ENTRETIENS

Le Conteur Cathodique (Entretien avec Benoît Lagane) « Opter pour le conte me permettait de jouer avec les codes du seul en scène, du stand up à la fausse conférence en passant par le récit intime… »

Benoît Lagane, journaliste à France Inter (Le nouveau rendez-vous) présente depuis l’année dernière un spectacle sous forme de conte exclusivement consacré aux séries télé: Le Conteur Cathodique – La vie en « séries » de L’Homme qui avait les yeux carrés. A la fois poétique et interactif et traversé d’une humanité et d’une sensibilité telles qu’il ne peut que toucher le public, Benoît Lagane propose un spectacle vivant et vibrant dans lequel l’identification fonctionne à plein. En imposant sa singularité et sa vérité, il réussit à faire entendre sa petite musique et à nous émouvoir. A l’occasion de son passage à Paris au Lavoir Moderne Parisien les 12 et 26 avril, nous avons voulu en savoir plus sur la genèse de ce spectacle et sur L’homme qui avait les yeux carrés. Entretien.

Comment est née l’idée de ce spectacle et la décision de se lancer sur scène a t-elle été difficile à prendre?

Tout a commencé par une proposition sympathique du conteur Yannick Jaulin qui m’invitait à faire une conférence avec des sons extraits de séries pour le jardin des histoires de Pougne-Hérisson. Ce village situé près de Parthenay s’est auto-proclamé « nombril du monde », le lieu d’où viennent toutes les histoires. De cette conférence un poil excentrique est né le spectacle, qui très tôt s’est imposé comme un moyen évident de parler de ma passion pour les séries née, comme pour beaucoup d’entre nous, durant l’enfance. Donc pour répondre à la deuxième question, est-ce que ça été difficile de se lancer sur scène, pas vraiment puisque tout ça s’est fait un peu par hasard.

Le format du conte s’est imposé immédiatement?

La proposition du conteur Yannick Jaulin dont j’aime beaucoup l’univers m’a poussé naturellement vers le conte. Mais au-delà de cette toute première expérience chez Jaulin, je suis un grand fan des spectacles de conte : Nicolas Bonneau et ses récits documentaires, Marien Tillet et ses histoires aux frontières du réel et des mythes et bien évidemment Fred Pellerin dont le petit monde, son village de Saint-Elie-De-Caxton au Québec a tout d’un monde de série (je me suis souvent dit que son village avait quelque chose de Stars Hollow de Gilmore Girls). Et puis opter pour le conte cela me permettait de jouer avec les codes du seul en scène, du stand up à la fausse conférence en passant par le récit intime. Enfin faire rencontrer le conte et les séries était assez logique, les héros de séries sont comme les héros des contes, des personnages qui nous ressemblent entrainés dans des aventures extraordinaires ou des héros extraordinaires confrontés à des questions très quotidiennes. Et puis finalement, ma grand-mère (mais aussi ma mère ou ma grand tante) qui me racontaient des histoires à suivre avant de m’endormir, n’étaient-elles pas des showrunneuses en puissance ?

Par rapport au spectacle présenté en 2017 à Séries Mania quelles sont les évolutions et différences?

Ça a beaucoup changé même si l’état d’esprit et la structure basée sur de l’impro est la même ! L’excellent conteur Marien Tilliet m’a apporté son regard et sa mise en scène, il m’a poussé a explorer tel ou tel point. Et si aujourd’hui, il reste des éléments de conférence – j’y tiens car cela me permet de donner quelques informations qui peuvent surprendre – et des moments de dialogues avec le public, il y a surtout beaucoup plus d’histoire qu’auparavant. Ça ressemble plus à un épisode de série avec une arche narrative développée, bref du fond mais aussi de la forme.

Conçois-tu ton rôle de journaliste et celui du spectacle comme étant celui d’un passeur ?

Oui complétement, mais la force du spectacle par rapport à mon travail journalistique, c’est que la scène me permet de me livrer plus personnellement. Même si le critique ne peut jamais – en particulier sur les séries – se couper complétement de son rapport intime à l’œuvre, il est obligatoire aussi d’observer une œuvre en se mettant à la place du simple téléspectateur et donc prendre du recul.

Quelles sont les séries qui t’ont marquées et qui étaient incontournables pour le spectacle?

Des séries des années 70, 80, car elles ont été mes premières entrées en sériephilie et puis surtout parce qu’elles sont un vrai dénominateur commun, plus les séries sont actuelles, plus elles segmentent donc même si je peux évoquer des séries d’aujourd’hui j’ai un malin plaisir à évoquer La Petite Maison dans la Prairie, Magnum, MacGyver, Dallas, Le Caméléon ou la 4ème dimension, si possible des séries entrées dans la mémoire commune. Exemple : même si on n’a jamais vu MacGyver, on sait ce que ça veut dire « faire son macgyver ».

Quelles séries aimes-tu aujourd’hui et ressemblent t-elles dans l’esprit aux valeurs de celles auxquelles tu étais attaché enfant?

J’aime beaucoup des séries comme This is us parce qu’elles épousent et jouent avec le temps qui passe, c’est ça la grande force de la série par rapport aux autres créations fictionnelles et quand je regarde cette série je retrouve le plaisir – en mode adulte – de séries familiales que je regardais enfant. J’adore Nashville pour sa façon de jouer avec « la culture populaire », une sorte de Dallas dans l’univers de la Country Music, mais j’aime aussi beaucoup Rise qui vient de débuter sur NBC, j’ai l’impression de voir un Fame qui aurait rencontré Angela, 15 ans !

Y’a t-il des thématiques ou des séries que tu aurais voulu évoquer et auxquelles tu as dû renoncer pour cause de durée du spectacle ?

Oui, bien-sûr mais comme on me l’a conseillé lors de ma résidence artistique (au théâtre du Chevalet à Noyon en Picardie) il faut que j’en garde pour un prochain spectacle. La dimension politique par exemple que j’aimerai beaucoup travailler et approfondir, car oui les séries ont aussi participé à mon éducation citoyenne.

Quelles séries conseillerais-tu de redécouvrir aujourd’hui parmi celles qui t’ont marquées?

La petite maison dans la prairie est assez intéressante à revoir justement pour sa dimension politique engagée – et moins cul bénie qu’il n’y parait – et puis parce que passer trop inaperçu, tout admirateur de l’œuvre de David Simon (The Wire) ou de Tom Fontana (OZ) devrait voir Homicide une série produite par Barry Levinson, créée par Paul Atanasio et écrite par Tom Fontana (et David Simon) d’après le livre de Simon Homicide, a year on the Killing streets. Cette série à mi-chemin entre Hill Street Blues et The Wire est un pur chef-d’œuvre.

Quels ont été les retours du public et des professionnels?

Plutôt positifs, je sens un vif intérêt à ma proposition scénique et un vrai partage avec le public.

Quelle va être l’avenir du spectacle Le Conteur Cathodique?

Aujourd’hui, je présente le Conteur Cathodique pour quelques dates à Paris pour faire connaître mon travail aux parisiens et aux professionnels de passage à Paris pour que le spectacle puisse tourner le plus longtemps possible. J’espère que mon spectacle rencontrera un public large car comme dans une grande série, c’est le bouche-à-oreille qui permet de durer longtemps.

Réfléchis-tu déjà à un autre spectacle autour des séries?

J’ai mes idées, mais pour l’instant, l’important est de tourner le plus régulièrement possible ce premier épisode. A chaque représentation, j’aime échanger et dialoguer avec le public, ces échanges viendront alimenter, un jour ou l’autre, une nouvelle histoire.

Pour finir si tu étais une série tu serais?

Northern Exposure (Bienvenue en Alaska) ou Gilmore Girls pour pouvoir partager la vie de ses petites communautés humaines très sympathiques

Si tu étais Un acteur ou un actrice de série tu serais?

Kyle Chandler alias Coach Taylor dans Friday Night Lights et Gary Hobson pour pouvoir lire le journal du lendemain.

Si tu étais Un héros ou une héroïne de série tu serais?

John Carter dans Urgences pour apprendre le métier auprès du Dr Greene

Si tu étais Un showrunner/producteur ou un scénariste tu serais?

Marshall Herskovitz & Edward Zwick (Angela, 15 ans – Once & Again – Nashville Saison 5 & 6) parce que ce sont les auteurs dont je me sens le plus proche

Si tu étais Un épisode de série tu serais?

Le final de The Leftovers pour terminer ma vie brillamment.

Propos recueillis par Fred Teper

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