Critiques

FIERTÉS (Critique Mini-Série) Les bouleversements d’une époque branchés sur les pulsations du cœur

SYNOPSIS: Avec sobriété et justesse, Philippe Faucon (Fatima) retrace le combat pour les droits des minorités sexuelles en France à travers le récit intime de trois générations et trois destins d’hommes. Série chorale et ambitieuse, Fiertés est à la fois une chronologie de la tolérance, une saga familiale et un récit profondément intime, porté par un casting de haute volée.

Embrasser l’histoire sociale et politique de son pays à travers un récit familial, intimiste et à la fois universel, l’ambition de Fiertés était assez folle. Y parvenir sur trois épisodes de 52 minutes ressemblait pour le coup à un pari impossible, tant le sujet était large, difficile et effervescent. En se lançant dans l’aventure, le réalisateur Philippe Faucon, qui dit s’être déclaré intéressé sur la base d’un traitement d’une vingtaine de pages mais qui n’était partant que si il participait à l’écriture, a rendu ce projet non seulement possible mais il y a apposé sa patte et son regard, y ajoutant la subtilité nécessaire à une grande réussite. Avant toute chose il convient de saluer en effet l’écriture de cette mini-série qui scinde ses épisodes comme des chapitres ancrés dans l’histoire de France: De 1981 et l’élection de François Mitterand permettant enfin dans la foulée la dépénalisation de l’homosexualité à 1999 et le passage de la loi sur le Pacs pour se conclure en 2013 au moment de l’adoption de la loi sur le mariage pour tous. Trois dates essentielles des revendications des droits LGBT, trois pierres apposées sur la vie quotidienne de tous les français, chacun étant touché de manière directe ou indirecte par ces avancées sociétales qui suscitèrent le débat avant d’être entérinées définitivement au grand désespoir de ceux pour qui l’intolérance, le mépris et l’ignorance sont les moteurs. En mêlant la grande histoire au récit intimiste, Philippe Faucon, José Caltagirone et Niels Rahou ont écrit et fait vivre un morceau palpable d’humanité qui traverse l’écran et les cœurs. Avec pudeur, sans fracas mais avec une délicatesse et une force qui les honorent, ils nous font traverser la vie de Victor, son histoire d’amour avec Serge, les combats qu’il a fallu mener pour bénéficier de droits fondamentaux, parvenant à entrelacer les sentiments, les émotions et les convictions, et nous attachant profondément à ces destins uniques et universels dont la force réside dans l’identification qu’ils provoquent.

Si Fiertés semble parfaitement équilibré au niveau des choix dramaturgiques qui innervent son récit et si, de l’aveu des créateurs le format en trois épisodes n’a pas donné lieu à des coupes spécifiques, le téléspectateur pourra malgré tout  ressentir la frustration de séquences que l’on aurait souhaitées plus longues ou en tout cas prenant fin de manière moins abrupte, tant on est bien avec ces personnages-là, avec ces gens-là, qui vivent sous nos yeux, terriblement humains. Avant pourtant de comprendre que la puissance d’évocation de ces ellipses donne à la série sa respiration et fait du téléspectateur un complice actif de ce qui se déroule sous ses yeux et de ce qu’il peut imaginer qui s’est passé dans ce qui n’est que subtilement suggéré. Fiertés ne dresse pas le portrait d’une génération mais d’un homme et de sa famille qui traversent l’existence en étant totalement de leur époque et qui répercutent et irradient l’émotion.

Comme avec 120 Battements par minute de Robin Campillo, Fiertés, par une autre approche, ni didactique, ni pontifiante nous transporte par l’émotion diffuse qu’elle véhicule, l’empathie que l’on ressent pour ces personnages, pour leurs appréhensions et leurs interrogations, leurs peur de l’avenir et leur envie de vivre et de s’aimer librement. La série n’en est pas pour autant pesante et même lorsque le sida est évoqué, il n’apparait pas comme un spectre menaçant, mais comme un fait qu’il faut accepter et combattre. Fiertés explose de vie et d’énergie, imprime ses couleurs au réel pour développer un instantané d’existence, un chemin pavé d’obstacles que l’on trace bon gré, mal gré pour atteindre l’amour et la sérénité.

Au cœur de ce récit vibrant, Samuel Theis et Stanislas Nordey forment un couple évident touchant, vivant. Ils sont tous les deux remarquables que ce soit dans la gestion des problématiques sociétales que dans la démonstration de la force des sentiments qui les unissent. Autour d’eux, Frédéric Pierrot, dans le rôle du père de Victor est formidable de bout en bout passant par tous les registres émotionnels, du rejet à l’acceptation en passant par la compréhension, tout ceci se trouvant cristallisé dans l’appréhension pour la vie de son enfant. Sa relation avec son fils puis avec son petit-fils est magnifique et lui est plus que touchant, débordant d’une humanité complexe. Évitant les clichés (le jeune Victor (LA révélation Benjamin Voisin) n’est pas rejeté par un père réactionnaire mais par un homme avec des idéaux de gauche), la série est pétrie d’intelligence. Magnifiquement dirigée par Faucon qui semble avoir le réalisme comme valeur cardinale, les comédiens livrent des prestations de haut vol d’autant que s’ajoutent à ceux déjà cités rien moins que Chiara Mastroianni, Jérémie Elkaïm, Lou Roy-Lecollinet, Emmanuelle Bercot, Julien Lopez, Sophie Quinton, Sami Outalbali… On regarde éberlués cette vie défiler et se dire qu’elle a pu être la nôtre ou celle de nos proches et on constate que Fiertés est tout autant un témoignage essentiel sur les bouleversements d’une époque qu’un récit branché sur les pulsations du cœur.

Crédits: Arte

 

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