Critiques

CHERIF (Critique Saison 6) Service minimum… puis la résurrection…

SYNOPSIS: Kader et Roxane forment désormais un binôme solide et soudé. Leurs trajectoires sont liées : la policière est le premier soutien de Cherif suite à la fuite de Christelle Laurent, la dangereuse criminelle obsédée par lui…  Roxane est également aux premières loges lorsque Kader se retrouve face à Jenifer, fraichement libérée de prison. Fidèle à elle-même la jeune femme est déterminée à récupérer la garde d’Eddy… De son côté, Kader est le témoin privilégié d’une Roxane plus que jamais liée à la vie professionnelle de son mari… L’équipe du commissariat  évolue elle aussi : Baudemont a des envies de carrière, Dejax apprend une nouvelle qui va le bousculer au plus haut point, Doucet découvre qu’avoir une fille journaliste se révèle bien plus problématique qu’il ne le pensait, Sarah est de retour et prend son envol, et Maman Cherif a ses secrets… C’est main dans la main que le duo Kader et Roxane, entouré de toute cette famille Cherif, enquête sur une nouvelle série d’affaires plus surprenantes les unes que les autres… 

En 5 saisons Cherif s’est fait une place de choix dans nos cœurs déjà bien garnis en plaisirs télévisuels. Par la grâce d’une légèreté, d’un humour et d’une malignité sans pareille, par la complicité et l’alchimie de son duo central entourés de personnages secondaires impeccablement écrits et last but not least par une capacité référentielle à la pop culture et surtout à la culture sérielle réjouissante pour tout fan de série qui se respecte. Quand en saison 5, Carole Bianic est partie après que le rubicon romantique du couple Kader-Adeline ait été franchi, on ne donnait pas cher de la peau de la série, qui, en capitalisant sur la télégénie de ses deux interprètes principaux, semblait vouée à boiter en démantelant son binôme. C’était oublier que la série s’intitulait Cherif et que dès lors que Abdelhafid Metalsi rempilait, rien n’empêchait les auteurs, le co-créateur de la série Lionel Olenga en tête, de faire preuve de l’imagination fertile qu’ils avaient déjà démontrées à maintes reprises. En intégrant le personnage de Roxane et en la caractérisant différemment de celui d’Adeline, grâce aussi à l’interprétation impeccable d’Aurore Erguy, la série avait su démontrer sa capacité à rebondir et à se réinventer et la saison 5 jusqu’à ses ultimes instants nous avait enthousiasmé par sa fraîcheur et son inventivité.

Aussi soyons honnêtes, malgré toute l’estime et l’affection que l’on porte à la série et à son équipe créative, la saison 6 de Cherif nous a laissés quelque peu dubitatifs sur un peu plus de sa première moitié. Comme le sentiment que le rythme des épisodes se ressentait très vite  du choix d’user du time jump, ce mal récurrent dans la fiction française qui finit par diluer la narration et sa densité dramatique en étirant l’espace temps et en réduisant du même coup l’impact de ce qui avait été savamment mis en place auparavant. Cette impression aussi que la série était branchée par moments sur courant alternatif tandis que l’interprétation en pilote automatique d’Abdelhafid Metalsi venait conforter cette sensation. Entendons-nous bien, la série conserve un pouvoir de sympathie important, certaines sous-intrigues sont très agréables à suivre, mais il ressort du visionnage de ces épisodes comme un manque de légèreté, un rythme moins soutenu et des histoires qui peinent à être réellement prenantes même si les dialogues conservent leur sel. Tout parait moins naturel et en axant beaucoup trop la narration autour de la vie privée de Roxane, on perd le focus sur Cherif trop souvent ce qui s’avère problématique, sa présence paraissant même parfois atténuée au profit des personnages secondaires (fort heureusement toujours parfaitement interprétés par les impeccables François Bureloup et Vincent Primault entre autres à qui des partitions savoureuses sont réservées). Par ailleurs, certaines voies narratives ne nous ont pas vraiment convaincues et même le passage derrière la caméra de Abdelhafid Metalsi pour l’épisode 6 anecdotique (puis le 10 mais nous allons y revenir) n’offre pas de vraie plus-value, nous confortant dans l’idée que la série marquait le pas.

C’est toujours délicat quand on aime vraiment énormément une série de devoir y apposer des qualificatifs que l’on n’aurait jamais pensé pouvoir lui accoler, mais sur les sept premiers épisodes de cette nouvelle saison, même si rien n’était vraiment mauvais ou désagréable, rien ne nous a non plus fait grimper aux rideaux et on s’est vraiment interrogés sur le pourquoi du comment sans trouver d’explication tangible. La série continue d’attirer des guests prestigieux (Philippe Chevalier, Jean-Luc Bideau, Emelyne Bayard, Xavier Beauvois, Dani Lary, Juliette Tresanini, François Rollin, Cécile Rebboah, Thierry Desroses, Jean-Michel Fête, Stefan Godin, Stephan Wojtowicz…) et de manier brillamment l’auto-dérision et l’humour (une scène entre Cherif et Dejax restera à ce titre comme l’un des  meilleurs moments de la saison). L’émotion diffuse, présente par à-coups nous aura touchées, même si tout ceci reste dans sa globalité trop peu convaincant au regard du passif de la série…

… Tout ça du moins jusqu’à ce qu’heureusement un gap qualitatif d’une ampleur totalement inattendue ait lieu, prenant  racine à nos yeux lors des épisodes 8 et 9 puis plus spectaculairement encore à partir de l’épisode 10 redressant par là même notre intérêt et nous offrant enfin la  possibilité de retrouver la magie dont la série ne s’était jusqu’ici que rarement départie. A ce titre les 3 derniers épisodes de la saison forment une farandole, un festival enthousiasmant de ce que Cherif a de mieux à offrir. De l’humour, du suspense, de la tension (l’épisode 10, le second réalisé par Abdelhafid Metalsi est une véritable mécanique de précision et une réussite de tout premier ordre orchestrée par Julien Anscutter, Julie-Anna Grignon et Lionel Olenga). Au fil de ces derniers épisodes, l’émotion se fait aussi plus prégnante et l’ensemble gagne en densité sans perdre de son mordant. Le personnage de Roxane retrouve totalement sa raison d’être et les fils narratifs qui nous semblaient distendus dans les premiers épisodes se resserrent petit à petit jusqu’à arriver à un étouffant et formidable climax dans le dernier épisode écrit et réalisé par Lionel Olenga. Il  arrive que les séries  que l’on aime connaissent des  saisons sinusoïdales et que l’on se sente lésé et laissé sur le bord de la route, la perfection étant  une  denrée  rare. Avant de découvrir cette seconde partie, on s’apprêtait, le cœur lourd, à  écrire que la saison 6 de Cherif était notre première désillusion de 2019, mais au terme de la douzième enquête, l’évidence est de mise: Cherif est revenu magistralement dans la partie et on attend de pied ferme la saison 7.

Crédits: France 2 / Making Prod

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