Critiques

THE ROMANOFFS (Critique Saison 1 Episodes The Violet Hour & The Royal We) Un mélange de fascination absolue pour l’histoire et d’humour subversif…

SYNOPSIS:  A chaque épisode, une histoire centrée sur une personne persuadée être une descendante de la célèbre famille royale russe. 

Un peu de contexte historique pour ceux que ça intéresserait : les Romanoffs sont l’une des plus puissantes dynasties européennes, ayant régné sur la Russie de 1613 à 1917, date à laquelle la dernière famille impériale est exécutée par les Bolcheviks. C’est avec ce massacre, et avec l’absence remarquées de certains cadavres que naît le mystère d’Anastasia, selon lequel la plus jeune des filles du tsar aurait miraculeusement échappé à la mort et serait parvenue à fuir aux États-Unis. Une légende mise à mal depuis que les résultats ADN ont prouvé que la grande-duchesse était bien morte avec le reste de sa famille, mais qui enflamme néanmoins les imaginations. Il y a eu bien sûr, la très célèbre imposteur Anna Anderson, clamant à tous vents qu’elle était la dernière héritière du trône de Russie, les films naturellement, celui de 1956 avec Ingrid Bergman et le dessin animé de Fox Animations Studios sorti en 1997, et cette année, il y a The Romanoffs, nouvelle série d’anthologie de Matthew Weiner, le créateur de Mad Men, sur les descendants de la famille impériale de Russie et dont la prémisse semble, à première vue, s’appuyer sur la légende.

La série de Weiner, produite par Amazon Studios, se compose de huit épisodes d’une heure et demie chacun, centrés sur une intrigue autonome qui se résout d’ici la fin des quatre-vingt-dix minutes allouées. L’avantage des séries d’anthologie, c’est qu’elles sont plus faciles à écrire, et que les contrats sont courts, ce qui permet d’avoir de grandes stars à l’écran. L’inconvénient, c’est que comme il n’y a pas d’effet ricochet dans l’intrigue pour pousser le spectateur à regarder l’épisode qui suit, on risque de faire bien moins de part d’audiences, et on gâche l’effet « addictif » du format. Qu’à cela ne tienne, les coffres d’Amazon sont profonds, et même si la série fût commandé par Roy Moore, l’ancien vice-président tombé en disgrâce à cause de harcèlement sexuel et misogynie compulsive, pour le créateur de Mad Men, les cordons de la bourse se délient. Chaque épisode des Romanoffs est tourné dans une ville différente (Paris, New York, Mexico City…) et la distribution est de première classe : Isabelle Huppert, Louise Bourgoin, Marthe Keller, Aaron Eckhart, John Slattery, Andrew Rannells, Diane Lane… Toute une galerie de personnages interprétés par de très grands acteurs et évoluant autour de divers descendants supposés de la famille impériale, éparpillés un peu partout dans le monde.

On retrouve la “patte” Weiner dans cette série, un mélange de fascination absolue pour l’histoire et d’humour subversif qui dessine un portrait souvent sardonique du quadragénaire blanc cherchant un second souffle de vie auprès de femmes plus jeunes. La dynamique change d’un épisode à l’autre mais la série est imbibée d’une sensibilité qui rappelle un peu les premiers films de Woody Allen, un certain regard désabusé sur la vie confortable des classes moyennes et supérieures. Chaque descendant insiste sur le fait que “toute leur famille a été massacrée”, ce qui amène le spectateur à se poser des questions : part-on du principe que tous ces personnages sont les descendants de la famille des Romanoffs, une dynastie qui compte plusieurs dizaines de personnes dont certaines ont survécu à la Révolution Russe ? Parce que, dans ce cas, dire que “toute sa famille” est morte est une grossière exagération. Ou suggère-t-on que ces gens sont les arrières petits-enfants d’Anastasia, la seule, l’unique, ce qui laisserait à penser que la légendaire grande-duchesse aurait, effectivement, réussi à s’enfuir ? Autant de questions que la série se plaît à laisser sans réponses, plus intéressée par les effets de la mythologie sur la psyché des personnages que par le pourquoi du comment. Certains épisodes touchent très juste, avec un ton ultra-caustique qui contraste agréablement avec la réalisation ondoyante et les décors luxuriants, et d’autres tombent aux alentours de l’objectif sans vraiment l’atteindre. Ce qui sauve la série du pédantisme dans lequel elle aurait pu facilement tomber, c’est une conscience aigüe que la réalité sur l’écran n’est pas cent pour cent « réelle », et la distance placée entre le spectateur et les personnages. Ces derniers sont sympathiques, humains, vulnérables, bourrés de défauts et fautes en tous genres, mais le trait est grossi, appuyé et amplifié, pour souligner le caractère absurde, et parfois franchement hilarant des relations qu’ils entretiennent les uns avec les autres, ou bien avec eux-mêmes. Les Romanoffs ne deviendront sans doute pas votre nouvelle obsession télévisée, mais ça vous divertira parfaitement le temps d’une soirée.

Crédits: Amazon Prime

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