Critiques

BAD BANKS (Critique Saison 1 Episodes 1×01 – 1×03) Une plongée passionnante dans l’univers de ceux qui font et défont les milliards.

bad banks affiche cliff and co

SYNOPSIS: Engagée par une grande banque allemande de Francfort, Jana se retrouve prise dans les rouages d’une machination politico-financière. 

Bienvenue dans le monde de la haute finance européenne, où les dollars, les euros et les yens virevoltent comme des jetons sur le tapis vert d’une salle de casino. On ne comprend pas toujours exactement ce qu’ils font, ces traders aux belles voitures et comptes en banque rebondis, mais rassurez-vous, la série n’a pas vraiment l’intention de vous expliquer leur boulot en détails; ils le disent eux-même d’ailleurs, personne ne sait vraiment ce qui se passe dans les centres boursiers du monde, à part un tout petit groupe d’experts mathématiciens. Qu’à cela ne tienne, Bad Banks est davantage intéressée par la psychologie de ceux qui travaillent dans ce milieu, la pression constante pour faire plus, toujours plus et les luttes de pouvoir secouant régulièrement les grandes compagnies, que par la précision du mécanisme qui maintient la planète en équilibre instable sur le fil de l’économie mondiale. C’est à Letterbox FilmProduktion, une boîte allemande, que l’on doit ce petit bijou de série, écrite à huit mains par Oliver Keinle, Jana Burbach, Jan Galli d’après une idée de Lisa Blumenberg, et réalisé par un Christian Schwochow, qui soit dit en passant, manipule la tension comme tous les grands maîtres du thriller, et ce, sans jamais user de violence. Pas de flingues, pas d’explosions, pas d’hémoglobine au sein des grosses sociétés de gestion financière, mais la certitude implacable que chaque action peut avoir des conséquences désastreuses, sur la vie de nos personnages bien sûr, mais aussi à l’échelle planétaire. Une plongée passionnante dans l’univers très fermé de ceux qui font et défont les milliards.

Jana Liekham (Paula Beer) a une revanche à prendre sur la vie. Employée modèle du Crédit International, une société financière spécialisée dans les investissements à gros risques, elle se fait un jour virer pour avoir eu le mauvais goût d’être plus compétente que son patron, Luc Jacoby (Mark Limpach). En pleine crise de panique, elle appelle son compagnon Noah Weisz (Jeff Wilbusch), qui lui rappelle gentiment qu’elle a des économies, une tête bien faite et qu’elle les a lui, et sa fille Christelle, née de la précédente union de Noah, mais que Jana aime profondément. Oui mais voilà, entre la vie de famille et les montagnes russes de la haute finance, Jana a bien du mal à choisir, surtout quand Christelle Leblanc (Désirée Nosbusch), sa chef de département au Crédit International lui offre une occasion en or de se refaire: un entretien avec Gabriel Fenger, du Deutsche Global Invest. Le nouveau patron de Jana lui propose un marché périlleux: si elle réussit à voler tous ses clients à Luc Jacoby en l’espace de quelques jours, le job est à elle. Sinon… Pas droit à l’erreur donc, et Jana se doit de jouer serré, notamment lorsque certains membres de sa nouvelle équipe l’accueillent plutôt froidement et que Christelle Leblanc voit sa générosité passée comme une dette que notre héroïne se doit de rembourser. Coups bas, manipulation, mensonges éhontés… tout est permis pour arriver au sommet, et l’ascension est tellement enivrante…

D’un point de vue stylistique, on remarque de grandes différences entre Bad Banks et les séries américaines sur le même thème: moins colorée que Billions, moins frénétique que The Wolf of Wall Street et sans ironie aucune, mais c’est justement cette sobriété qui fait que la série fonctionne. Les acteurs passent de l’allemand au français, à l’anglais avec une facilité déconcertante, parfois plusieurs fois en l’espace d’une minute, mais personne ne va pointer leur virtuosité du doigt. Dans ce monde-ci, tout le monde parle plusieurs langues, tout le monde a fait des études, tout le monde a des ambitions, un désir brûlant d’être reconnu, de grimper les échelons et d’y arriver, et cet esprit de compétition nourrit les névroses, la rancune, et l’inévitable chute qui attend tous ceux qui atteignent l’apothéose. Paula Beer est fascinante dans la peau de Jana Liekham, arriviste ultra-compétente tiraillée entre son désir de voir sa valeur reconnue et sa conscience, et si le reste de la distribution est tout aussi parfait, on prendra quand même le temps de saluer le travail de Barry Atsma, qui semble être né pour avoir enfilé les costumes de Gabriel Fenger. Une série audacieuse et intelligente, très sobre dans son exécution, ce qui fait un bien fou en ces temps de budgets de télévision qui caracolent à des altitudes ahurissantes. Ça ne vous redonnera pas forcément foi en l’humanité, puisqu’on évolue dans un milieu où la corruption est monnaie courante et la morale fluide, mais c’est incroyablement bien écrit, très joliment filmé, et absolument passionnant.

Crédits: Arte

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