Critiques

THANKSGIVING (Critique Mini-Série) Une tension inexistante …

SYNOPSIS: Une affaire d’espionnage industriel lézarde la façade impeccable d’un couple bourgeois. À travers le motif du secret, Thanksgiving ausculte l’évolution d’un couple en crise et ses non-dits. Présentée à Séries Mania en 2018, une troublante mini-série créée par Nicolas Saada (Espion(s), Taj Mahal) avec Grégoire Colin, Évelyne Brochu (Orphan Black) et Hippolyte Girardot. 

Présentée au Festival de la Rochelle 2018, Thanksgiving arrive ce 28 février, sur Arte. Grand amateur de films noir et de thrillers en tous genres, le créateur, Nicolas Saada, à qui l’on doit la réalisation et l’écriture, en collaboration avec la scénariste Anne-Louise Trividic, des trois épisodes de cette minisérie, s’est attelé à la tâche de monter un triptyque autour d’un couple franco-américain pris dans une affaire d’espionnage industriel. Thanksgiving s’inspire fièrement des grands films d’Hitchcock, superposant une intrigue aux enjeux considérables au quotidien d’un couple bourgeois en proie aux affres de ce spleen si particulier qui ne s’en prend qu’aux classes supérieures. Vincent Mercier (Grégoire Colin) travaille sur un projet appelé Splendor dans une grande-boîte d’informatique française, qu’il a fondée avec son associé Stéphane Caron (Arthur Igual). Vincent est marié à Louise (Evelyne Brochu), une américaine qu’il a ramenée en France et qu’il soupçonne de le tromper. Lorsqu’une compagnie rivale, le géant coréen Mobun, lui fait une offre alléchante, Vincent se laisse tenter. Peu de temps après, Mobun sort un logiciel étrangement similaire au Splendor, ce qui pousse Caron à lancer une enquête au sein de leur boîte et à faire appel aux services de contre-espionnage. Et ces derniers trouvent très intéressant que Vincent soit marié à une américaine…

Commençons par les points positifs : Thanksgiving est remarquablement bien cadrée, extrêmement bien montée, et très joliment mise en images, grâce au travail de Léo Hinstin, directeur de la photographie. Bonne surprise côté casting également, avec la présence d’Evelyne Brochu, que les fans de science-fiction reconnaîtront comme la Delphine du phénoménal Orphan Black. Et puis il y a les points négatifs qui sont nombreux, mais que l’on pourrait grouper sous une seule et unique notion : la série a l’air de savoir ce qu’elle est, mais elle oublie complètement de le montrer au spectateur. Il y a d’abord la musique, tout en violons grinçants, et progression chromatique lancinante, qui monte en crescendo sans jamais atteindre son point d’orgue, et qui nous signale inlassablement que, attention, c’est tendu dans ce monde. C’est tendu, c’est dangereux, c’est important. Très important. Trop important. Tellement important que la série ne se pose pas une seule fois la question de savoir s’il ne faudrait pas un peu justifier toute cette importance qu’elle se donne Surtout que le sémaphore musical exaspérant n’est en rien justifié par le déroulement du scénario. Prenez le Splendor, par exemple, outil informatique que l’on suppose extrêmement important vu qu’il nécessite les services de contre-espionnage. A voir à quel point tout le monde est sérieux dans cet immense building grisâtre qui abrite la boîte de Vincent, on serait en droit de s’attendre à ce que le logiciel révolutionne les sciences de l’informatique, mais hélas, ce que l’image et le son télégraphe est brutalement contrecarré par un script qui suggère qu’il ne s’agit que d’un banal anti-virus. On n’a aucune idée de la taille des enjeux qui se jouent, ce qui détruit tout ce qui aurait pu s’apparenter à de la tension, et fait dangereusement tanguer la série vers l’amateurisme. Imaginez Lost sans l’accident d’avion, Game of Thrones sans trône ou Fenêtre sur Cour avec un protagoniste aveugle.

Parlant de protagoniste, d’ailleurs, c’est à se demander si le spectateur est censé ressentir quoi que ce soit envers Vincent. Grégoire Colin a prouvé maintes fois qu’il était un acteur tout ce qu’il y a de compétent, mais ici, il est complètement incolore, déconnecté de ce qui l’entoure, abusant de regards fuyants, d’angles douteux, et faisant preuve d’un gros manque d’investissement dans les scènes à plusieurs. On se sent mal pour le personnage d’Evelyne Brochu, prise comme elle l’est entre un mari (et un partenaire de scène) qui ne semble pas vouloir être là et la xénophobie bienveillante dont elle est constamment victime, thèmes que la série effleure, mais n’aborde pas, préférant perdre son temps en plans de cinq secondes qui nous montrent le Paris triste et pluvieux dans lequel elle évolue. Telle qu’elle est, Thanksgiving se focalise trop sur la forme en oubliant le fond, déversant toute son énergie à créer un jolie paquet cadeau qui hurle “thriller” mais qui oublie que pour “thriller” justement, c’est-à-dire pour provoquer une réaction viscérale chez celui ou celle qui regarde, il faut une histoire qui tienne la route, des enjeux qui fassent vrais, et surtout, surtout, des personnages auxquels on s’attache. Parce que si la chute d’un protagoniste nous laisse complètement de marbre, à quoi bon s’investir dans trois épisodes, on vous le demande ?

Crédits: Arte

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