Critiques Cinéma

HOSTILE (Critique)

SYNOPSIS: Dans un monde en ruine après une catastrophe inconnue, l’espèce humaine tente de se reconstruire. Les survivants ne sortent que la journée car la nuit venue d’étranges créatures sortent pour chasser. Juliette est la seule à oser s’aventurer près des villes. Un jour, sur le chemin du retour, elle perd le contrôle de sa voiture. Lorsqu’elle reprend connaissance, elle est blessée, coincée dans son véhicule, et… IL FAIT NUIT.

Le cinéma qu’on appelle « de genre » possède une place très particulière dans le milieu audiovisuel français. Alors qu’il essaye tant bien que mal de s’imposer, il reste très compliqué à produire. Convaincre les producteurs et faire venir les spectateurs en salles se pose comme un réel défi. Malgré des productions récentes qui prouvent qu’on peut réconcilier la France avec son cinéma (Grave de Julia Ducourneau est un excellent exemple), le genre peine à se développer. Pourtant, la France a la chance de posséder bon nombre de talents dans le domaine qui ne demandent qu’à tenter leur chance. Mathieu Turi entre donc dans ce cercle fermé des réalisateurs qui se lancent dans le genre avec son film Hostile. Turi a déjà derrière lui un CV assez étonnant. Il fut en effet assistant-réalisateur à Hollywood, passant du Inglourious Basterds de Tarantino au Sherlock Holmes : Jeu d’Ombres de Guy Richie. En parallèle, il écrit un scénario de film d’horreur qu’il tentera de faire produire. Finalement le script tombe entre les mains de Xavier Gens, grand nom du cinéma de genre français et ce dernier, directement conquis, décide de produire le projet de Turi. Ainsi, le film boucle son tournage (très court) pendant l’été 2016 et est sélectionné au Festival International du Film Fantastique de Neuchâtel où il remporte un prix et où il est présenté en avant-première mondiale. A ce moment, Hostile commence un tour du monde dans des festivals, et sort courant 2017 à l’international avant d’arriver enfin en France en cette fin 2018. Drôle d’ironie, qu’un film estampillé français ait autant de mal à être programmé dans son pays d’origine. Mais enfin, nous pouvons poser un regard sur ce pur produit de chez nous.

Hostile est donc un film d’horreur dans une ambiance post-apocalyptique enfin, pour la moitié. En effet, la particularité étonnante du film est qu’il se divise en deux parties bien distinctes : il est entrecoupé de flash-backs montrant la vie de Juliette, notre héroïne, avant l’apocalypse. Une décision radicale qui rend le film unique en prenant le risque de perdre le spectateur en mélangeant les genres. Proposant une vision de drame romantique pendant ces flash-backs en suivant l’histoire d’amour qui se crée entre Juliette et Jack, un français, qui va la sortir de sa situation compliquée, avec New York en toile de fond. Tourné entièrement en anglais, Hostile a toutes les cartes pour être attractif.

On a donc affaire à un long-métrage déconcertant par sa forme, qui peut facilement laisser en dehors. Cependant, les scènes composant la partie horreur du film se tiennent très bien, créant une ambiance oppressive et hostile (sans mauvais jeu de mot, bien sûr). Juliette se retrouve face à une étrange créature, mélange entre un zombie et les créatures de La Colline a des Yeux. Comparaison pas anodine, car au-delà d’être une inspiration évidente pour la photographie des scènes dans le désert, Turi empreinte la station service de la version d’Alexandre Aja (un autre français adepte du cinéma de genre). Le réalisateur utilise avec beaucoup d’intelligence le hors-champ pour à la fois perdre le spectateur pour mieux lui faire peur en faisant surgir la créature de l’ombre, mais aussi pour se focaliser sur le point de vue de Juliette, qui est notre seul point de repaire dans cet univers, le seul personnage qui relie les deux mondes qui composent le film. Hostile joue aussi beaucoup avec les lumières lors des scènes de nuit. Alors que les étendues de sable sont plongées dans le noir, seuls les phares jaune et rouge de la voiture créent des lumières vives, permettant aussi à Turi de composer des plans très picturaux.

 

En dehors de cela, il est un peu dur d’accrocher de la même façon aux deux univers. A un moment où l’on souhaiterait rester avec Juliette dans la voiture, le film nous invite à revenir à New York, le plus gros risque était de perdre le rythme imposé par les scènes de suspense, mais Turi arrive à gérer ces transitions plutôt bien. La vision bipolaire du film est intéressante, mais pas forcément marquante. Hostile ne réinvente ou ne révolutionne pas le genre mais reste une proposition à suivre pour soutenir le genre. Le film manque peut-être de folie, que ce soit dans sa mise en scène ou dans son scénario et il n’est pas possible de parler de Hostile sans évoquer – sans le dévoiler – le twist final. Celui-ci se veut tourné vers les rapports humains et la façon dont ils évoluent aux suites d’un drame. Malheureusement, ce retournement de situation risque de ne pas plaire à la majorité des spectateurs. A la fois sortant de nul part et paradoxalement assez prévisible, la fin du film se tient difficilement et laisse un goût d’inexpliqué et d’inexplicable.

Malgré tout ça, Hostile se pose comme une des rares propositions de genre en France de cette année cinématographique, après le Ghostland de Pascal Laugier. Au niveau du casting, les deux acteurs principaux (qui composent presque à eux seuls le casting du film), Brittany Ashworth et Grégory Fitoussi, se sortent de cet exercice compliqué, la première se révèlant être très crédible dans ce monde brûlé à la Mad Max, créant un personnage féminin très charismatique et combatif. Le second est uniquement présent dans la partie drame romantique et se montre tout aussi convaincant en riche français ayant réussi aux États-Unis. Les deux trouvent une alchimie étonnante malgré leurs différences. En plus d’eux, il faut noter la présence au casting de Javier Botet, acteur très présent dans le film d’horreur actuel. En effet, son physique singulier causé par le syndrome de Marfan, lui fait camper des créatures monstrueuses comme dans Rec, Mama, Ça, ou encore Alien : Covenant. Il incarne ici le « zombie » qui s’en prend à Juliette.  Avec ce film, Mathieu Turi crée quelque chose de rare en France, et réussi à exporter Hostile à l’international, si bien que le film est presque déjà entièrement remboursé alors qu’il n’est même pas encore sorti dans l’hexagone. Une ironie étonnante qui pousse à réfléchir à la place du cinéma de genre en France, qui provoque une pléiade de débats depuis bon nombre d’années. Le genre a pourtant un public en France et il faut simplement qu’il le trouve. Mais Mathieu Turi a déjà de la suite dans les idées, car il s’apprête à commencer le tournage de son prochain film. Ce projet, qui s’appellera Méandres, sera un film de Science-Fiction et il nous tarde donc de savoir ce que le film de genre nous réserve pour les prochaines années, car il pourrait bien être l’un des cinémas les plus intéressants à suivre.

Titre Original: HOSTILE

Réalisé par: Mathieu Turi

Casting: Brittany Ashworth, Grégory Fitoussi, Javier Botet 

Genre: Epouvante-Horreur

Sortie le: 26 septembre 2018

Distribué par: Next Film Distribution

BIEN

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