Critiques Cinéma

LES OUBLIÉS (Critique)

3 STARS BIEN

SYNOPSIS: 1945. Danemark. Fin de la Seconde Guerre Mondiale. Plusieurs soldats allemands, à peine sortis de l’adolescence, sont faits prisonniers par l’armée danoise et envoyés en première ligne pour désamorcer les mines enfouies le long de la côte. Pour eux, la guerre est loin d’être terminée. Inspiré de faits réels, Les Oubliés raconte cet épisode tragique de l’Histoire.

Les films sur la seconde guerre mondiale sont suffisamment nombreux et un grand nombre d’entre eux, particulièrement mémorables, pour qu’on puisse accueillir avec un enthousiasme modéré un nouveau film sur un sujet que l’on pourrait penser presque épuisé. Toutefois, cette année, deux films auront balayé cet à priori et apporté leur contribution à ce qui pourrait quasiment être apparenté à un genre cinématographique: l’incontournable et presque déjà classique Dunkirk de Christopher Nolan et Les Oubliés, troisième film du réalisateur danois Martin Zandvleit dont il faut bien avouer que les deux précédents (Applause en 2009 et Dirch en 2011) étaient passés sous nos radars. Si Dunkirk transcende son sujet par un vertigineux exercice de mise en scène qui vise à l’immersion du spectateur plus qu’à son identification aux personnages et à sa compréhension de l’épisode évoqué, Les Oubliés repose lui presque entièrement sur son sujet, méconnu chez nous mais particulièrement douloureux au Danemark. Avec un tel sujet le souci de réalité historique et l’ambition pédagogique peuvent rapidement prendre le pas sur l’ambition cinématographique. Cet écueil, Martin Zandvleit ne l’a pas malheureusement pas complètement contourné.

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Si les questions posées sont passionnantes et que le prologue construit de façon très didactique fait que l’on entre immédiatement dans le récit, leur traitement et l’absence de véritable parti pris de mise en scène limitent malheureusement la portée du film qui ne propose pas grand chose d’autre que le programme annoncé dès les premières minutes. Le film s’ouvre avec un personnage familier, une figure classique du film de guerre: le sergent instructeur tyrannique. Sa violence apparaît dès les premières scènes alors qu’il prend à parti et frappe des prisonniers allemands incarnant cet ennemi qu’il a combattu et déteste viscéralement.  En charge de mener à bien la mission de déminage d’une plage dans laquelle sont enfouies 45000 mines allemandes, il est celui qui envoie ces enfants soldats défier la mort pour réparer les méfaits de leurs aînés. Il n’est pas question ici de tyrannie pour endurcir les hommes que l’on a sous ses ordres,  les pousser à se dépasser pour les préparer à affronter l’ennemi mais bien d’asservissement et de vengeance. Le récit échappe au manichéisme classique de beaucoup de films de guerre tendant à mettre les alliés dans le camp du bien et les allemands dans celui du mal. On s’identifie plus volontiers à ces soldats allemands sommés de réparer et en quelque sorte expier les méfaits de leurs aînés, qu’aux alliés animés par un fort sentiment de revanche pour ne pas dire de vengeance.

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Le film repose sur deux axes, jouant à la fois des codes du thriller et du film de guerre. D’un côté se met en place un suspense lié aux opérations de déminage et à ces vies suspendues au détonateur que les soldats doivent désamorcer. Martin Zandvleit n’est pas Katheryn Bigelow (Démineurs, 2008) et ces scènes sont quelque peu répétitives,  sa mise en scène peine à installer la tension mais le contexte du récit est suffisamment fort pour qu’elles soient efficaces. De l’autre côté se joue la partition classique du sergent instructeur tyrannique dont l’humanité se fait jour. C’est là que le bât blesse le plus, le scénario ayant un aspect programmatique que la mise en scène de Martin Zandvleit ne parvient pas à transcender. N’ayant par ailleurs aucune information sur le passé/passif de ce sergent, la bascule du personnage s’opère devant nous trop rapidement, à la faveur d’un événement déclencheur sans que le film prenne le temps alors de se poser, de nous faire ressentir les tourments du sergent Rasmussen (Roland Moller). De la même façon, la psychologie des soldats est trop esquissée et n’offre guère de surprise ni donc de place à la réflexion et à une réelle tension. Chacun est à sa place, jouant la partition imposée par un scénario qui illustre plus son sujet qu’il n’en explore les thématiques.

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Ces soldats sont les victimes d’un État envoyant sa jeunesse au front pour retarder l’inéluctable défaite qui se dessine depuis le débarquement des alliés mais aussi les victimes d’un crime de guerre, décidé par l’état major anglais qui leur refusa le statut de prisonnier de guerre et donc le bénéfice de la Convention de Genève qui interdisait de les exposer ainsi à un tel danger. Il faut mettre au crédit de Martin Zandvleit d’avoir particulièrement bien réussi son casting avec des adolescents dont les visages nous restent en mémoire malgré le peu de matière qui leur est donné et la prévisibilité de leur sort. De même, le choix de magnifier le paysage, de filmer leurs frêles silhouettes dans l’immensité de ces plages, constamment baignées de lumière, dans un décor « David Leanien » exprime bien ce qu’était la tragédie de leur destin. Ils ne sont que des pions dans un gigantesque échiquier dont les règles leur échappent. Dommage que le film soit moins inspiré lorsqu’il s’agit de sortir des faits et du constat pour sonder les âmes et donner à ressentir, plus qu’à voir.

Titre Original: UNDER SANDET

Réalisé par: Martin Zandvliet

Casting : Roland Moller, Mokkel Boe  Folsgaard, Joel Basman…

Genre: Drame, Guerre

Date de sortie: En DVD et Bluray Steelbook le 29 août 2017

Distribué par: ESC Editions

BIEN

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