Critiques Cinéma

UNE AFFAIRE DE FAMILLE (Critique)

SYNOPSIS: Au retour d’une nouvelle expédition de vol à l’étalage, Osamu et son fils recueillent dans la rue une petite fille qui semble livrée à elle-même. D’abord réticente à l’idée d’abriter l’enfant pour la nuit, la femme d’Osamu accepte de s’occuper d’elle lorsqu‘elle comprend que ses parents la maltraitent. En dépit de leur pauvreté, survivant de petites rapines qui complètent leurs maigres salaires, les membres de cette famille semblent vivre heureux – jusqu’à ce qu’un incident révèle brutalement leurs plus terribles secrets…

Le très actif cinéaste japonais Hirokazu Kore-Eda tourne depuis les années 2010 quasi un film par an. C’est d’ailleurs le second film du metteur en scène à sortir sur nos écrans cette année après le poignant The Third Murder sorti en avril. Lorsqu’on jette un regard sur la filmographie de Kore-Eda, il est clair que le thème de la famille revient systématiquement. C’est d’ailleurs avec le film Tel Père tel Fils qu’il remporta le prix du jury au Festival de Cannes en 2013 année où Steven Spielberg fut le président et qui a dû être touché par cette histoire où deux couples apprennent que leurs enfants ont été intervertis à la naissance. Récompensé par la Palme d’or par le jury de Cate Blanchett cette année, Une Affaire de Famille ne déroge pas aux thèmes de prédilection du cinéaste. On pourra lui reprocher de ne pas faire évoluer ses thématiques mais elles sont à chaque fois traitées de manière si intelligente et si fine qu’on ne peut que se réjouir du travail du metteur en scène. On pense également au probable embarras des institutions japonaises de féliciter le réalisateur pour cette Palme au regard de la description de ce Japon moderne très divisé et très individualiste.  Le message engagé adressé par Kore-Eda lors de la remise de la palme allait parfaitement dans ce sens mais le tout saupoudré d’une note d’espoir : le cinéma est et doit être un élément rassembleur.

L’histoire nous parle d’un tabou japonais, en l’occurrence le vol à l’étalage qui est considéré comme une absurdité au pays du soleil levant. C’est pour compléter leurs fins de mois difficile que le père Osamu et son fils Shota sont obligés d’y avoir recours. C’est d’ailleurs au retour d’un de leurs larcins qu’ils recueillent la petite Juri visiblement abandonnée par ses parents. Mais ce qui surprend dès la première demi-heure du film est la volonté du cinéaste à ne pas jouer sur le misérabilisme des personnages. Le recours à l’humour est un des éléments qui viennent dédramatiser cet état de fait dont le père est le plus fidèle représentant. A la suite de son exposition, le cinéaste installe brillamment une ambiance dont il a le secret. Filmé dans un décor intimiste en l’occurrence la maison des Shibata qui paraît couper du monde, le metteur en scène utilise parfaitement son savoir faire technique (superbe utilisation du cadre et de la lumière) pour nous transporter d’émotions et nous faire découvrir cette famille pas comme les autres. On retiendra particulièrement la scène du feu d’artifice où la famille s’unit définitivement. L’utilisation d’une musique très simple et très sporadique rajoute à certaines scènes  un surplus d’émotions. La force du film est aussi de ne pas laisser un membre de cette famille sur le bord de la route. En effet, chacun y a un rôle bien distinct et intéressant pour la structure narrative du récit.

Grâce à tous ces éléments, le spectateur peut travailler sa réflexion pour y apporter ses propres réponses. Le cinéaste nous interroge explicitement à travers les dialogues de ces personnages sans toutefois y apporter de réponses. Est-ce le fait d’accoucher qui fait devenir mère ? Est-on plus heureux dans une famille de substitution que dans sa famille de naissance ? Peut-on créer des liens familiaux et fraternels dans une famille recomposée ? Du fait que Kore-Eda ait pris le parti de choisir des personnages anti-manichéens, il est très difficile de répondre frontalement à ces questions et c’est ce qui en fait toute sa beauté. Le personnage de Nobuyo est en soi le plus intéressant pour mener au bout cette réflexion. Dans une dernière partie qui vient rompre avec le ton du film pour revenir à des choses beaucoup plus terre à terre et donc beaucoup moins poétiques, on voit apparaitre ce monde déshumanisé avec une administration froide et sans cœur. Et, c’est dans une dernière scène qui émotionnellement reste la plus forte du film que Kore-Eda nous indique de réagir devant ces injustices.

Titre Original: MANBIKI KAZOKU

Réalisé par: Hirokazu Kore-eda

Casting : Lily Franky, Sakura Andô, Mayu Matsuoka …

Genre: Drame

Date de sortie: Prochainement

Distribué par: Le Pacte

CHEF-D’ŒUVRE

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s