Critiques Cinéma

LE DERNIER COMBAT (Critique)

SYNOPSIS: A la suite d’une catastrophe mondiale, la lutte pour la survie s’organise. Certains pronent la violence, d’autres veulent construire une nouvelle société. 

On a beau savoir qu’il est toujours intéressant de (re)visionner les premiers travaux d’un cinéaste multi-célébré (c’est-à-dire quand ça sentait encore la peinture fraîche), le revival peut parfois se montrer douloureux. Signe d’une lassitude qui nous a gagnés ou d’un style qui n’a pas passé l’épreuve du temps ? Un peu des deux en ce qui concerne le premier long-métrage de Luc Besson, auréolé encore aujourd’hui d’un petit statut culte par des cinéphiles qui, sans doute, n’ont même pas fait l’effort de le revoir attentivement depuis très longtemps. C’est dire si ce défi post-apocalyptique en Scope, auréolé du Prix spécial du jury au festival d’Avoriaz en 1983, provoque aujourd’hui un sentiment très mitigé. Comme si la satisfaction de voir une incursion précoce aussi convenablement produite par un jeune metteur en scène d’à peine 23 ans devait sans cesse se coltiner des scories de fabrication aujourd’hui difficiles à passer sous silence. Sans parler du fait que, si l’on observe plus en détail la chronologie de ce film et si l’on se souvient des accusations de plagiat qui ont souvent terni l’image de Besson, Le Dernier combat aura débarqué en salles un peu plus d’un an après la sortie française de Mad Max de George Miller, autre film centré sur un futur apocalyptique où tout le monde semble retourné à l’état sauvage et s’enferme dans la violence. De là à accuser le bonhomme d’opportunisme déplacé, il n’y a qu’un pas que l’on aura fini par franchir au fil du temps…

Toujours est-il qu’en cette année 1983, Luc Besson n’était pas encore ce producteur français qualifié de « cynique », plus préoccupé à fabriquer à la chaîne des sous-produits vite faits mal faits et à attaquer les magazines qui osent dire du mal de lui (souvenez-vous de l’affaire Brazil…). Plus que jamais, l’homme se voulait réalisateur, et optait alors pour un projet malin, conçu avec peu de moyens et censé être une « version longue » de son court-métrage L’avant-dernier. Coécrit avec Pierre Jolivet (qui remplaça in extremis François Cluzet dans le rôle principal), le film se concentre sur un trio de péquenauds (Jolivet en jeune héros, Jean Bouise en vieux médecin, Jean Reno en colosse brutal) qui se battent pour leur survie dans une société d’après-fin du monde, en utilisant les moyens du bord (c’est-à-dire pas mal de débris et de ferraille) et ce sans jamais prononcer la moindre parole (les cordes vocales des humains ont été grillées pour une raison jamais révélée). Un scénario qui, désormais, peine à faire passer ses choix soi-disant « audacieux » (zéro dialogue, noir et blanc, décors abandonnés, immersion privilégiée par le travail sur l’image…) pour autre chose que des contraintes de production dont il s’agissait de tirer profit. D’autant que, pour le coup, Besson mettait déjà en évidence les défauts qui allaient quelque peu ternir le brio de sa mise en scène jusqu’à Léon en 1994 : un décorum kitsch qui vieillit mal, du grand angle trois plans sur quatre, des fondus enchaînés dégueulasses, une gestion binaire de l’action (beaucoup de « je te tape, tu me tapes… « ), sans oublier la partition jazzy-rock d’Éric Serra – la première de sa carrière pour le cinéma – qui passe aujourd’hui pour une musique d’ascenseur en total décalage avec le déroulé de l’intrigue.

Reste qu’en cette année 1983, soit quelques années avant de faire péter le box-office avec une peinture de l’underground parisien et une plongée dans les abysses amniotiques en compagnie de ses amis les dauphins, Besson savait tirer profit de son budget limité et construire une histoire exclusivement par l’image et le son, avec la faculté de développer un univers tangible et crédible sans chercher à trop en faire – une modestie qu’il aura perdu par la suite dans des films pourtant bien supérieurs à celui-ci. Au beau milieu de quelques longues plages d’ennui (dont une partie de ping-pong mal rythmée, une biture au whisky sur fond de trompette désaccordée et l’inhalation d’un gaz permettant de dire « Bonjour » !), on peut encore savourer quelques jolis plans en Scope, découvrir un Jean Reno à l’orée de sa carrière, dénicher des traces de la touchante naïveté thématique de Besson (son idée de la femme qui constitue l’espoir de l’homme sera le fil directeur de tous ses films), et même sourire en sachant que les jambes de la jeune femme gardée prisonnière par Jean Bouise sont en réalité celles de Mylène Farmer ! Tout cela ne suffit pas à redonner au Dernier combat l’aura gagnée par son ancien succès critique et public, mais tout du moins à en faire une vraie curiosité cinéphile, éventuellement capable de surprendre ceux qui portent en horreur l’image de plus en plus controversée de son créateur. Qu’ils tentent le coup, on ne sait jamais…

Titre Original: LE DERNIER COMBAT

Réalisé par: Luc Besson

Casting: Pierre Jolivet, Jean Reno, Jean Bouise

Genre: Fantastique, Science fiction

Sortie le: 06 avril 1983

Distribué par: –

MOYEN

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