Critiques

INFIDÈLE (Critique Mini-Série) La vérité n’est pas toujours ce que l’on croit savoir…

SYNOPSIS: Il suffit d’un cheveu blond trouvé sur l’écharpe de son mari, pour que la vie parfaitement réglée d’Emma, médecin, bascule. À qui appartient ce cheveu ? Emma doute alors que tout semble plaider pour l’innocence de Mattéo. Il se montre même un mari exemplaire.

Il y a deux manières d’aborder les adaptations de formats étrangers que les chaines de télévision nous proposent avec de plus en plus de régularité. Soit les traiter par le mépris en arguant qu’un copié collé n’apportera pas d’eau au moulin mais c’est alors faire preuve de bien peu d’ouverture d’esprit, soit essayer d’en saisir la singularité qui peut parfaitement émerger d’un nouveau regard sur une histoire déjà traitée. Si le fond est forcément présent, les grandes histoires sont universelles et y apposer des spécificités culturelles ou morales permet une relecture qui peut s’avérer toute aussi passionnante que l’originale et sans forcément devoir s’échiner au petit jeu des comparaisons. La série britannique Docteur Foster était une très grande réussite mais n’avait eu que peu d’écho lors de sa diffusion française et pour ceux qui seraient passés à côté de la série, Infidèle n’est pas qu’une session de rattrapage. C’est une excellente série qui existe par elle-même, prenante et addictive et qui bénéficie d’une interprétation qui lui confère toute sa densité.

Le scénario écrit par Hélène Duchateau et Pierre Linhart (qui en signe l’adaptation et les dialogues) est impeccablement construit,  distillant au fur et à mesure ses indices et ses fausses pistes, faisant grimper petit à petit la tension et pourtant nous ne sommes pas dans un polar, Infidèle, comme son titre l’indique est un drame à taille humaine, un suspense psychologique qui entraine son héroïne aux confins de la paranoïa et qui avance pas à pas sur les traces de la dislocation d’une famille. On pourrait craindre de se retrouver dans les travers d’une fiction française auteurisante, mais Infidèle sait placer ses billes pour faire en sorte que l’on soit totalement scotché et que le plus infime indice nous mette sur la voie de ce qu’il va advenir… ou pas. L’intrigue, parfaitement  huilée, parvient même à mi-parcours à inverser la donne, le doute changeant de camp. La réalisation de Didier Le Pêcheur (déjà aux commandes de l’adaptation française de la série Les Innocents), fluide et élégante, apporte à Infidèle un cachet qualitatif certain renforcé par la très belle photographie de Myriam Vinocour. Nul besoin pour Infidèle de copier Docteur Foster, les ombres inquiétantes et le spectre de la vengeance qui irriguent le récit lui donnant son rythme propre et sa raison d’être. La tension nerveuse présente de bout en bout maintient l’intérêt qui ne faiblit pas et on en vient même à se poser des questions sur la santé mentale de l’héroïne, tant des faits troublants nous font douter de la véracité de ses certitudes.

Infidèle est encline à aller vers une certaine noirceur peu présente dans la fiction hexagonale mais par moments contrebalancée par quelques bons sentiments disséminés çà et là. C’est sa limite, même si, une fois dépassée cette réserve, on se laisse emporter dans un véritable tourbillon anxiogène. Infidèle est avant tout un écrin pour Claire Keim, dans lequel la comédienne livre l’une de ses prestations les plus abouties. Alternant les silences et les regards lourds de suspicion, la comédienne déploie une infinité d’émotions et sait se faire naïve puis perclus de doutes, femme amoureuse puis femme bafouée dans la foulée. Ses moments où le désespoir la taraude sont vraiment très puissants et elle est impressionnante sans avoir besoin de faire appel à des artifices de séduction. Face à elle, Jonathan Zaccaï est lui aussi impeccable, séducteur puis lâche, parfaitement à l’aise dans les variations minimes qu’il parvient à donner à son personnage, dont les vérités sont multiples. Le couple est le pivot  d’Infidèle, le centre névralgique qui régit les pulsations du récit. Autour d’eux, Chloé Jouannet, semble un peu tendre par instants mais dévoile à d’autres moments un véritable tempérament qui ne demande sans doute qu’à éclore totalement. Philippe Torreton, Vanessa David, Mylène Demongeot, Philippe Lefebvre, Mhamed Arezki et Mathieu Madenian (qui semble au départ être là comme une caution comique mais dont le personnage va agir comme un véritable révélateur) et l’excellent Olivier Claverie complètent une distribution homogène. Infidèle réussit à nous mettre des directs en rafale jusqu’à nous coincer dans les cordes d’un sixième épisode malin et surprenant. Jusqu’au bout on aura douté, on se sera posés des questions et on aura tremblé avant qu’Infidèle ne dévoile son dénouement. La vérité n’est pas toujours ce que l’on croit savoir.

Crédits: TF1 / Storia Télévision
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