Critiques

EL MARGINAL (Critique Saison 1) Un point de vue engagé et des personnages complexes

SYNOPSIS: Buenos Aires. Luna, la fille du juge Lunatti, un fonctionnaire haut placé, est kidnappée en pleine rue, malgré la présence de gardes du corps. Le juge souhaite opérer dans le plus grand secret et de manière totalement officieuse. Il fait pour cela appel à Miguel Dimarco, un ex-policier incarcéré dans le pénitencier de Rio Azul, en Patagonie. Lunatti soupçonne l’existence de liens entre l’enlèvement de sa fille et la prison de San Onofre où il souhaite envoyer Miguel. L’ex-flic sera incarcéré sous une fausse identité – Osvaldo « Pastor » Peña – avec pour mission d’infiltrer une bande de détenus, soupçonnés d’être impliqués dans le kidnapping.

Vous ne le saviez peut-être pas, mais l’Argentine est un grand épicentre de la télévision latino-américaine, à tel point que les autres pays ont, au cours des ans, développé une fâcheuse tendance à refaire les séries originales argentines à leur sauce ; le mastodonte Rebelde du géant mexicain Televisa par exemple, est un remake de la série argentine Rebelde Way tout comme La Traicionera, incarnation colombienne de Malparida. Pourtant, en dépit d’une réputation qui ne donne aucun signe de faiblesse, le pays a bien l’intention de prendre ses distances vis-à-vis des soap operas et s’avance depuis quelques années sur le terrain des séries dramatiques qui connaissent une véritable explosion. Et vu que celles-ci s’exportent de plus en plus facilement (merci Internet !), ça n’était vraiment qu’une question de temps avant qu’El Marginal ne débarque sur nos écrans. On doit ces 13 épisodes aux frères Ortega : Sebastián à l’écriture et Luis à la réalisation (parmi d’autres bien sûr, puisque El Marginal compte trois réalisateurs et cinq scénaristes au total). Diffusée l’année dernière sur Televisión Pública, la série se fait vite remarquer, notamment au festival Séries Mania et c’est Canal Plus qui décroche les droits de diffusions en France.

El Marginal, c’est l’histoire de Miguel Palacios, alias Pastor Peña (Juan Minujín), policier de son état qui conclut un pacte pas très net avec le juge Lunati (Mariano Argento): il se fait incarcérer dans l’une des prisons les plus dures du pays, localise Luna (Maite Lanata), la fille du juge qui a été kidnappée, la sauve et en échange, il sera libre. Ça vous paraît peu équitable comme marché ? C’est normal, puisque le juge Lunati est loin d’être blanc comme neige dans cette histoire. Miguel n’a cependant pas vraiment le choix et accepte de se jeter dans la gueule du loup. Nous voici enfermés avec lui dans une espèce de favela à l’intérieur de la prison, un environnement violent et beaucoup moins réglementé que ce à quoi on pourrait s’attendre, peuplé de caïds, malfrats et criminels en tous genre. Miguel va devoir se faire des alliés et affronter la hiérarchie implacable de la prison qui veut que les gros poissons mangent les petits ; des conditions de vie que la série dénonce clairement, mettant à jour un univers oppressant, corrompu, désespéré, révoltant d’ignominie, et qui va pourtant, de façon complètement paradoxale, rendre le goût de vivre à son héros. Un parcours pas évident pour Miguel, interprété avec beaucoup de retenue par un Juan Minujín à contre-emploi, pas charmant pour un sou. Il est d’ailleurs plutôt bien entouré, entre Martina Gusman, qui joue Ema, la psychologue de la prison, Nicolás Furtado, terrifiant dans la peau de Diosito et le vétéran Carlos Portaluppi, excellent comme toujours sous les traits de Morcilla, proxénète de fortune.

Si l’on devait mettre un bémol à cette série de haute qualité, ce serait pour remarquer que le rythme est plutôt inégal. Sans vouloir vous spoiler quoi que ce soit, sachez que les soixante premières minutes de l’épisode pilote ne sont qu’une longue, lente succession de scènes d’exposition et que le coup de théâtre se produit dans les dernières dix secondes. Les choses s’arrangent au fur et a mesure que l’on avance d’épisode en épisode et alors que le minois plutôt inexpressif de Pastor Peña prend peu à peu vie sous nos yeux, on s’investit de plus en plus dans l’intrigue, croisant les doigts pour que notre héros et sa demoiselle en détresse s’en sortent sans trop de problèmes. El Marginal ne bénéficie pas de la structure en béton armé de Prison Break, la référence en matière de série carcérale, mais elle pallie à cette lacune grâce à un point de vue engagé et une bande de personnages qui se révèlent plus complexes qu’on ne le pense. Une série qui mérite amplement son modeste battage médiatique et qui ravira les fans. A consommer sans modération.

Crédits: Canal+

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