Critiques Cinéma

NIKITA (Critique)

SYNOPSIS: Le braquage d’une pharmacie par une bande de junkies en manque de drogue tourne mal : une fusillade cause la mort de plusieurs personnes dont un policier, abbatu par la jeune Nikita. Condamnée à la prison à perpétuité, celle-ci fait bientôt la rencontre de Bob, un homme mystérieux qui contraint la jeune femme à travailler secrètement pour le gouvernement. Après quelques rébellions lors d’un entraînement intensif de plusieurs années, Nikita devient un agent hautement qualifié des services secrets, capable désormais selon Bob d’évoluer seule à l’extérieur. Celui-ci espère d’ailleurs s’en assurer lors d’une terrible mise à l’épreuve, dans laquelle Nikita doit éliminer un pilier de la mafia asiatique au beau milieu d’un restaurant bondé…  

Après l’immense succès de son précédent film Le Grand Bleu, c’est la première incursion de Luc Besson dans le film d’action (avant de réaliser Léon quatre ans plus tard), qui deviendra son genre de prédilection avec les différents succès qu’on lui connaît. C’est après avoir entendu la chanson  Nikita d’Elton John que le réalisateur a l’idée d’un personnage féminin du même nom luttant pour survivre. L’histoire de cette junkie récupérée par les services secrets pour devenir une excellente tueuse professionnelle se tient (même si elle va un peu vite dans sa deuxième partie) et les dialogues sont plutôt bons (« -Il faut toujours que tu fasses deux choses à la fois. -C’est ma façon d’aimer. »). Le film arrive de façon surprenante à allier scènes d’action spectaculaires et scènes intimistes, à marier violence et romantisme sans que ce soit indigeste ou niais. Ainsi, il démarre très brutalement mais se termine au contraire de façon calme et apaisée. La mise en scène est d’une efficacité redoutable et le mouvement des plans est très travaillé avec ce qui deviendra la patte Besson : les travellings rapides et souvent très près du sol. Un formidable travail esthétique est réalisé par le directeur de la photographie Thierry Arbogast : on pense à la chambre blanche au début ou à l’appartement lumineux tranchant avec les séquences de nuit ou d’entraînement, qui sont sombres ou de teintes tirant vers le bleu foncé. Notons aussi le gros travail sur les costumes : Nikita passe de la droguée avec un accoutrement punk à la grâce d’Audrey Hepburn en robe à pois puis à l’androgynéité en costume, tout en alternant entre cheveux bruns ou roux, mi-longs ou courts.

Pour incarner ce personnage unique, il fallait une actrice d’une grande intensité. Anne Parillaud, alors compagne du réalisateur, y trouve le rôle de sa vie à 30 ans (après plusieurs échecs cinématographiques dans les années 1980). Sa préparation est très dure : elle vit dans une usine désaffectée pendant un mois et demi avec seulement cinq francs par jour pour vivre. Elle suit également un entraînement intensif au maniement d’arme à feu, aux arts martiaux, plus des cours de savoir-vivre et voit un orthophoniste pour travailler son articulation. Les scènes sont tournées dans l’ordre chronologique pour lui permettre de ne pas perdre l’évolution de son personnage. Elle est présente dans tous les plans, et si elle ne l’est pas son absence se fait ressentir et on ne fait que parler de son personnage (voir la magnifique dernière séquence). Sa transformation lui vaut le César de la Meilleure Actrice en 1991, et sa performance a influencé un grand nombre d’actrices par la suite. Comme on les comprend ! On a rarement vu une composition aussi dingue au cinéma. En effet, Nikita est un personnage sauvage et doux à la fois, et surtout libre.

Avec un corps sec et musclé tendant vers les attributs masculins, cette rebelle passe de la junkie punk à Audrey Hepburn, sans que ce soit sexiste (elle sait ce qu’elle veut, assume son désir, utilise le maquillage comme un costume d’espionne, elle passe du jean et de la veste punk à la robe courte puis au costume à la fin du film, avec les cheveux de plus en plus courts). On peut y voir une réflexion sur la féminité, et sur le fait que Nikita semble réunir, incarner toutes les femmes, avec leur part de féminité et de masculinité (jusqu’à se faire passer pour un homme à un moment donné), de force et de fragilité. Et qu’est-ce que ça fait plaisir de voir une héroïne sauvage et folle, moche, belle, imprévisible, toute de bruit, de fureur et de furie ! Une héroïne comme on en fait plus aujourd’hui. De là à dire que le film est féministe, il n’y a qu’un pas. Qu’on franchit avec aisance. En effet, il est question du pouvoir de la femme, non pas de son pouvoir de séduction mais bien de son pouvoir tout court, et de son besoin de liberté dans un monde d’hommes. Nikita est d’autant plus fascinant aujourd’hui car s’amuse à effacer les cartes du genre : l’héroïne se fait en effet passer pour un ambassadeur et arrive à pénétrer dans le bâtiment officiel aisément. On pense à l’influence que le film a forcément eu sur Salt (2010), histoire d’espionnage réussie avec Angelina Jolie.

Les autres acteurs sont également incroyables et arrive à faire exister leurs personnages en peu de scènes (grâce aussi au scénario bien sûr). On pense bien entendu à Jean-Hugues Anglade : on ne louera jamais assez le talent de cet acteur, souvent sous-estimé (et qui nous a encore une fois épaté et bouleversé récemment dans Le Grand Bain). Ici, il campe Marco, l’adorable petit-ami de Nikita. Évidemment, l’on retient aussi Tchéky Karyo dont une douce violence émane de son personnage de maître manipulateur, fasciné et sans doute amoureux de son élève qu’il forme à l’espionnage. Besson retrouve également son acteur fétiche Jean Reno qui apparaît vers le milieu du film (il interprète Victor, le nettoyeur). Enfin, il donne un rôle magnifique à Jeanne Moreau : on la voit très (trop ?) peu mais sa charismatique aura émane de chaque scène dans laquelle elle est présente et qu’elle illumine de sa grâce classieuse. Notons aussi que Jean Bouise, dont c’était le dernier film, est parfait en bureaucrate méfiant (le film lui est d’ailleurs dédié).

On reprochera simplement à l’œuvre quelques effets très marqués années 1980 (la musique d’Eric Serra surtout, avec ses synthés), et son emballement dans sa deuxième partie, qu’on aurait aimé un peu plus développée. Lors de sa sortie, Nikita est un grand succès puisqu’il réalise plus de 3,5 millions d’entrées en France, et son impact sur la culture populaire est important. On n’est ainsi pas étonné que le long-métrage ait été la base de plusieurs adaptations nord-américaines : Nom de code : Nina (remake états-uniens datant de 1993), Black Cat (remake hongkongais fait en 1991 qui a même eu une suite l’année suivante, Black Cat 2), La femme Nikita (série canadienne diffusée entre 1997 et 2001) et enfin Nikita, avec Maggie Q (série US diffusée entre 2010 et 2013 sur CW).

Pour conclure, cette histoire d’espionnage et d’amour n’a pas subi les affres du temps, en particulier son propos sur la féminité qu’on peut trouver tout à fait moderne (ce qui paraît bien paradoxal vu les accusations récentes de femmes contre Besson). On aurait presque aimé que le film soit plus long tellement il est bien mené, que ce soit au niveau de son scénario, de sa mise en scène ou de ses acteurs, notamment l’inoubliable Anne Parillaud ! A voir et à revoir absolument !

Titre Original: NIKITA

Réalisé par: Luc Besson

Casting : Anne Parillaud, Jean-Hugues Anglade, Tchéky Karyo…

Genre: Policier, Action, Thriller

Date de sortie: 21 février 1990

Distribué par: Gaumont

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