Critiques

NORD ET SUD (2004) (Critique Mini-Série) Une fresque magnifique dotée d’un véritable souffle romanesque…

SYNOPSIS: Après une enfance passée dans la campagne du sud, Margaret Hale, fille de pasteur, s’installe dans le nord à Milton. Témoin des luttes entre ouvriers et patrons, sa conscience sociale s’éveille. John Thornton, propriétaire d’une filature, incarne tout ce qu’elle déteste. Malgré une hostilité affichée, le ténébreux tombe sous le charme de Margaret.

Non, il ne s’agit pas de la série américaine de 1985 avec feu Patrick Swayze retraçant la guerre de Sécession, mais bien de l’adaptation du roman britannique d’Elizabeth Gaskell. Dans les 4 épisodes de cette mini-série de la BBC datant de 2004, le nord et le sud sont l’opposition entre la ville fictionnelle de Milton (inspirée de Manchester) avec le sud de l’Angleterre à la fin du XIXème siècle. Margaret Hale, fille d’un homme d’église, est une jeune femme du Hampshire qui vient s’installer avec sa famille dans le nord (à Milton donc) au début de la série. Elle y rencontre notamment John Thornton, le patron de l’usine de coton de la ville. La série dépeint leur affrontement et l’adaptation de l’héroïne à cette nouvelle vie, faisant face à l’extrême pauvreté de son quartier. Nous sommes en pleine révolution industrielle à la fin du XIXe siècle en Grande-Bretagne, et ce changement vient provoquer de nombreux questionnements, que ce soit à propos de l’économie, de la gestion des entreprises et des usines, de la façon dont on travaille, mais également des questionnements d’ordre spirituel et religieux puisque le clergé fait face à une crise sans précédent à ce moment-là. Tout cela est retranscrit dans la série, à travers différents personnages. De plus, on peut trouver de nombreux échos avec notre société capitaliste d’aujourd’hui, le premier exemple venant en tête étant le recours à une main d’œuvre moins chère venant d’un autre pays. L’aspect social est par conséquent primordial dans cette histoire et vient bousculer ses personnages : ainsi, Margaret Hale passera par de nombreuses épreuves difficiles avant de peut-être enfin trouver une certaine sérénité.

On a rarement vu plus belle mise en scène à la télévision, avec des mouvements de caméra, un grand soin apporté à la reconstitution, tant au niveau des décors que des costumes, et cette photographie grisâtre qui dépeint la vie difficile d’une ville industrielle. Et puis, cette scène avec cette pluie de coton dans une usine textile, moment esthétique qui semble suspendre le temps. Pourtant, la BBC ne croyait pas tellement en la série (peu de publicités et de critiques) et fut surprise de son énorme succès outre-Manche (le nombre d’internautes faisant même crasher le site de la chaîne après la diffusion du premier épisode). L’un des grands points forts de cette œuvre est également son écriture. En effet, on nous montre des personnages plus profonds qu’ils ne paraissent au premier abord. Ainsi son héroïne, Margaret Hale, n’est pas seulement une femme altruiste, têtue et rebelle, mais aussi quelqu’un qui a des préjugés sur le monde des affaires. Tout comme John Thornton, incarnation du patron d’usine, détestable dans un premier temps car froid, dur et rigoureux, mais qui se révèle un homme d’honneur et de très (trop ?) grande droiture.

Tous les acteurs incarnent à merveille leur partition, que ce soit l’incroyable et terrifiante Sinéad Cusack en mère de Thornton ou les autres seconds rôles (dont certains deviendront célèbres) : Brendan Coyle qui incarnera Mr Bates dans Downton Abbey, Lesley Manville que l’on verra ensuite au cinéma dans Another Year et cette année dans Phantom Thread (pour lequel elle a été nommée aux Oscars), Anna Maxwell Martin, Tim Pigott-Smith (malheureusement décédé l’année dernière)… Parlons enfin, des deux acteurs principaux. Daniela Denby-Ashe et Richard Armitage, dont l’alchimie est évidente, incarnent avec beaucoup de passion leurs personnages, et nous embarquent dans cette histoire. C’est d’ailleurs le rôle qui a révélé Richard Armitage, qui apparaîtra par la suite en antagoniste torturé à la télévision dans Robin Hood puis en espion dans la série Spooks avant de devenir Thorin au cinéma et d’aider un certain Bilbo chez Peter Jackson. On peut regretter que son exceptionnelle partenaire n’ait connu la même carrière.

Enfin, les nombreuses similitudes de Nord et Sud avec le célèbre roman Orgueil & Préjugés de Jane Austen (une femme et un homme se détestent lorsqu’ils se rencontrent) sont contrebalancées par le cadre et le contexte d’une époque et d’une zone géographique différentes. Ici, point de dialogues affutés et ironiques, mais une vraie noirceur dans la peinture de cette ville et de ce qu’endurent les personnages qui est renforcée par une humanité bouleversante (on se rapproche ainsi plus de Charles Dickens à certains moments). L’histoire d’amour est le pivot central de cet affrontement éthique et social que se livre les deux protagonistes, doublé d’une fascination l’un pour l’autre qui nous tient en haleine durant les 4 épisodes.  Peu de défauts à relever tant cette mini-série est une réussite. Peut-être que si l’on cherche bien on peut regretter le personnage un peu sacrifié de la mère de Margaret Hale, le côté mélodramatique, et la fin un peu trop moderne pour l’époque décrite, mais à quoi bon ? Une série historique captivante qui parle aussi bien de cette période charnière en faisant écho à aujourd’hui, et qui en plus est une très belle histoire d’amour, c’est suffisamment rare pour être souligné. Une fresque magnifique dotée d’un véritable souffle romanesque à (re)découvrir absolument !

Crédits: Koba Films

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