J'ai quelque chose à vous dire...

J’ai quelque chose à vous dire… Brian De Palma

Cher Brian De Palma,

Je prends ma plume (ou plutôt mon clavier) aujourd’hui, car ce rendez-vous à la Cinémathèque du samedi 2 juin 2018 restera à jamais gravé dans ma mémoire de cinéphile. Vous ne pouvez pas savoir l’effet que cela fait lorsque l’on a été biberonné à votre cinéma, d’avoir l’occasion d’être dans la même salle que vous, vous qui avez révolutionné (et oui pour une fois le terme n’est pas galvaudé) la façon de raconter une histoire, qui avez tenté, expérimenté, cherché pour que vos Obsessions deviennent les nôtres, que vos Pulsions nous bousculent, que votre Furie nous emporte… Impressionnante cette projection d’Outrages suivie d’une Masterclass surréaliste où entre quelques saillies bien senties, quelques réponses lapidaires, quelques sourires distillés, nous avons aperçu quelques larmes inattendues perler au coin de vos yeux en évoquant la musique d’Ennio Moriconne qui accompagnait ce film si spécial à vos yeux. Casualties of War, l’un des films mal perçu à sa sortie par le public ou pire encore passé inaperçu alors que vous sortiez du triomphe intersidéral des Incorruptibles. Quelle claque de redécouvrir cet immense film sur grand écran 29 ans après l’avoir découvert en salles et avoir le même ressenti qu’à l’époque: Terrible histoire pour un film extraordinaire sur la guerre du Vietnam avec un Michael J. Fox transpercé d’humanité et un Sean Penn glaçant à souhait. Avec ce film, vous touchiez à l’émotion brute par l’horreur!

Au delà de cette après-midi exceptionnelle c’est une rétrospective intégrale de votre œuvre que La Cinémathèque organise concomitamment à la sortie de votre premier roman Les Serpents sont-ils nécessaires ? coécrit avec votre compagne Susan Lehman et à la sortie en vidéo du documentaire que vous ont consacré les réalisateurs Jake Paltrow et Noah Baumbach. En redécouvrant pour la seconde fois ce film où à la faveur d’une conversation vous livrez des anecdotes incroyables sur votre carrière phénoménale, je me suis régalé. C’est un film qui non seulement fait redécouvrir votre cinéma sous un prisme passionné, mais qui en plus donne envie d’enchainer en revisionnant toute votre filmographie. On a tous du Brian De Palma en nous, dans nos existences de cinéphile, même vos plus farouches détracteurs vous l’accorderont. Certains préfèrent votre période seventies ou entre Carrie, Pulsions et Obsessions vous revisitiez l’horreur à votre façon. D’autres ont une inclinaison pour votre période eighties, quand de Blow Out à Body Double en passant par Scarface vous refaisiez à votre sauce rouge sang des thrillers noyés d’hémoglobine. Pour certains c’est votre position d’équilibriste entre les années 80 et 90 qui rallient leurs suffrages, quand des Incorruptibles à L’Impasse en passant par Mission : Impossible ou Snake Eyes vous posiez encore un peu plus votre empreinte majestueuse aux côtés des pas de vos amis, Coppola, Spielberg ou Scorsese avec des films exigeants et populaires dont certains furent d’énormes triomphes quand d’autres ne connurent qu’un succès d’estime, réévalués par la suite à l’aune de votre statut d’incroyable visionnaire et de formaliste génial.

J’ai pour ma part cher Brian De Palma, plus que de l’affection, de la passion oserais-je pour Les Incorruptibles et L’Impasse, deux films qui sont pour moi les archétypes de votre cinéma, deux films à mes yeux, parfaits en tous points qui réconcilient l’exigence cinéphilique et le cinéma populaire. Si vous paraissez parfois distant, ombrageux dirons certains, à fleur de peau et peu disert dirons d’autres, il faut voir et revoir ce documentaire, relire le livre d’entretiens que vous avez accordé à Laurent Vachaud et Samuel Blumenfeld (Editions Carlotta), repenser à vos formules hilarantes en Masterclass pour se convaincre que vous êtes un homme d’action, dans le sens où c’est votre travail qui parle le mieux, que tout le jeu de la promotion imposé par l’industrie n’est qu’un passage obligé où vous donnez ce que vous voulez bien donner. Mais si l’on regarde vos films, la manière dont vous en parlez dans des entreprises artistiques et non médiatiques, on découvrira l’homme sous la peau de serpent, un peu incorruptible comme Eliott Ness, un peu gangster rangé façon Carlito Brigante, l’homme qui depuis des années a construit une œuvre éclatante et éclairante sur le mal. Un réalisateur dont on aime le travail et à qui l’on voue une sincère et profonde admiration. Vous remercier pour les frissons que vous nous donnez encore et encore depuis toutes ces années était bien la moindre des choses. N’y voyez aucun outrage, seulement l’expression de mon infinie considération.

Votre dévoué Fred Teper.

Rétrospective Brian De Palma du 31 mai au 4 juillet 2018 à la Cinémathèque française.

Les Serpents sont-ils nécessaires ? » de Brian De Palma et Susan Lehman (Rivages Noir).

De Palma, documentaire de Noah Baumbach et Jake Paltrow (sortie le 6 juin 2018 en Blu-ray/DVD chez Carlotta).

 

 

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