Critique Blu-Ray

UNE HISTOIRE SIMPLE (Critique)

SYNOPSIS: Serge et Marie forment un couple ordinaire. Déjà mère d’un adolescent, Marie décide d’avorter de l’enfant qu’elle attend de Serge et de quitter ce dernier. Elle finit par se rapprocher de George, son ex-mari alors que parallèlement à ces soucis, les amis de Marie ont également des ennuis similaires.

Entre 1970 et 1976, Claude Sautet a tourné quatre films avec Romy Schneider (Les Choses de la vie, Max et les Ferrailleurs, César et Rosalie et Mado). Dans Mado, la comédienne ne jouait qu’un personnage secondaire et elle souffrait de ne pas tourner davantage avec le metteur en scène qui l’avait si bien mise en valeur. Pour la rassurer le réalisateur lui avait promis un film dont elle aurait le premier rôle pour ses quarante ans et tenant à respecter sa promesse il retrouve son scénariste fétiche Jean-Loup Dabadie pour un projet dont la note d’intention est de « faire un film avec Romy pour Romy« *. Mais pour réussir ce pari et éviter que le film ne soit qu’un prétexte gratuit, le cinéaste et son scénariste entreprennent une longue enquête journalistique afin de s’imprégner de la cause féministe qui à l’époque n’en est qu’à ses balbutiements en terme d’avancées significatives. Si François Truffaut encourageait Claude Sautet à faire un Vincent, François, Paul et les autres du côté des femmes, le travail préparatoire de Sautet et Dabadie s’éloigne considérablement de cette ambition initiale. Bien que le récit aborde de front des thématiques sociétales lourdes (l’interruption volontaire de grossesse, le chômage des cadres, le suicide, les relations des femmes entre elles…), l’idée qui prévaut est que le film soit plus tonique et lumineux que ne l’était Mado (écrit avec Claude Néron, à la personnalité moins lumineuse que Dabadie).

La scène inaugurale du film est un modèle du genre en terme de caractérisation de personnage. On y découvre Marie (Romy Schneider) dans le bureau du médecin qui va procéder à son avortement. En quelques échanges, on apprend qu’elle a 40 ans, qu’elle a pris la décision d’avorter, qu’elle va quitter l’homme avec qui elle vit, qu’elle est divorcée et mère d’un enfant de seize ans. Une femme moderne qui prend son destin en mains et qui fait ses propres choix, qui ne reste pas dans une situation inconfortable pour de mauvaises raisons et qui choisit son avenir en se moquant des regards désapprobateurs. Une liberté qui s’exprime en voix off, par la lettre que Marie destine à Serge (Claude Brasseur) et dans laquelle elle traduit ses sentiments profonds avant de la lui remettre dans le brouhaha d’une brasserie pour éviter un face-à-face orageux qu’elle redoute. Dans Une Histoire Simple, Sautet parle de la femme au sens large, Marie est une femme parmi d’autres femmes, ses amies font partie de son environnement professionnel, elles s’ébrouent chacune avec leur problèmes auxquelles elles font face tant bien que mal, mais démontrent une capacité à s’entraider, à se soutenir et à s’aimer. La présence de chacune d’entre elles à l’écran ne se résume jamais uniquement à de l’anecdote, elles ont toutes un vrai personnage à défendre et représentent en fin de compte la façon d’être une femme en plein cœur de la France Giscardienne.

Ce constat est cristallisé dans une scène de groupe comme les affectionnent Sautet, où les cinq femmes (Romy Schneider, Arlette Bonnard, Sophie Daumier, Francine Bergé, Eva Darlan) se retrouvent dans la cuisine à la campagne chez Gabrielle et Jérôme et où, dans un modèle d’écriture et de mise en scène, elles dévoilent chacune un pan de leur personnalité qui les font exister encore un peu plus, conférant à cette séquence une virtuosité chorale tout autant qu’une résonance intime et universelle, permettant également à Claude Sautet de confirmer qu’il n’y a jamais rien d’anodin avec les personnages secondaires de ses films. Durant cette scène, Romy Schneider démontre un  peu plus à quel point elle est une immense actrice car elle est spectatrice du débat qui se joue mais ses regards et sa façon d’habiter l’espace en disent long.

Dans cette histoire de femmes, les hommes ne sont pourtant pas réduits à peau de chagrin. Comme toujours, Claude Sautet a su trouver les interprètes idoines pour dévoiler un large spectre de la gente masculine. Trois comédiens remarquables pour trois registres extrêmement différents sont le cœur battant masculin du film. Roger Pigaut (Jérôme), taiseux, suicidaire, le regard perdu, Serge (Claude Brasseur), le macho que Marie quitte et qui s’accroche à elle et Georges (Bruno Cremer), l’ex-mari, réaliste, leader syndical droit dans ses bottes, compréhensif et humain. Ils sont tous les trois le reflet de la veulerie masculine sans pour autant occulter le côté touchant et attendrissant  de personnalités complexes et jamais monolithiques.

La mise en scène de Claude Sautet est tout un art invisible. Parvenir à ce que des situations complexes au tournage ne se voient pas une fois le film terminé. Ici tout semble couler de source comme toujours, des scènes fétiches du réalisateur dans des brasseries enfumées et bruyantes d’où s’extrait la réalité de la vie aux séquences plus intimes, dont la simplicité apparente cache un travail pointilleux et exigeant. On retrouve aussi cette propension à filmer à travers les vitres comme par pudeur d’un observateur qui voudrait voir sans être vu. Avec ce film, Sautet, fidèle à lui-même alterne les scènes chorales et les destinées individuelles avec maestria et offre à Romy Schneider un rôle en or (qui lui vaudra le César de la Meilleure Actrice en 1979). Belle comme jamais, tantôt torturée, tantôt apaisée, elle livre une performance de haute volée, dévoilant une palette de jeu d’une richesse inouïe, où les regards et les intonations sont autant de nuances complexes exsudées par la comédienne. Elle ne joue plus, elle est. « Fallait-il tourner ce film? Je vois les raisons qui m’ont conduit à faire Une Histoire Simple mais je ne suis pas sûr que j’aurais dû le faire… »** s’interrogeait le cinéaste. On ne peut que lui donner tort car le film, bien que moins mis en avant que d’autres dans sa filmographie, est d’une subtilité et d’une intelligence rares. Une Histoire Simple s’avère être un brillant instantané de l’époque, reflétant les préoccupations de ses auteurs et leur regard naturaliste toujours si juste et délicat posé sur leurs contemporains.

* In Conversations avec Claude Sautet Édition définitive – Michel Boujut – Éditions Institut Lumière Actes Sud (2014)
** In Sautet par Sautet – N.T. Binh et Dominique Rabourdin – Éditions de La Martinière (2005).

Titre Original: UNE HISTOIRE SIMPLE

Réalisé par: Claude Sautet

Casting : Romy Schneider, Claude Brasseur, Bruno Cremer …

Genre: Drame

Sortie le: 22 novembre 1978

Sortie en Combo DVD/Blu-ray : le 13 juin 2018 chez Pathé

Distribué par: A.M.L.F

TOP NIVEAU

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s