Critiques

KIDDING (Critique Saison 1 Épisodes 1×01 – 1×05) Après l’apitoiement, un dynamisme qui fait du bien…

SYNOPSIS: Présentateur d’une émission pour enfants, Jeff reste pour beaucoup de personnes « M. Pickles », une véritable icône du petit écran. Confronté à un drame qui a provoqué l’éclatement de sa famile, il ne peut plus trouver refuge dans les contes de fée ou se cacher indéfiniment derrière des marionnettes pour se sortir d’affaires. La réalité du monde peut se révéler bien cruelle pour quelqu’un qui incarne depuis si longtemps un modèle de gentillesse et de sagesse. 

C’était la grande tendance de la saison des pilotes 2018 : celle de faire venir les grandes stars de cinéma à la télé, en se basant sur l’hypothèse, maintes fois démenties et pourtant toujours en vigueur, que plus il y a de stars au générique, plus il y aura de spectateurs. C’est comme ça qu’Amazon a offert le premier rôle de Homecoming à Julia Roberts, que HBO est parvenue à engager Amy Adams pour jouer dans Sharp Objects et que la chaîne Showtime a mis la main sur Jim Carrey pour incarner une version fictive de Fred Rogers, un vrai comédien très célèbre aux États-Unis, dont la série Mr. Roger’s Neighborhood (Le Quartier de Mr. Rogers) fut diffusée sur les ondes pendant trente-et-une saisons, soit près de neuf-cent épisodes, de 1968 à 2001. Un record pour cette série destinée aux enfants, ayant désormais atteint un statut quasi-culte. C’est Dave Holstein (I’m Dying Up Here, Weeds) qui s’est chargé d’adapter librement la vie de Fred Rogers, devenu Mr Pickles (Monsieur Cornichon) pour les besoins de la série, l’histoire “d’un homme gentil dans un monde cruel” comme le décrit le scénariste, pour une vision à la fois poétique et déprimante du monde d’aujourd’hui. Les deux premiers et deux derniers épisodes de la série sont réalisés par le français Michel Gondry, que Carrey connaît bien depuis leur collaboration sur Eternal Sunshine of the Spotless Mind, et qui laisse la place à Jake Schreier et Minkie Spiro pour le reste des épisodes (contraintes budgétaires obligent).

Cela fait maintenant trente ans que Jeff (Jim Carrey), fait le bonheur des petits et des grands avec sa série télévisée Mr. Pickles’ Puppet Time (Les Marionnettes de Monsieur Cornichon), qui rapporte des millions en produits dérivés. Jeff est quelqu’un de fondamentalement bon, honnête, voire un tantinet mièvre, qui ne dit jamais de gros mots et prend très au sérieux son rôle de pédagogue. Seulement voilà, ce que le public ignore, c’est que la vie intime de Jeff est plutôt turbulente : sa femme Jill (Judy Greer) l’a jeté dehors et son fils Will (Cole Allen) est en pleine rébellion. La raison de ce rift ? La mort de Phil (Cole Allen), le frère jumeau de Will, tué sur le vif dans un accident de voiture et dont le décès a bouleversé la famille Pickles. Jeff notamment, a du mal à extérioriser ses sentiments, pris comme il l’est entre le personnage public de Mr. Pickles et les affres de sa vie privée. Il se dit qu’un bon moyen de réconcilier les deux serait de créer une nouvelle série qui parlerait de la mort aux enfants, et qui lui permettrait, en lui donnant l’espace nécessaire pour faire le deuil, de réparer les pots cassés avec sa femme et son fils. Cependant, le studio n’a pas l’intention de perdre sa vache à lait et craint que la dernière idée de leur star ne traumatise les enfants d’Amérique de manière irréversible.

Kidding est une nouvelle variation sur le thème du clown triste, cette dichotomie fascinante entre vie privée et vie publique, où la noirceur et la déprime se retrouvent cachée par le glamour et le feu des projecteurs. Michel Gondry est un excellent réalisateur, et le script est parfaitement adéquat, mais soyons honnêtes, si la série fonctionne, c’est entièrement grâce à Jim Carrey. Il y a quelque chose de profondément irritant dans l’écriture du personnage de Mr. Pickles, trop manichéen et trop peu nuancé pour attirer vraiment la sympathie, mais que Carrey parvient à surpasser, à coup de longs moments d’émotion pure qui viennent apporter un point d’ancrage à une série qui pourrait facilement perdre le Nord. La tragi-comédie est un genre difficile, et un genre bien plus populaire aux US qu’en Europe, où l’enfance est régulièrement portée aux nues et où la naïveté fait figure d’attribut de saint. Et si Kidding fait tout son possible pour aller au-delà des paramètres de la série pour enfants, avec ses caméos onéreux (Conan O’Brien, Danny Trejo), ses jeunes qui jurent et fument (oh, horreur !) et ses scènes de sexe plutôt explicites (on est sur Showtime après tout), elle ne parvient pas tout à fait, dans les premiers épisodes, à se sortir d’une espèce de préciosité tristounette prévue pour nous faire verser de chaudes larmes. Cela dit, une fois passés l’exposition et l’apitoiement, l’énergie de Jim Carrey relance l’intrigue avec un dynamisme qui fait du bien, mais à vous de voir si le jeu en vaut la chandelle.

Crédits: Showtime / Canal Plus

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