Critiques Cinéma

UNDERCOVER UNE HISTOIRE VRAIE (Critique)

SYNOPSIS: À Détroit, dans les années 80, au plus fort de la guerre contre l’épidémie de crack, voici l’histoire vraie d’un père d’origine modeste, Richard Wershe, et de son fils, Rick Jr., un adolescent qui fut informateur pour le compte du FBI, avant de devenir lui-même trafiquant de drogue, et qui, abandonné par ceux qui l’avaient utilisé, fut condamné à finir ses jours en prison. 

Quatre ans après 71‘ qui l’avait révélé au grand public après dix ans de télévision et qui avait démontré un univers visuel marqué le réalisateur franco-algérien et résidant britannique Yann Demange est de retour avec un film tirée de l’histoire vraie de Richard Wershe Jr..  Ce jeune garçon, devenu tour à tour trafiquant de drogue puis informateur pour le FBI alors qu’il n’était âgé que de 14 ans s’avère être un sujet en or pour un thriller sombre et enlevé parvenant à nous transposer au cœur des années 80 avec un sens du détail et de la reconstitution qui rend très immersif un film qui ne manque pas de qualités. Pourtant, si Demange confirme un talent brut de décoffrage, une patte incontestable dans la construction des cadres et un vrai sens de l’image, il manque à Undercover certains détails pour être le grand film qu’il aurait pu être. En restant par moments trop à la lisière de son sujet et à cause d’un jeune interprète un peu tendre, le film avance par à-coups, à tel  point que l’on reste dubitatif devant le rendu final, ni exceptionnel, ni mauvais, juste bon et efficace. Si Undercover se présentait de prime abord comme l’odyssée criminelle lambda d’un petit malfrat avec ascension, initiation et chute vertigineuse, le cinéaste nous surprend par un traitement moins évident qu’il n’y parait, et c’est en s’attachant à la cellule familiale plus qu’à la fascination pour le gangstérisme que Demange parvient à nous toucher.

Pour interpréter cette famille dysfonctionnelle que la mère a fuie et dont le père emmène son fils négocier les tarifs des armes qu’il revend dans les foires, Yann Demange s’est adjoint les services d’un Matthew McConaughey qui ne peut résister par instants à un brin de cabotinage dans le rôle de Richard Wershe Sr. Le comédien parvient malgré tout à faire en sorte que son personnage soit émouvant et touchant dans sa maladresse à dévoiler ses sentiments, sous la carapace d’un redneck raté et bas du front qui est, malgré les apparences, pétri d’humanité. Pour jouer ses enfants, Bel Powley est très convaincante en junkie qui méprise son père tandis que le jeune Richie Merritt qui campe Richard Jr., et dont c’est le premier rôle fait preuve d’assez de naturel même si il lui manque d’un peu de moelle pour distiller toutes les émotions qu’il doit véhiculer, tout ceci étant pourtant contrebalancé par une assurance certaine à jouer la lassitude d’un adulte dans un corps d’ado. Du coup, on a un peu de mal à s’accrocher à lui durant les près de 2 heures de film et l’empathie qu’il est sensé provoquer ne l’est que partiellement. Rory Cochrane et la géniale Jennifer Jason Leigh (qui n’en finit plus de revenir depuis Les Huit Salopards et Atypical) sont eux les agents du FBI qui vont contraindre Rick à devenir informateur puis à vendre de la drogue dans un numéro de manipulation de haut vol.

Avec Undercover, Yann Demange filme une ville de Détroit sans âme, grisâtre et pauvre et ne glorifie jamais ni ses personnages, ni le milieu criminel. Il confère du coup à son film une sorte de lancinante lassitude et de tristesse, où le seul horizon est le crime comme échappatoire au désœuvrement et à la pauvreté. Ce versant du film, ce regard sur les laissés-pour-compte tout comme la peinture d’une cellule familiale si atypique est le plus réussi, bien que l’émotion reste un peu trop à distance. Le cinéaste est aussi très doué pour impulser du rythme et de la tension jusqu’à un dénouement saisissant qui prend d’autant plus d’ampleur lorsque l’on sait qu’il s’agit d’une histoire vraie. En contournant l’attente que l’on pouvait avoir d’un thriller lambda au sein des gangs des 80’s, Yann Demange et ses producteurs (Jeff Robinov et… Darren Aronofsky) réussissent un film inattendu, loin du sensationnalisme qui handicapent parfois ce type de films et les faits du coup souvent ressembler à des ersatz du genre. Undercover se singularise en explorant des voies différentes pour être au final la voix d’une Amérique perdue et désenchantée qui entre en résonance avec l’époque actuelle. C’est de loin son plus grand mérite.

Titre Original: WHITE BOY RICK

Réalisé par: Yann Demange

Casting : Matthew McConaughey, Richie Merritt, Jennifer Jason Leigh…

Genre: Drame, Policier

Sortie le: 02 janvier 2019

Distribué par: Sony Pictures Releasing France

3 STARS BIEN

 BIEN

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s