Critiques Cinéma

CARBONE (Critique)

SYNOPSIS: Menacé de perdre son entreprise, Antoine Roca, un homme ordinaire, met au point une arnaque qui deviendra le casse du siècle. Rattrapé par le grand banditisme, il lui faudra faire face aux trahisons, meurtres et règlements de compte. 

Même si on ne l’avait jamais perdu de vue, cela fait six ans qu’Olivier Marchal n’avait plus réalisé de film pour le cinéma. Depuis Les Lyonnais, l’ancien flic n’a pourtant pas chômé. Il a réalisé Borderline et Section Zéro, on l’a vu dans Meurtres en Martinique et Mon Frère bien-aimé et tourné dans Les Innocents et Les Rivières Pourpres, le tout pour la télévision. Il n’en reste pas moins que son retour derrière la caméra pour un long métrage de cinéma était scruté et que si on ne doutait pas que celui qui a redonné son lustre au polar avait encore des choses à dire, on se demandait comment il allait faire pour nous secouer comme il en a pris l’habitude depuis Gangsters (2002). On appréhendait aussi, soyons honnête, que Marchal ne se répète et ne parvienne pas à retrouver cette étincelle qui en a fait un de nos réalisateurs les plus percutants et le plus à même de faire du film de genre ambitieux et populaire et pas exclusivement mainstream. Sa propension au lyrisme et à la sacralisation de la vocation du métier flic, tout en en pointant les dérives avec l’objectivité et la parfaite connaissance du sujet, lui ont permis de construire une œuvre cohérente et puissante où l’action côtoie le fond. Avec Carbone, très largement inspiré de la fraude à la taxe carbone, Marchal fait plier une histoire qui ne semblait pas forcément correspondre à ses standards et la fait entrer dans son univers avec maestria. C’est à l’origine à un scénario original signé Emmanuel Naccache (Kidon, 2014) que l’on doit ce récit, réadapté et redialogué ensuite par Marchal pour lui donner son cachet et y apposer sa patte reconnaissable notamment dans la mélodie de ses répliques qui fusent avec un naturel toujours aussi bluffant.

Après Les Lyonnais, qui malgré toutes ses qualités semblait manquer de temps pour développer son récit avec suffisamment de densité, Carbone impose d’emblée sa puissance dramatique et son identité de film noir, ancré dans un milieu social marqué. C’est aussi la seconde fois qu’Olivier Marchal se place du côté des voyous plutôt que de celui des flics. Le thriller social qu’il nous propose avec Carbone est tout à la fois électrisant et viscéral, nous emmenant aux côtés de cet entrepreneur de PME qui va glisser petit à petit vers le gangstérisme sans se douter qu’il a mis le doigt dans un engrenage, grisant au début, mais qui va voir le grand banditisme le rattraper. En utilisant cette histoire vraie, aussi abracadabrantesque soit-t-elle, comme toile de fond de son récit criminel, Olivier Marchal donne du corps à son scénario. Il y plonge une belle distribution regorgeant de nombreux nouveaux visages dans la galaxie Marchal (Benoit Magimel, Michaël Youn, Laura Smet, Gringe, Idir Chender, Dani pour les nouveaux venus, Patrick Catalifo, Moussa Maaskri et Gérard Depardieu pour les fidèles) et poursuit ce qu’il sait si bien faire : Embrasser frontalement le film de genre, le thriller sombre et tendu nimbé d’un romantisme échevelé et d’une puissance visuelle affirmée, transcendée par une très belle photographie du néophyte Antony Diaz. Olivier Marchal confirme à nouveau avec ce cinquième film la force de son regard et son inclinaison pour les anti-héros qu’il sait magnifier.

Dans ce film qui démontre que Marchal s’échine à la construction d’une œuvre cohérente sans pour autant chasser sur des terrains qui lui sont inconnus, on (re) découvre que Benoit Magimel peut être un formidable comédien si il a en face de lui un directeur d’acteurs aguerri. D’une profondeur dramatique et d’une intensité qui lui a fait défaut régulièrement ces derniers temps, il est formidable d’abnégation et de justesse et la manière dont il est filmé en font une figure d’une grande noblesse. Dépassé par une fraude trop grande pour lui et par les conséquences de ses actes, son personnage est à l’instar du Daniel Auteuil de MR73 dans une spirale qui l’emporte irrémédiablement. Les deux films n’ont pour autant pas d’autres réels points de comparaison si ce n’est leur noirceur latente, mais Carbone s’inscrit malgré tout dans une veine de « divertissement » qui était absente de MR 73. Autour de Magimel, Marchal offre un surprenant contre-emploi à Michaël Youn d’une sobriété exemplaire et dont on sent tout le potentiel dramatique, compose un duo de frangins atypique et antinomique avec deux acteurs parfaits (Gringe impressionnant et Idir Chender intense) et invente deux personnages féminins sublimes (mais qui auraient mérités d’avoir un peu plus de grain à moudre) campées par les non moins sublimes Laura Smet et Dani. Si Depardieu n’est pas très crédible en chef de clan juif prêt à tout pour se débarrasser de son gendre, Moussa Maaskri est très flippant en bad guy et Patrick Catalifo, nous gratifie de son inimitable voix et d’un tempo parfait pour déclamer les formules définitives qu’écrit Marchal. Avec une tension qui monte crescendo, amplifiée par la bande originale extrêmement réussie composée par Erwann Kermorvant (le titre d’Orelsan, Suicide Social, que l’on y entend également y est parfaitement à sa place) Carbone nous inspire moins de bémols que de points positifs.

Car avec Carbone, Olivier Marchal continue de regarder droit dans les yeux le milieu criminel, ses excès, ses zones troubles, ses tentations et justifie moralement sans pour autant les excuser, les actes de son personnages principal. Il ne filme pas en tous cas les atermoiements cérébraux de ses personnages, il préfère les confronter à l’action tonitruante, au réalisme de ces scènes qu’il filme à nul autre pareil en France, avec un impact et une précision d’orfèvre. Parallèlement, en formaliste qu’il sait aussi être, Olivier Marchal nous gratifie de splendides séquences nocturnes ou en boites de nuit et sait composer une atmosphère immersive dans laquelle le spectateur adore se plonger. Carbone est une magnifique réussite et permet à Olivier Marchal de remettre les pendules à l’heure. Il est le taulier!

Titre original: CARBONE

Réalisé par: Olivier Marchal

Casting: Benoit Magimel, Michaël Youn, Gérard Depardieu

Genre: Policier

Sortie le: 1er Novembre 2017

Distribué par : EuropaCorp Distribution

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