Critiques Cinéma

UNFRIENDED : DARK WEB (Critique)

SYNOPSIS: Un jeune homme trouve un ordinateur portable et, innocemment, le ramène chez lui. Dans les dossiers, il déniche d’inquiétants fichiers cachés qu’il s’empresse de montrer à ses amis sur Skype. Sans le vouloir, tous se retrouvent dans les tréfonds du Dark Web et découvrent rapidement que quelqu’un les observe et que cet inconnu est prêt à tout pour récupérer son portable et protéger ses secrets. 

A l’instar du cinéma de manière générale, le cinéma d’horreur est particulièrement amené à évoluer avec les générations pour mieux correspondre à son public, qui attend d’être touché personnellement par une histoire. Les auteurs de film horrifiques doivent donc perpétuellement trouver le moyen de faire peur en utilisant l’actualité et les nouvelles technologies. A l’image du slasher movie, qui s’est vu à la fois transformé et mis en danger par l’arrivée du portable et d’Internet (comment maintenir un suspense sur la survie de nos personnages si ils peuvent juste envoyer un message pour s’en sortir vivant?). Avec ces nouveautés, le cinéma d’horreur doit redoubler d’inventivité et d’originalité pour créer de nouvelles histoires les incluant. Un des déclics du genre fut en 1999 lorsque Le Projet Blair Witch amena le Found Footage dans la sphère horrifique. Le Found Footage correspond à un film constitué d’enregistrements intra-diégétiques, c’est-à-dire interne à la narration et aux événements du film. Par exemple, Le Projet Blair Witch est composé intégralement d’images tournées par trois jeunes désirant faire un documentaire sur une légende locale. Le spectateur est donc projeté à l’intérieur de l’histoire. Le film d’horreur n’en demandait pas plus comme nouveau ressort narratif. Ainsi, en 2015 sortit Unfriended premier du nom, qui créa un mix formidable entre Internet et le cinéma en ne montrant que l’écran d’ordinateur de notre principal protagoniste, et en jouant avec les fenêtres Skype, Spotify et Facebook. Un deuxième volet fut mis en chantier suite au succès du premier opus, produit par Blumhouse qui semble être le principal instigateur de concept horrifique grand public actuellement. Arrive donc aujourd’hui Unfriended : Dark Web.

Dark Web met donc les choses au clair : Cette saga Unfriended (si saga dans le futur il y a) sera une anthologie. Les épisodes ne se suivent pas forcément, et semble ne pas se situer dans le même univers. Alors que le premier opus se dirige au fil du film vers une ambiance surnaturelle, ici on reste dans un monde réaliste, semblable au nôtre. Cet opus utilise un élément narratif très connu, mettant au premier plan son utilisation d’Internet : le Dark Web. Le darkweb est un espace du net qui n’est accessible par aucun moteur de recherche et qu’aucune loi ne régit. On peut s’y procurer drogues, armes, tueurs à gages et autres joyeusetés. Cette malheureuse réalité bien trop méconnue permet de mettre en exergue la monstruosité de l’homme ainsi que sa propension à céder à ses pulsions les plus atroces : Un parfait sujet pour un film d’horreur. Le risque d’un film s’attaquant à ce sujet est qu’il soit juste effleuré et qu’il serve juste d’alibi à  une histoire lambda sans être un thème en soi. Unfriended : Dark Web ne tombe pas dans ce piège. Il réussit à être à la hauteur de son grand frère, bien que les structures scénaristiques des deux films soint relativement semblables. Le principal reproche qu’on pourrait lui faire est son manque de réalisme dans certains dialogues. Autant le premier volet avait cette maîtrise dans la véracité des personnalités, des réactions, des actions, autant celui-là peine un peu à ce niveau. On met quelques minutes avant de croire aux personnages, aux événements, et même au concept tout court. Mais on pardonne au final assez vite ce petit moment de flottement et de latence au début du film.

Ce qu’on doit souligner dans cette production est la maîtrise assez formidable du suspense et son sens de l’horreur. On a juste quelques réserves sur certains jumpscares, qui ont certainement été amenés au montage son en augmentant au maximum le volume sonore de quelques effets. A part ça, le film se tient de bout en bout, et on ne voit clairement pas le temps passer. On se sent happé par le rythme que Dark Web instaure. Et à la différence du premier, qui mettait l’accent sur une horreur qui touche personnellement ses personnages (ceux-ci subissaient une vengeance semblant venir d’une morte et certains se révélaient être responsables du suicide de cette dernière), cet opus les plonge directement dans la réalité du darkweb, qui leur est (pour la majorité) inconnue. Ainsi, le spectateur n’est pas complètement largué : il apprend en même temps qu’eux quels sont les enjeux de leur situation. De même, on nous amène au fur et à mesure de l’action de nouveaux éléments faisant avancer l’histoire, de nouvelles révélations qui marchent toujours bien. Même si le film parle d’un thème un peu obscur pour certains, on croit à tous les retournements de situation, et le suspense est toujours très bien dosé. On pense notamment à cette scène où un des personnages va voir le « méchant » de l’histoire utiliser son matériel sonore contre lui (pour ne rien révéler…). Mais l’aspect le plus contradictoire de ce film est le voyeurisme dont fait preuve le spectateur. On regarde ce « spectacle », en se demandant ce qui va se passer, ce qu’on aurait fait dans cette situation. Ainsi, le film, qui se déroule en temps réel, pousse le réalisme tellement loin qu’on s’y croirait réellement, et c’est souvent très dérangeant de s’en rendre compte. C’est pourquoi le twist final (que l’on ne révélera pas, pas d’inquiétude) est extrêmement bien trouvé, car il a une dimension presque introspective sur ce genre de cinéma, sur cette fascination que l’on a à suivre ces histoires. C’est assez rare qu’un film aussi « grand public » fasse preuve d’autant de conscience sur ce qu’il est et ce qu’il prétend être pour se permettre d’avoir ce second niveau de lecture.

Le réalisme du film est aussi amplifié par la performance de ses comédiens (Colin Woodell, Stephanie Nogueras, Betty Gabriel, Rebecca Rittenhouse) qui ont parfois un peu de mal à arriver à la hauteur de ce qu’arrivaient à faire ceux du premier volet mais qui s’en sortent relativement bien dans cet exercice, on en conviendra, assez compliqué. Dark Web est réalisé par Stephen Susco, connu jusque là en tant de scénariste de films d’horreur tels que The Grudge ou Texas Chainsaw 3D. Il signe ici sa première réalisation, où effectivement il n’a pas l’occasion de briller par des mouvements de caméra originaux. Mais à l’image des comédiens, il se sort très bien dans cet exercice. Il signe un film d’horreur oppressif et frontal, où la tension et le suspense sont très bien gérés, au profit d’une histoire plus profonde que ce qui aurait pu être attendu. Si ce style de cinéma est utilisé avec parcimonie et intelligence, alors on ne peux qu’admettre que le film d’horreur mainstream peut créer de belles surprises dans le futur.

Titre Original: UNFRIENDED: DARK WEB

Réalisé par: Stephen Susco

Casting: Kurt Carley, Colin Woodell, Betty Gabriel…

Genre: Epouvante-Horreur, Thriller

Sortie le: 26 décembre  2018

Distribué par: Apollo Films

BIEN

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