Critiques Cinéma

DOGMAN (Critique)

SYNOPSIS: Dans une banlieue déshéritée, Marcello, toiletteur pour chiens discret et apprécié de tous, voit revenir de prison son ami Simoncino, un ancien boxeur accro à la cocaïne qui, très vite, rackette et brutalise le quartier. D’abord confiant, Marcello se laisse entraîner malgré lui dans une spirale criminelle. Il fait alors l’apprentissage de la trahison et de l’abandon, avant d’imaginer une vengeance féroce…

On avait laissé le réalisateur italien Matteo Garrone en 2015 avec le baroque et fantaisiste Conte des Contes, un film réussi – pourtant mésestimé et boudé par l’ensemble du jury du festival de Cannes où il figurait en compétition officielle – au casting « international « (Vincent Cassel, Toby Jones, Salma Hayek, John C. Reilly…). De retour sur la croisette en 2018 pour y présenter l’intriguant Dogman, le cinéaste espérait cette fois décrocher la précieuse Palme d’Or, après avoir déjà acquis 2 Grands Prix du jury en 2008 (pour Gomorra) et 2012 (pour Reality). Ce ne fut pas le cas, mais, lot de consolation non négligeable, Marcello Fonte, comédien principal du film et véritable révélation du festival, est reparti avec le Prix d’interprétation masculine (amplement mérité!) en poche. Retour sur ce projet viscéral, violent et pourtant pétri d’une grande humanité !

Vaguement inspiré d’un fait divers sordide qui s’est déroulé en 1988 dans une banlieue déshéritée de Rome et qui avait franchement secoué l’Italie à l’époque, Dogman met en scène un discret et aimable toiletteur pour chiens (Marcello Fonte donc) qui a torturé puis tué son ami Simoncino, un ex-boxeur cocaïnomane devenu chef de gang après sa sortie de prison et qui passait son temps à trahir, humilier et brutaliser son entourage. L’ouverture est improbable mais percutante et diablement immersive : un American Staffordshire Terrier, cadré en gros plan, aboie fort, durant de longues secondes, au visage des spectateurs. La deuxième image révèle alors le personnage de Marcello, un toiletteur solitaire de petite taille et maigre qui, debout, à proximité de cet impressionnant molosse, s’apprête à laver l’animal sans sourciller. C’est alors qu’il s’exécute avec une implication totale, manifestant des gestes méticuleux et un calme olympien. La séquence, dotée d’une tendresse incroyable derrière son apparente furie, est tout à fait remarquable, à la fois viscérale et accrocheuse. Comment un homme aussi chétif peut-il parvenir à dompter un chien à la carrure si imposante ? L’amour réciproque entre l’homme et son meilleur ami tout simplement !

La suite, assez imprévisible, rend honneur à cette belle entrée en matière : une succession de scènes saisissantes et toutes plus folles les unes que les autres pour former un tout sec et sans retenue, pourtant chagriné et fort émouvant. C’est tout un programme que nous offre ainsi Matteo Garrone avec son Dogman, sorte de revenge movie féroce et parcouru de morceaux vraiment inoubliables : des séquences canines poignantes et burlesques (dont une réanimation insolite), un passage éclair mais magistralement orchestré en discothèque (la photographie de Nicolai Brüel est d’ailleurs sublime, notamment lors de toutes les séquences nocturnes), un déferlement clastique contre une machine à sous dans une salle de jeux, un règlement de compte sauvage entre truands, des scènes de plongée sous-marine imprégnées d’une immense sérénité comme pour contrebalancer avec le danger présent à la surface, une torture effroyable dans le cabinet du toiletteur. Et ainsi de suite. Avec ses considérations mythologiques et ses métaphores animales (l’homme dominé par ses pulsions instinctives renvoyant au Minotaure, le combat du canin-friendly contre le pitbull enragé perçu comme relecture moderne du récit de lutte opposant David versus Goliath), son mélange de ton recommandable, oscillation toujours sur le fil entre noirceur et optimisme, sa tension permanente, ses personnages mémorables (le gringalet rusé et le bourreau à l’allure de gladiateur grec … mais pas que), ses motifs forts (le renversement des valeurs et la perte d’innocence, le regard des autres au sein d’un microcosme sociétal, les bons choix à entreprendre, le lien unissant Marcello et Simoncino sous forme de syndrome de Stockholm), son discours ambigu mais constructif sur les rapports de force (que faire quand un géant terrorise tout le monde autour de lui?) et son final sidérant, Dogman marque indéniablement le coup avec un doublé signifiant.

D’une part, il offre l’occasion à Matteo Garrone, metteur en scène fortement symbolique et captant à la perfection la laideur et le désespoir des hommes, d’établir un commentaire parlant, approprié et jamais surplombant sur son pays, cadenassé sur le plan économique et gangrené par une violence dominante dans certains coins décrépis, s’inscrivant alors dans la parfaite continuité de Gomorra et Reality pour bâtir une œuvre d’une cohérence appréciable et où l’espace du jugement est laissé à l’audience. D’autre part, le long-métrage permet de lever sur le voile sur le fabuleux Marcello Fonte, qualifié à juste titre par son directeur de « Buster Keaton des temps modernes ». Le comédien calabrais de 39 ans au visage antique, au corps frêle et à la douceur attrayante, aperçu auparavant dans des rôles mineurs à la télé comme au cinéma (une figuration dans le Gangs of New York de Martin Scorsese par exemple), crève ici l’écran dans la peau du toiletteur pour chiens apprécié de tous qui vivote de petit trafic en petit trafic pour améliorer ses fins de mois. Faisant preuve d’un talent ahurissant en jouant de manière indescriptible sur une palette étendue allant de la candeur à la rage, Marcello Fonte, quasiment de tous les plans, tient en haleine et propulse Dogman vers des cimes inattendues. Il faut vraiment le voir pour le croire ! À ses côtés, Edoardo Pesce ne démérite pas et joue le rôle de Simoncino, montagne de muscles accro à la poudre blanche et authentique brute épaisse et menaçante, avec une conviction frappante et un charisme presque naturel. Dogman, nouveau Matteo Garrone projeté en fin de festival, est un film sanglant et puissant, formellement accompli, et indispensable à voir en salles. Ne serait-ce que pour Marcello Fonte, acteur « survivant  » (à l’instar de son personnage) aujourd’hui sorti de l’anonymat grâce à Garrone et absolument parfait en anti-héros dont la paisible existence sera remise en question à l’arrivée d’un musclor butor.

Titre Original: DOGMAN

Réalisé par: Matteo Garrone

Casting :  Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Alida Baldari Calabria …

Genre: Policier, Drame

Sortie le: 11 Juillet 2018

Distribué par: Le Pacte

3,5 STARS TRES BIENTRÈS BIEN

 

 

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