Critiques

DEUTSCH-LES-LANDES (Critique Saison 1) Une série qui existe dans un monde qui n’est pas le nôtre…

SYNOPSIS: Deutsch-Les-Landes, c’est l’histoire de Jiscalosse, village idyllique du département des Landes. Le village est au bord de la faillite et Martine (Marie-Anne Chazel), maire de la commune, a vraiment besoin d’argent pour le sauver. Afin d’éviter la cessation de paiements, Martine décide de vendre toute une partie de la commune à Gerhard Jäger, le PDG bavarois excentrique d’une entreprise de conception automobile, tombé amoureux des Landes. Il décide alors de délocaliser l’ensemble de sa société et tous ses salariés dans le sud de la France, ce qui déclenche un choc des cultures mêlant drame et comédie.

Aïe. C’est à croire que ces messieurs dames du département développement à Amazon ont oublié de lire le script avant de signer les chèques. Deutsch-Les-Landes s’inscrit dans la volonté de suivre une ligne lancée par Netflix, celle de créer des séries originales à l’étranger pour attirer le public au-delà des frontières US. Seulement voilà, tout comme Netflix s’était cassé les dents avec Marseille, Amazon se plante tout aussi royalement avec Deutsch-les-Landes. Comme quoi, il ne suffit pas de faire trois blagues sur le fromage, deux références à la guerre de 39-45 et de coller un béret sur la tête des gens pour faire une série française. La prémisse du choc des cultures était plutôt intéressante, et on pouvait s’attendre à ce que cette histoire suivant le déménagement d’une entreprise allemande dans un petit village français du Sud-Ouest soit enlevée, riante et plutôt sympathique, mais malheureusement, l’exécution, l’écriture et le timing tombent à plat.

Vous aimerez :

Le casting. Marie-Anne Chazel ! Sylvie Testud ! Sebastian Schwartz ! Que du beau monde dans cette série, à se demander si le budget n’est pas passé en cachets d’acteurs plutôt qu’en scénario de qualité. Que diable sont-ils allés faire dans cette galère ?

L’image. C’est à Antoine Gueuguneau que l’on doit l’esthétique de la série, tout en plans longs et couleurs surannées, pour un résultat tout à fait charmant.

L’idée. La cohabitation franco-allemande en Europe, il y avait de quoi faire des étincelles. Le principe déborde de conflits potentiels, et entre la lutte des classes, la barrière de la langue, les compromis nécessaires à vivre ensemble, il y avait matière à écrire et à faire rire, mais ces bonnes intentions ne mènent, hélas, à rien de convaincant.

Vous n’aimerez sans doute pas :

Le ton. La série existe dans un monde qui n’est pas le nôtre, coincée hors du temps dans un espace qui ne vit que de clichés. Dans ce monde-là, tout ce que les français et les allemands savent les uns des autres remonte à la Deuxième Guerre Mondiale, comme si les soixante-dix années écoulées depuis n’avaient jamais existées. De Marie-Anne Chazel coincée dans un costume Oktoberfest “traditionnel” à l’assistante bilingue qui pense que faire répéter “les chaussettes de l’archiduchesse” à son patron allemand est le meilleur moyen de lui apprendre le français, le script ne cesse de faire des choix douteux qui plombent rapidement, et irrémédiablement la prémisse de départ.

Les personnages. C’est un signe des temps qui courent sans doute, mais il devient difficile de se contenter d’archétypes en 2018. Le public a connu Olivia Pope, Walter White et autres Sherlock de la télévision internationale, grands personnages éminemment complexes, pleins de rancunes, de lourds passés et surtout, capable d’évoluer et de faire avancer l’intrigue avec eux ; et c’est donc incroyablement décevant de se retrouver avec des caricatures d’êtres humains, tellement ancrés dans leurs préjugés et leur bêtise qu’ils sont incapables de s’adapter à ce qui les entoure. Il ne faut pas comparer, parait-il, mais on aurait tellement aimé un peu de profondeur dans ces personnages, surtout pour des acteurs de ce calibre.

Le doublage. Les français parlent français, les allemands parlent allemand, mais les allemands sont, on ignore pourquoi, doublés en français. C’est une expérience très étrange que de voir la moitié de la distribution bouger les lèvres sans que cela corresponde aux mots qu’ils “prononcent” alors que l’autre moitié n’a pas du tout ce problème. Sans compter que le travail de doublage est assez médiocre, propulsant la série dans une espèce de dichotomie tonale sans queue ni tête, dont on se passerait volontiers.

En conclusion, Amazon, on apprécie que vous vouliez investir en France, mais il faudrait repenser votre stratégie, parce que là, on est navré de vous le dire, mais Deutsch-les-Landes, c’est comme la première crêpe, il va falloir la jeter.

Crédits: Amazon Prime

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s