Critiques

AD VITAM (Critique Mini-Série) Ad Vitam aeternam…

SYNOPSIS: Dans un monde où la jeunesse éternelle est un rêve devenu réalité et la mort semble être un lointain souvenir, Darius, flic centenaire incarné par Yvan Attal, enquête sur une surprenante vague de suicides d’adolescents avec l’aide de Christa (Garance Marillier), jeune fille révoltée. Dérive sectaire, acte politique, cri d’alarme d’une jeunesse qui cherche sa place? Signée Thomas Cailley (Les Combattants), Ad Vitam propose une réflexion sur la mortalité et questionne le malaise de la jeunesse contemporaine, entre science-fiction, polar et quête existentielle.

Quand on a découvert Les Combattants en 2014, son mélange atypique de comédie, de film d’amour et de survival, on avait été séduit par la grâce d’un film dont la singularité tranchait dans le vif d’une production française figée et rétive au mouvement. Quatre ans et trois César plus tard (meilleure première œuvre, meilleure actrice pour Adèle Haenel et meilleur espoir masculin pour Kevin Azaïs), on a été  surpris de voir Thomas Cailley ne pas profiter immédiatement du succès de son film et de risquer ses acquis en débarquant à la télévision, une terre qui peut être toute aussi accueillante qu’hostile pour un jeune réalisateur de cinéma. Oser qui plus est se lancer dans une série qui mêle thriller d’anticipation, science fiction et questionnement philosophique majeur, témoignait à la fois de l’audace de Thomas Cailley de se frotter à la fiction de genre, abordée parcimonieusement par chez nous mais troisième tentative récente de s’y coller pour Arte après le plantage Trepalium et la très réussie Transferts.

C’est nanti d’une prestigieuse distribution que Thomas Cailley s’avance avec Ad Vitam mais ce n’est pas son seul atout, loin s’en faut, puisque la série est aussi une proposition formelle forte et assumée, un objet sériel singulier avec sa photographie chaude, ces bleus métalliques et ces rouges profonds, cette musique planante et envoûtante… Une série atmosphérique qui questionne et élève son téléspectateur, l’emmène sur les terrains familiers du thriller pour mieux le perdre dans les méandres de la psyché humaine et interroger sur le poids du temps sans la problématique de la mortalité qui a disparu et alors que l’interdiction du suicide sévit… Des thématiques fascinantes qui emmènent Ad Vitam très haut et très loin, dans le sillage de personnages disparates parfaitement définis par une écriture au cordeau (la série est co-écrite par Thomas Cailley et Sébastien Mounier). Sacrée meilleure série française 2018 au Festival Séries Mania, Ad Vitam trouve sa spécificité dans l’existentialisme qu’elle porte en bandoulière et dans le face-à-face électrique entre son duo vedette qui provoque des étincelles de vie.

Yvan Attal en flic désabusé, qui plie sous le poids de ses 120 ans est extrêmement convaincant dans la peau de ce fils spirituel de Philip Marlowe et de Deckard (Blade Runner), à la fois déterminé et fatigué. L’acteur y déploie une densité et une justesse de jeu implacable. Face à lui, Garance Marillier (révélée par Grave) livre une performance exceptionnelle, incarnant par tous les pores de la peau Chista, aussi animale que viscérale. La jeune actrice est fantastique et, tout  comme Adèle Haenel dans Les Combattants,  est sublimée par la caméra de Thomas Cailley qui sait décidément mettre en scène des héroïnes. Si ils sont le cœur battant de la série, s’ébroue à leurs côtés une galerie de personnages hétéroclites campés entre autres par les césarisés Nils Schneider et Rod Paradot (même Antoine Reinartz, césar du Meilleur  second rôle pour 120 battements  par minute y va de son apparition) donnant  corps à des personnages secondaires marquants et jamais gratuits héritiers d’une tradition du cinéma des années 70. La mise en scène de Thomas Cailley épouse son sujet, l’embrasse sans réserves entre classicisme et modernité et lui confère sa spécificité nous entrainant dans une société de fiction crédible et complexe. Si Ad Vitam manque de légèreté et qu’on pourra lui reprocher d’emprunter aux sempiternels codes du polar pour favoriser le point d’entrée du téléspectateur, elle s’impose comme une proposition tranchante dans une fiction dénuée de vitalité mais toujours vivante.

Crédits: Arte

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