en scène de Brechner et la force d’incarnation de son casting. Ce qui fonctionne avec Antonio de la Torre pêche avec Alfonso Tort et encore plus avec le trop lisse Chino Darin. Un autre point sur lequel le film bute c’est dans l’utilisation de la musique où Brechner a malheureusement la main un peu lourde lorsqu’il s’agit d’accompagner l’émotion qui doit pourtant naître d’elle-même. Le point culminant étant atteint avec la très douloureuse reprise par Silvia Perez Cruz de The Sound of Silence (Simon and Garfunkel). Le choix de ce morceau, à ce moment du film, est pertinent, mais la reprise choisie et le choix d’un mixage très agressif ruine totalement ce qui aurait pu et dû être l’un des grands pics d’émotion du film. On regrette aussi que Brechner n’évoque que trop rapidement la façon dont les autorités se sont jouées de la croix rouge pendant toutes ces années, la scène où il le montre clairement étant l’une des plus édifiantes et poignantes de Compañeros. Si nous avons de réelles réserves, elles tiennent plus au fait que nous aurions souhaité être plus ému par un tel récit et Compañeros, s’il n’est pas un très grand film, n’en est pas moins un bon film qui fera peut-être, nous l’espérons, évoluer le cinéma urugayen.

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Titre Original:  LA NOCHE DE 12 ANOS

Réalisé par: Alvaro Brechner

Casting : Antonio de la Torre, Chino Darín, Alfonso Tort

Genre: Drame

Sortie le : 27 mars 2019

Distribué par: Le Pacte

3 STARS BIEN

 BIEN

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