Critiques Cinéma

UN HÉROS TRÈS DISCRET (Critique)

SYNOPSIS: Dans l’époque trouble et confuse de l’hiver 1944-1945, à Paris, un homme qui n’a pas participé à la guerre va se faire passer pour un héros en s’inventant une vie admirable. A force de mensonge, il va construire par omissions et allusions un personnage hors du commun. 

Second Film de Jacques Audiard sorti en 1996 après Regarde les hommes tomber, Un héros très discret rassembla une nouvelle génération de comédiens français avec en premier plan Mathieu Kassovitz, déjà auréolé du succès de La Haine sorti en 1995, la jeune Sandrine Kiberlain, qui gagna cette année-là, le césar du meilleur espoir féminin pour En avoir (ou pas) de Laetitia Masson et Albert Dupontel qui réalisa pour sa part l’azimuté Bernie. Kassovitz avait déjà joué dans le premier film d’Audiard tout comme Jean-Louis Trintignant qui de premier rôle dans Regarde les hommes tomber tient ici un second rôle en l’occurrence le personnage principal vieilli. Cette histoire fascinante est tiré d’un roman éponyme de Jean-François Deniau.

Fascinante puisque la période traitée l’est. Nous sommes à la sortie de la seconde guerre mondiale dans une soi-disant période de joie et de liesse populaire. Les français fêtent leurs héros sauf Albert. Depuis tout petit, sa mère a entretenu chez lui l’image d’un père héros de la Première Guerre Mondiale. Ce mensonge va être le départ pour Albert d’une volonté de vivre par procuration. D’autant, qu’il n’a pas combattu en cours de la seconde guerre mondiale. Il s’est marié et a travaillé comme si de rien n’était. Audiard croit au destin tragique héréditaire. Alors que le père d’Albert est tout sauf un héros de guerre, le fils prend la même direction. Il n’y aura pas de repentance. Le metteur en scène choisit de faire de l’anti-sensationnel. On ne verra pas d’image de guerre, ni de décors extérieurs mais principalement des scènes d’appartement. Audiard se concentrera uniquement sur ses personnages ce qui donne un côté très documentaire au film. Ce souci de réalisme est amplifié par les interviews qui viennent parsemer le récit des anciennes personnes qui ont croisé Albert quarante ans plut tôt alors que ce personnage n’a jamais existé.

Le personnage d’Albert a ceci de captivant qu’il n’est pas à première vue le salaud espéré. C’est un petit gars qui écoute beaucoup, qui n’a rien de particulier, une personne ordinaire dira-t-on. C’est dans ce contraste que ce salaud ordinaire nous fascine. Car lui aussi a envie de participer à cette époque trouble où on recherche les collabos, où chacun peut se faire passer pour un résistant. Il va enfin pouvoir montrer son talent dans lequel il excelle et dans lequel il s’est réfugié depuis tout petit : s’inventer une vie. Kassovitz est parfait dans ce rôle de mythomane où il parait à la fois fragile et à la fois beau-parleur. En témoigne ses scènes avec Anouk Grinberg où on voit un petit garçon cherchant une protection puis des longs monologues où Albert raconte son passé de résistant à Londres. Cette dernière joue d’ailleurs extrêmement bien cette militaire un peu délurée qui n’est pas du tout dupe du jeu d’Albert.

On pense à ces histoires rocambolesques comme L’Adversaire de Nicole Garcia inspiré de l’histoire vraie de Jean-Claude Roman ou Arrête-Moi si tu Peux de Steven Spielberg car on sait dès le départ, avec ce genre d’histoire, qu’il est difficile de vivre éternellement dans le mensonge. En effet, une fois pris dans l’engrenage, il est difficile pour lui de revenir en arrière et c’est souvent par un événement indépendant de sa volonté qui forcera le mythomane à révéler sa véritable identité. Albert n’a pas vécu la seconde guerre mondiale et il ne connait pas ce rapport si particulier à la mort. Le destin le poussera à y être confronté et à définitivement arrêté ses activités. A la fois film qui traduit une époque et qui nous interroge sur la portée de nos actes, Un héros très discret qui remporta le prix du scénario à Cannes n’a en rien perdu la force de son message.

Titre Original: UN HÉROS TRÈS DISCRET

Réalisé par: Jacques Audiard

Casting: Mathieu Kassovitz, Sandrine Kiberlain, Albert Dupontel

Genre: Comédie dramatique

Sortie le: 15 mai 1996

Distribué par: AFMD

EXCELLENT

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